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Élisabeth Bizouard, Le cinquième fantasme. Auto-engendrement et impulsion créatrice |
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Éditions P.U.F., Le fil rouge, 1995. Horticultrice au jardin de la métapsychologie, Élisabeth Bizouard dégage dans son livre un "cinquième fantasme". A la suite des quatre fantasmes originaires décrits par Freud, séduction, castration, scène primitive et retour dans le sein maternel, l'auteur nomme le concept de totipotentialité qui éclaire un fonctionnement psychique de certains patients, incapables de se différencier des représentations de l'autre, n'ayant pas de désir personnel. La notion de totipotentialité est issue de la biologie végétale et caractérise " la capacité d'une cellule de reproduire à elle seule tout l'organisme... La totipotentialité est à la fois cette indifférenciation et ce "tout possible" créateur... La bouture en est une illustration évidente." Le fonctionnement totipotentiel se situe en deçà du narcissisme et E. Bizouard fait de Protée, dieu mythologique pouvant prendre toutes les formes possibles pour échapper aux questionneurs mortels, l'emblème de la totipotentialité, comme Narcisse est celui du narcissisme. Parce que la différence entre le tout et la partie est ténue chez le sujet totipotentiel, celui ci n'a qu'une faible représentation de la perte. "Happé par l'excitation", le sujet totipotentiel "porte en lui le "tout" du couple fusionnel qu'il vit avec sa mère ou l'ensemble de la famille", il est pris dans le fantasme d'auto-engendrement -qui existe dans le monde végétal- et peut être défini comme sujet auto-érotique par excellence. E. Bizouard en décrivant ce fonctionnement psychique insiste sur la dissémination et la prolifération qui sont certes du côté de la déliaison mais également de la création et des semailles. Si les tentatives de classifications humaines ont pour but " d'enfermer le diffus et de fixer le fugace" d'après la jolie formule de Roger Caillois qu'aime citer l'auteur, c'est bien à partir du foisonnement totipotentiel et de son fantasme d'auto-engendrement que ces tentatives peuvent s'élaborer. Sans pouvoir résumer ici la dynamique créatrice et très évocatrice de la recherche d'E. Bizouard, je dirais simplement que son travail éclaire de façon à la fois précise et métaphorique, un fonctionnement psychique fréquemment retrouvé dans notre pratique quotidienne. Si toute vraie nomination fait exister, celle d'E. Bizouard fait apparaître et vivre un fonctionnement préexistant mais caché, comme le jardinier isolant une fleur de son parterre envahi d'herbes ou plus exactement comme le botaniste nommant une nouvelle espèce végétale . Freud aussi cultivait la métaphore végétale, qui écrivait en 1885 à sa fiancée Martha Bernays parlant de sa rencontre avec Charcot à la Salpétrière: " Je crois que je change beaucoup. Charcot , qui est l'un des plus grands médecins et dont la raison confine au génie, est tout simplement en train de démolir mes conceptions et mes desseins. Il m'épuise et quand je le quitte, je n'ai plus envie de travailler à mes propres travaux, si insignifiants. La graine produira-t-elle son fruit? Je l'ignore"; On sait l'évolution arborescente de cette graine. Souhaitons à Élisabeth Bizouard l'épanouissement de sa fertile germination . Sylvie Gosme-Séguret
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