![]() |
||
|
|
![]() |
Françoise Sironi, Psychopathologie de la torture |
|
|
Thèse de Doctorat en Psychologie clinique et en psychopathologie, soutenue à lUniversité de Paris VIII en 1994. Nous tenions à signaler lintérêt de cette recherche documentée et tournée vers le traitement des séquelles graves des tortures encore infligées à la honte de lhumanité à laube du 21e siècle . Certains malades qui ont subi des tortures ont été suivis dans une consultation spéciale, lAVRE. Ils constituent les cas suivis par F. Sironi qui propose pour eux une thérapeutique active, mais prudente, tant les tentatives de catharsis risquent de faire revivre les tortures subies. Dans le premier chapitre de son ouvrage, elle aborde la pratique des tortures, elle décrit son objectif de déculturation et elle envisage la formation des tortureurs : celle-ci repose trop souvent sur des études psychologiques, comme par exemple celles qui concernent les recherches sur les conséquences de la déprivation sensorielle. Mais tout le monde ne peut pas torturer : en dehors des qualités personnelles, requises -elles sont souvent celles des pervers- la formation du tortionnaire se fait au cours dun apprentissage de laffiliation à un groupe isolé dans un processus dinitiation qui fait deux des individus désormais isolés, mais tout-puissants. Selon F. Sironi, le thérapeute doit pouvoir accepter dutiliser les techniques dethno-psychothérapie proposées par Tobie Nathan: il lui faut sisoler avec le patient pour désigner et nommer ce qui apparente ce dernier au sorcier-tortureur . Donc pas d'interprétation prématurée des conflits infantiles inconscients : par exemple évoquant le cas dune jeune fille dénudée et excitée génitalement devant son père nu qui subissait le même type dexcitation, la mise en avant de la culpabilité dipienne, même si lun et lautre pourraient apparaître comme des complices, ne peut être que dangereuse : cest le registre de la honte quil faut dabord expliquer : elle lie davantage chacun des deux partenaires à son tortureur. Cette thèse fourmille dexemples cliniques et de références bibliographiques qui permettent à son auteur de proposer une technique de psychothérapie active. Éclairée par le récit d un cas, Françoise Sironi va enfin sexercer à décrire les opérateurs de la cure. Elle les emprunte encore à son maître Nathan . Il ne lui faut pas adopter lattitude de déparole du psychanalyste traditionnel, mais, comme le guérisseur, agir contre le sorcier quest le tortionnaire. Lutilisation de la métaphore et linstauration déchanges permettraient des réponses actives du torturé et sa réaffiliation. Jespère que ce résumé, sans doute très mutilateur dune pensée très riche donnera envie de mieux connaître Françoise Sironi. Pour mon compte, jespère quelle aura loccasion de formuler ses propositions dans un ouvrage dont la publication sera utile aux psychothérapeutes, mais aussi aux philosophes et à ceux qui rêvent que ces tortures prennent fin. Pr Serge Lebovici
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |