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Jean Bergeret, La violence et la vie : la face cachée de l'dipe |
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Éditions Payot, Paris, 1995. Jean Bergeret s'attache d'abord à rappeler que tout désir vise essentiellement à s'assurer de l'emprise sur l'objet désiré : l'agressivité s'organise aussi du fait que le désir s'adresse à un objet interdit par le surmoi, incarnation des interdictions paternelles. Sans doute Freud a-t-il souvent cherché à nier la violence fondamentale qui s'inscrit au coeur de la vie pulsionnelle : dans son analyse de la tragédie de Sophocle, il ne reconnaît que l'importance de la recherche d'Oedipe sur sa culpabilité. Il oublie sa violence annoncée par l'oracle de Delphes... En fait, le fondateur de la psychanalyse n'a jamais oublié la cruauté et la violence de la vie pulsionnelle : tout objet est conquis et gardé dans l'impétuosité. La garde de l'objet conquis suppose l'emprise de la domination qui ne peut que s'atténuer du fait de l'érotisme qui efface les effets violents du désir. Jean Bergeret peut ainsi clairement nous montrer que toute l'oeuvre théorico-clinique de Freud tient compte de la violence et de la cruauté. Il ne s'agit nullement ici des actes ou des fantasmes d'agression qui sont liés à la culpabilité et/ou à la déflexion vers l'extérieur de la pulsion de mort, mais de la violence fondamentale. Cette violence biologique s'inscrit dans le développement interactif initial : le nouveau-né n'assure la continuité de son narcissisme, c'est-à-dire le sentiment de continuité de ses expériences vécues que dans la gloire de ses relations précoces et libidinalisées. Ainsi la violence primordiale colore-t-elle toute la vie pulsionnelle et participe-t-elle à l'agressivité relationnelle. Après cette analyse convaincante qui permet d'inscrire la violence fondamentale au sein de la vie pulsionnelle, Jean Bergeret va la différencier des violences observées dans la société actuelle : la consommation de drogues n'est de ce point de vue qu'un phénomène social et culturel qui permet l'expression de cette violence qui par ailleurs sous-tend tant de dogmes religieux et qui s'exprime si facilement à l'adolescence. Son ouvrage, destiné aux spécialistes de la psychopathologie se termine par des considérations générales sur le traitement et sa prévention : Jean Bergeret va ici revenir sur une thèse qui lui est chère : pour lui, rappelons-le, la pathologie contemporaine de l'adolescence, en particulier les troubles du comportement alimentaire et les comportements suicidaires représentent une tentative souvent désespérée pour sauver un narcissisme défaillant. Cette conclusion nous paraît essentielle dans le malaise socioculturel qui a envahi l'occident: ce sera notre conclusion. Pr Serge Lebovici
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