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Robert Neuberger, Le mythe familial |
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Éditions ESF, Paris, 1995. Comme à son habitude, l'auteur nous donne là une étude riche et passionnante. Le thème choisi est cher à l'auteur, son livre sur "L'irrationnel dans le couple et la famille",[1] nous avait déjà entraînés sur le chemin de l'illogisme créatif et de l'abandon des critères dits cartésiens. Neuberger commence par donner un aperçu très clair des modèles de thérapies familiales actuelles : prédictifs, non prédictifs, constructivistes, avec les modes d'approche des thérapeutes appartenant à ces différents courants. Puis il s'attaque à un concept important pour lui : la mémoire familiale. Il faut en distinguer deux sortes, la "mémoire familiale-entrepôt" et la "mémoire familiale-processus". La première concerne toutes les sources potentielles d'informations concernant la famille et la deuxième représente "le processus de sélection de ce qu'il convient d'oublier pour soutenir, maintenir et transmettre le mythe d'un groupe familial". L'importance du mythe est primordiale, il est l'élément organisateur, signifiant, il fonde l'identité de la famille. Les menaces contre ce mythe mettent en danger la cohésion de la famille, son existence même. Neuberger donne des exemples de menaces possibles et des mécanismes que la famille met en oeuvre pour se défendre. L'auteur aborde ensuite une conception très originale du thérapeute de famille, ce doit être un réparateur de mythes. Il donne des exemples cliniques tout à fait convaincants. Dans son chapitre sur les familles pluricomposées, il démontre brillamment que les mythes (ou les préjugés) sociaux peuvent aller à l'encontre des mythes familiaux et nous explique quelles sont les interventions capables d'harmoniser les deux. A ce propos, il dénonce l'idée reçue (depuis finalement peu de temps) que les familles "normales" sont les familles conjugales nucléaires et que les familles recomposées sont plus facilement dysfonctionnelles. Il ajoute avec beaucoup d'humour "qu'il n'y a parfois rien de plus récent que la tradition"... Notre auteur développe ensuite un point de vue original sur l'adoption, c'est un mythe social, d'ailleurs très récent que de croire que tout se règle en disant à l'enfant qu'il est adopté. Certes, c'est important, mais ce qui est essentiel, c'est la façon dont on le dit; à ce propos Neuberger fait un brillant parallèle avec le "mode d'entrée" dans la familia antique et nous expose sa méthode de "greffe de mythe" pour aider les enfants d'adoptants. Viennent ensuite des réflexions théoriques entremêlées de récits cliniques sur différents sujets, la place des pères, les thérapies de couple, le fonctionnement des institutions, les thérapies de fratries et le suicide. Nous y trouvons des analyses très pertinentes sur le besoin de toujours tout expliquer qui s'oppose à la créativité, aussi bien chez les patients que chez les thérapeutes. A propos du drame des suicides, l'auteur insiste sur le "mythe d'appartenance" indispensable à tout être humain et sur l'importance pour les soignants de se préoccuper des phénomènes de "désappartenance" au groupe qui sont présents chez les suicidants, plutôt que de les considérer comme malades. Nous trouvons aussi une très fine opposition entre la psychanalyse et la théorie systémique : elles s'opposeraient non pas au niveau de leur valeur thérapeutique mais plutôt au niveau des pathologies à soulager. Neuberger développe l'idée que parfois c'est le couple conjugal qui est malade, ou le couple de la fratrie, et qu'une approche individuelle d'un seul membre du couple peut le mettre en danger par rapport à l'autre par ce qu'il appelle un processus d'altérisation, il en donne des exemples impressionnants. Ce qui est frappant dans ce livre est le souci d'autrui, la bienveillance profonde et la constante imagination créatrice pour trouver des solutions à la souffrance de l'autre. De plus ce livre est bien écrit, très clair et très stimulant. L'auteur ne craint pas d'entrer dans les détails ou de proposer de larges synthèses. C'est aussi très réconfortant de lire quelqu'un qui manie l'harmonisation plutôt que l'anathème parce qu'il a su faire une synthèse réussie entre sa formation de psychanalyste et sa formation de systémicien. Lisez, vous verrez ! Hélène Brunschwig [1] Éd. ESF, 1988, Paris.
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