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Bernard Martino, Le bébé est un combat |
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TF1 Éditions, 1995. Oui, pour Bernard Martino, qui, 10 ans après "Le bébé est une personne" nous offre à nouveau le fruit de son remarquable travail, oui, le bébé est un combat car le bébé " est un ferment de désordre, un éveilleur d'émotions ". Ce combat, Bernard Martino nous le fait vivre au travers de témoignages sensibles et vibrants de bébés, de mères, de soignants, le long d'un parcours qui va de la douleur du nourrisson à l'accueil de l'enfant prématuré, de la rencontre du bébé dans son environnement foetal à la découverte des anomalies foetales et aussi à la prise en charge de certaines de ces anomalies , des procréations médicalement assistées à la violence de la séparation dans les abandons, de la vie en pouponnière à l'expérience roumaine. Les femmes et les hommes rencontrés par Bernard Martino témoignent tous de l'importance du lien et de l'enveloppe contenante tissée autour du bébé, fonctionnant comme une " nidation culturelle" garante de ce "fond de l'humain véritable". Tout cela, dans ce livre, plein d'énergie et d'espoir, Bernard Martino, en véritable réalisateur- étymologiquement celui qui fait advenir les choses - nous l'offre avec l'enthousiasme du militant, de celui qui s'efforce et parvient à retrouver en chacun de nous ce qui en fait l'humanité essentielle. " Reconquête de nos vies, reconquête de la fraternité et de la solidarité, reconquête du monde qui nous entoure". Parce que si nous le regardons réellement, si nous l'observons en respectant son rythme, ses gestes, ses regards, le bébé nous en dit long et nous interroge au plus juste de nous-mêmes, c'est à dire sous le soleil exactement sombre et aveuglant de notre inconscient. Et en cela bien évidemment, Bernard Martino nous entraîne loin des chiffres, des courbes, des évaluations et de la rentabilité que certains spécialistes de la petite enfance tentent d'imposer, faisant fi du sujet désirant qui n'est pas sans les habiter. Bien sûr on reprochera à Bernard Martino ses choix, les lieux qu'il élit. Sans doute en laisse-t-il d'autres tout aussi intéressants, dans l'ombre. Pourtant, les exemples choisis le sont en tant qu'illustrations, ne se veulent aucunement exhaustifs ou parfaits. Bernard Martino a choisi, guidé par des professionnels connus de longue date, mais aussi par ce qu'il a perçu d'humanité et d'ouverture dans ceux et celles qui l'ont accueilli, infirmières, psychanalystes, pédiatres, gynécologues, échographistes, chirurgien, psychologues, assistantes sociales, aides-soignantes. Et dans ce réseau ainsi constitué on reconnait autre chose que l'establishment médiatique de rigueur, on rencontre des gens connus, d'autres qui le sont moins, mais toujours des professionnels qui sont à l'écoute de l'autre, sans jamais le juger mais en l'accueillant dans sa différence et sa radicale altérité. Les témoignages de parents sont vrais et émouvants mais la réflexion qui les accompagne, qu'elle soit celle des professionnels de la périnatalité ou celle du réalisateur mèlent à cette émotion une pensée qui permet au lecteur de n'être pas submergé par une émotion invalidante mais d'avancer un peu plus dans le travail respectueux de l'accueil et du soin du bébé. Parce que nous sommes depuis toujours responsables du futur le plus lointain de l'humanité, Paul Ricoeur nous rappelle que "la mission la plus délicate qui puisse être confiée à un agent qui s'en déclare responsable pour l'avenir, c'est la protection de quelque réalité fragile, périssable". Bernard Martino, réalisateur, nous éclaire sur la responsabilité et l'engagement qui sont les nôtres dans l'accueil et le combat pour le bébé fragile et périssable que nous portons en nous, dans notre ventre, notre travail, notre inconscient. Sylvie Gosme-Séguret
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