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Jacques Miermont, L'Homme autonome. Éco-anthropologie de la communication et de la cognition |
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Éditions Hermès, 1995. Il s'agit, tout d'abord de définir la notion d'autonomie. "Droit de gouverner par ses propres lois. Droit pour l'individu de déterminer librement les lois auxquelles il se soumet"... Kant (Nouveau Petit Robert 1994). Cette notion évoque l'idée de liberté, d'indépendance. Pour l'auteur, l'autonomie est un des grands concepts unificateurs qui, au delà des découpages disciplinaires, permet une réorganisation du savoir selon une nouvelle perspective. Par sa démarche interdisciplinaire (il s'appuie, à la fois, sur la sémiotique, la théorie générale de la communication, de l'information, de la complexité, de l'intelligence artificielle, sur la théorie des systèmes, sur celle de la communication thérapeutique, sur la psychiatrie, la psychanalyse...) il les fait inter-agir pour dégager des concepts transdisciplinaires. Le problème de l'autonomie pose des questions dans des domaines aussi différents que la biologie, l'éthologie, la psychologie cognitive, la linguistique, la sociologie, l'économie, la gestion, l'informatique, la psychiatrie, la psychanalyse, les thérapies familiales... domaines bien connus de l'auteur dont l'immense culture, la rigueur de pensée, la méthodologie lui permettent de gérer toutes les informations issues de ces différents champs pour tendre vers une conceptualisation générale de type logico-mathématique des processus autonomes. Si l'on se réfère au modèle de l'évolution du vivant, on constate une autonomie métabolique chez le végétal, une autonomie métabolique et motrice chez l'animal et enfin une autonomie métabolique, motrice et intellectuelle chez l'homme. Il ne peut y avoir de communication inter-active entre deux organismes vivants que si ceux-ci présentent des propriétés d'autonomie mutuellement reconnues. L'être humain se repère par rapport à lui-même, à autrui par l'intermédiaire de signes, de gestes, de regards, de propos mettant en jeu des systèmes affectifs, émotionnels, passionnels, liés aux problèmes de perception, de représentation, d'inférence, de décision, d'action, qui influent, en retour, sur les circuits de communication. De nombreux modes de pensée, de croyances, contribuent à l'identité des personnes, des organisations familiales et sociales et jouent un rôle important dans l'accès à l'autonomie. Le névrosé questionne ses désirs conscients et inconscients, le psychotique subit des contraintes vitales qui entravent son autonomie, entraînant dépendance familiale et sociale; l'écoute du discours du psychotique ne peut être entendue sans recadrage contextuel car risque de s'instaurer alors une erreur méthodologique ayant des conséquences tragiques, produisant des effets paradoxaux dans la communication. Il s'agit donc de transformer le travail clinique en source de réflexion. Travailler sur la communication, c'est créer des contextes où certaines modalités relationnelles vont être éliminées, concentrées, transformées; c'est également reconnaître les phénomènes auto et hétéro-transférentiels qui caractérisent les modes d'organisation, de connaissance et d'inter-action des systèmes vivants; c'est repérer les liens entre la sémiotique générale et les données de la clinique; c'est définir les paradigmes systémiques qui régulent la communication et tenir compte de leurs prolongements. L'être vivant est caractérisé par l'auto-définition et l'auto-délimitation du soi et du non-soi, par sa capacité à établir des liens, des échanges entre les deux. Par l'autonomie, l'organisme régit ses propres lois (P. Vendryes). Un être autonome dispose de ses propres lois; l'autonomie procède d'une acquisition. Il ne peut y avoir de communication inter-active entre deux organismes vivants que si ceux-ci présentent des propriétés d'autonomie mutuellement reconnues; la différenciation du soi/non-soi peut se décrire en termes de communication et l'absence même de communication est encore une forme de communication (Bateson). Il n'y a pas d'accès de connaissance sans mise en relation avec l'environnement ou avec l'objet; mais connaître est aussi s'abstraire de la relation. La communication décrit le processus de transmission qui permet à deux entités disjointes de partager événements et traits communs. Chez l'homme le processus de représentation se reflète sur lui-même produisant modélisation de la modélisation, c'est à dire auto-modélisation. La modélisation est un fait de cognition. La même réalité peut être décrite à travers les processus de cognition, de communication, d'autonomie et, dans la réciprocité l'observateur devient observé, le sujet objectivé devient lui-même sujet objectivant d'autres sujets objectivants. La formalisation de l'appareil mental s'appuie dans ce travail sur la théorie freudienne de l'exploration du clivage du moi, de la coexistence de deux processus de pensée opposés et complémentaires (pré et inconscients) de la différenciation des processus fantasmatiques inconscients obéissant au principe de plaisir et des processus cognitifs préconscients obéissant au principe de réalité. "Nous sommes, je ne sais comment, doublés en nous-mêmes, qui fait que ce que nous croyons, nous ne le croyons pas, et ne pouvons nous défaire de ce que nous condamnons" (Montaigne, Essais III, 19). La théorie des systèmes reconnaît l'incomplétude de tout système fini et défend l'idée que tout est organisé par la coexistence de systèmes autonomes et de systèmes hétéronomes. Voilà quelques idées maîtresses de cet ouvrage. Tant par la qualité et l'abondance des références et des recherches, le livre de Jacques Miermont se distingue par le travail considérable élaboré sur ce sujet. Son désir de participer, d'apporter au domaine de la recherche, des connaissances, des réflexions, des idées puisées dans de nombreux domaines qui l'intéressent, la curiosité qui le pousse à mettre en lice des systèmes de fonctionnement aussi différents que ceux quil aborde (cognitivisme, psychanalyse...) le conduisent à trouver des chemins qui les fassent se rencontrer afin de voir quelle étincelle peut jaillir de ces confrontations : tout ceci fait de Jacques Miermont un novateur inspiré dont l'oeuvre, si elle reste difficile est source de découvertes; et surtout, il donne envie de penser autrement, hors des systèmes établis où se réfugient trop souvent, par facilité peut-être, chacun des système évoqués ici. Ce n'est certes pas la facilité que Jacques Miermont nous propose dans "L'Homme Autonome". Remercions-le de nous attirer si brillamment, si intelligemment hors des sentiers des idées rebattues. Sophie Brusset
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