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Birger Sellin, Une âme prisonnière |
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Éditions Robert Laffont. Coll. Réponses. 1994 Si l'on en croit les nombreuses références dont il est l'objet, ce livre a constitué un véritable événement dans le monde de ceux qui se préoccupent de l'autisme, mais aussi, plus largement, dans le grand public avide d'étonnement. Indiquons d'emblée qu'à notre avis, cet intérêt est entièrement justifié par la nature du témoignage qu'il rapporte, témoignage qui légitime également la vivacité des jugements qu'il suscite (critique ou dithyrambe) et l'intensité des controverses qui se développent à son propos. De quoi s'agit-il? Pour la plus grosse moitié de l'ouvrage du journal d'un jeune adulte autiste. Un de plus direz-vous? Oui, mais avec cette particularité qu'il ne s'agit pas ici d'un ancien autiste "guéri" (comme Temple Grandin par exemple) ni même de ce qu'il est convenu d'appeler un autiste à haut fonctionnement (high functionning autist) mais d'un jeune homme présentant toutes les caractéristiques d'un autisme sévère, toutes les apparences d'une évolution déficitaire, la persistance de stéréotypies envahissantes et de troubles auto et hétéro-agressifs majeurs et fréquents. Dans ce contexte la production d'un témoignage de cette nature, écrit par le patient lui-même, peut paraître relever du miracle. Ce "miracle" a pour nom la Communication Facilitee (CF), méthode née en Australie et ayant fait l'objet d'un engouement spectaculaire aux USA où elle a pris la place de la méthode Teacch dans le coeur de beaucoup de familles et d'associations de parents d'autistes. Selon cette méthode, la personne autiste mise en situation de facilitation par le soutien de sa main par un facilitateur compétent, peut, quelle que soit la sévérité de son état, acquérir la capacité de se servir d'un clavier d'ordinateur pour s'exprimer par écrit et communiquer avec autrui. Tel qu'il nous est rapporté, dans ces conditions, l'univers de Birger Sellin est à la fois impressionnant et émouvant. On est frappé par l'horreur du chaos qu'il décrit et la tonalité mélancolique des thèmes qu'il aborde. Dans ces propos, peut-être plus pathétiques que poétiques, l'autisme apparaît, pour l'essentiel comme un trouble de l'exécution verbale qui nous semble pouvoir être relié à cet univers chaotique et au sentiment d'inanité lié à sa composante mélancolique. Dans l'optique de l'ouvrage, rien d'autre ne vient étayer une telle hypothèse en dehors de l'idée que la CF est une méthode valide et que le document dont elle permet la production est bien ce qu'il prétend être : un témoignage rendant compte de la vérité de l'univers vécu par l'auteur désigné. Or c'est ici que réside sans doute toute la question. Constatons simplement, qu'en s'en tenant à l'optique pragmatique et démonstrative qui est celle de l'ouvrage en particulier et de la CF en général, toutes les études contrôlées visant à établir la validité de la CF ont démontré, au contraire que si communication il y a, elle provient du facilitateur même si elle est effectivement transmise par le sujet autiste (il reste ici à expliquer comment une telle transmission de pensée trouve à sexercer). Autrement dit, la CF n'apporte ni ne retire rien à la pétition de principe que les autistes sont des sujets qui pensent. Cette pétition, elle la partage avec les points de vue analytiques qui nous sont familiers, mais par différence avec ceux-ci, la CF prétend en donner une preuve concrète et pragmatique, adoptant de ce fait tous les traits de l'idéologie scientiste telle qu'elle est définie par Habermas : scientisme : "Idéologie qui nous fait croire qu'il n'existe point une autre voie d'accès à la connaissance que la voie scientifique proprement dite". Cette position contraint la CF à "singer la science pour justifier son noyau rationnel" (M. Benassayag). La CF partage cette démarche avec certains tenants exclusifs et militants de "programmes" éducatifs dits cognitifs (la méthode Teacch par exemple). C'est d'ailleurs parmi eux que la CF a recruté ses plus fervents zélateurs qui confessent maintenant leurs erreurs d'antan : ces autistes ne sont pas les déficients que nous croyons; ils pensent et le prouvent". Mais il est également remarquable que c'est aussi parmi ces militants que l'on trouve les plus vifs détracteurs de la CF qu'ils accusent de rouvrir une question qu'ils estiment définitivement résolue :"les autistes sont et restent déficitaires et sans pensée". On ne peut que constater, qu'en effet, le livre de Sellin ouvre ces questions, avec une intensité qu'on ne peut méconnaître. C'est là, à n'en pas douter, l'un de ses intérêts majeurs. Encore faut-il rappeler que, sauf à partager la position scientiste de la CFM, il ne saurait être produit par la psychanalyse, comme preuve pragmatique de la validité de ses hypothèses. Michel Botbol
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