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Jacqueline Herbert, Images du corps et échec scolaire

Éditions Hommes et Perspectives/Desclée de Brouwer, Paris, 1995.

L'analyse de séances de Rééducation Psychomotrice à travers une lecture psychodynamique, permet à l'auteur d'étudier le concept d'Image Du Corps (IDC). Pour J. Herbert, le terme d'IDC renvoie à des ensembles structuraux dont leur dynamisme est lié à l'imaginaire du corps parce que le plaisir s'étaie sur les besoins corporels engendrant un vécu somatique et relationnel global qui se duplique en psychique. L'aspect thérapeutique rend compte de l'évolution d'un " stade " à l'autre par le jeu de l'interprétation du monde interne perceptible à travers les activités ludiques de l'enfant qui renvoient à un contenu latent, c'est à dire à l'articulation de l'expression corporelle (sensorimotrice) et du point de vue des processus de symbolisation.

Si l'impulsion est donnée par la maturation physiologique, une IDC est un processus humain en lequel la pulsion traduite en tension émotionnelle joue un rôle central, et est modelée par les aléas de l'histoire intime et relationnel de l'enfant. Processus de construction, d'élaboration, la structure supplantée s'éclipse dans l'inconscient et devient matrice productrice de fantasmes ou de symptômes isomorphes, resurgissant à l'occasion de régression, ou s'amalgamant aux Images Du Corps ultérieures. L'auteur met ainsi l'accent sur l'actualisation des Images Du Corps comme manifestation momentanée d'une structure pouvant alterner ou se combiner avec d'autres.

La construction du modèle psychique renvoie à une construction par feuillets. Toute excitation d'un point, met en vibration l'ensemble structurel de la surface IDC concernée, mais les autres feuillets entrent en résonance autour de ce même point. Des réseaux sont ainsi restimulés, permettant de rendre compte des difficultés scolaires dans un contexte de dysfonctionnement psychique. Si dans un premier temps, les IDC s'organisent autour d'une conception psychanalytique kleinienne de bon/mauvais objet, l'accent deviendra freudien dès qu'il sera question de la crise oedipienne. En ne voulant pas opposer les deux courants, J. Herbert souligne comment chacun saisit un moment organisateur fondamental dans la genèse psychique : la crise dépressive pour la psychanalyse kleinienne, la crise oedipienne pour la conception freudienne.

Néanmoins plusieurs aspects critiques apparaissent. Ces critiques concernent en premier lieu, le matériel sur lequel la théorisation de l'auteur prend appui : une analyse des séances de psychomotricité à travers une lecture psychodynamique n'est pas de l'ordre d'une rééducation, mais d'une thérapie. La déformation apportée par cette confusion rend compréhensible le choix d'une terminologie multiple pour désigner l'élaboration d'une représentation du corps contextualisée.

Ainsi, le recours à une multiplicité d'images du corps ne rend compte que des aspects superficiels de la structuration du psychisme sans parvenir à mettre l'accent sur son développement global. Par ailleurs, la conceptualisation d'images du corps suivant le parcours libidinal (image orale, anale, phallique) accentue la confusion entre l'analyse du matériel réel avec un contenu latent, et celle d'une psychothérapie d'obédience analytique avec une action réelle. Le risque n'est il pas d'analyser une action, un geste, une parole en l'otant de son contexte ?

Pour terminer, le recours à différentes théories offrent l'intérêt d'une éventuelle fusion, mais celle-ci tourne court dès lors que l'auteur se propose d'atténuer leurs différences pour mettre en évidence une théorisation complexe et peu plausible. Les complications théoriques qui surgissent proviennent en effet des difficultés d'amalgamer la psychanalyse freudienne avec la conception kleinienne, en partant de la théorie psychosomatique spécifique de Sami-Ali.

Thierry Benavides, psychomotricien.

 

 

 

 

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