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Marylène Thomere, Les liaisons dangereuses avec la mer/e |
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Éditions Hommes et Perspectives, 1995. Pourvoyeuse de mythes, la mer l'est au plus haut point. L'écho que ce mot éveille, en français, avec la mère se retrouve, même sans le support de la polyphonie, depuis toujours et partout. Les grands mythes -Ys, les Néréides, les Naïafes, Léviathan, - renvoient aux grandes figures des représentations maternelles-Thétis, Aphrodite, Lilith - et ont pris forme dans la littérature, dans le cinéma -Vingt mille lieux sous les mers, Le monde du silence, Le grand Bleu-. Et l'imagination de chacun s'embarque dans des associations ayant pour thème le silence, le milieu aquatique, le bercement ...communs à la vie intra-utérine et au contact avec l'élément marin. Ferenczi avait souligné cette analogie entre le corps maternel et l'océan; pour lui, le liquide amniotique serait un petit reliquat du grand océan imaginaire. Sans s'amuser à plaquer des interprétations de façon systématique, il apparaît toutefois que les associations découlent, à flot continu, à ces évocations. Pourquoi? Peut-être, parce que dans toutes les grandes aventures humaines, la fascination éprouvée par les hommes devant ces mystères qui les dépassent, sollicite une curiosité, un désir de recherche de ce qui se trouve au plus profond de chacun. Les psychologues n'aiment-ils pas s'aventurer, plonger dans les ombres des profondeurs de la psyché, découvrir des terres nouvelles de l'esprit? Que recherche donc le plongeur en s'immergeant? S'agit-il d'une activité contra-phobique, comme le propose Fénichel, d'une interminable tentative de surmonter une angoisse infantile non maîtrisée, une recherche de toute puissance, un déni de la réalité? Dans ce monde à part, régi par des lois physiques différentes, des contraintes physiques, physiologiques, -la préparation soigneuse du matériel permettant de limiter, au mieux, les risques importants-, le fait que la survie dépende d'une action précise et réfléchie, toute fuite étant impossible, sont autant de moyens de contrôler les émotions, à travers la répétition. L'eau est essentielle aux hommes, elle purifie, sanctifie, chasse les démons, donne une vie nouvelle. Symbole de vie, elle est également du fait qu'elle est difficilement contrôlable, dangereuse, menaçante, cause de mort (la mer cruelle), mais le symbolisme de vie l'emporte sur le symbolisme de mort. Dans le dangereux ballet que ces hommes exécutent avec la mer, peut-on retrouver une image de la mer/e commune aux plongeurs sous-marins, des caractéristiques de personnalité? Chez les trente et un plongeurs qui se sont soumis au test de Rorschach et qui ont répondu à un questionnaire biographique, on retrouve un besoin de renforcer les limites, "leur peau", dans une restauration des forces narcissiques, à travers une tentative de maîtrise des objets extérieurs et un retour, toujours recommencé, dans la mer/e. Et si les sirènes avaient raison quand elles chantent? Sophie Brusset
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