![]() |
||
|
|
![]() |
Serge Tisseron, Maria Torok, Nicolas Rand, Claude Nachin, Pascal Hachet et Jean-Claude Rouchy, Le psychisme à l'épreuve des générations. La clinique du fantôme |
|
|
Éditions Dunod.1995. Depuis quelque temps on parle beaucoup de transmission intergénérationnelle et c'est tant mieux. Des efforts théoriques de plus en plus poussés se font jour. Ce recueil d'articles en est un témoignage. Les effets nocifs et transmissibles des "secrets de famille" sont étudiés ici de façon variée, mais avec une terminologie commune, celle de clinique de la "crypte" et du "fantôme". Par ces termes, les auteurs essaient de mieux cerner le phénomène déjà étudié par Freud dans son étude "Deuil et mélancolie"( Gallimard, 1968). A propos du deuil, Freud parle de la difficulté à abandonner une position libidinale et du risque à se détourner de la réalité pour maintenir l'objet par une psychose hallucinatoire de désir et il ajoute : l'existence de l'objet perdu se poursuit dans le psychisme. Dans le processus de la mélancolie, l'objet est en quelque sorte incorporé comme un objet étranger non "digéré", la libido établit une identification du moi avec l'objet abandonné. L'ombre de l'objet est tombée sur moi... Les auteurs des différents articles de cet ouvrage essaient de voir les répercussions de ces secrets de familles de génération en génération avec leurs symptômes cliniques différents et repérables. Ils cherchent les meilleures approches thérapeutiques. Six contributions originales traitent le problème de la transmission sous plusieurs aspects. Nous pouvons lire une merveilleuse étude de N. Abraham sur le secret du père d'Hamlet que Hamlet porte en lui, sans le savoir, et qui paralyse son bras vengeur; M.Torok et N.Rand s'interrogent sur le point de vue de Freud devant "l'homme au sable" de Hoffmann; P. Hachet nous donne un travail original sur les rapports entre les secrets enkystés et la toxicomanie; l'article de S.Tisseron nous expose avec pertinence les mécanismes de la transmission des symptômes de "porteurs de crypte" de manière à la fois théorique et clinique, sans oublier les caractéristiques particulières du contre-transfert de l'analyste aux prises avec ces symptômes; Claude Nachin analyse pour nous de façon claire et fouillée les élaborations théoriques de M.Torok et N.Abraham sur les notions de "crypte" et de "fantôme" à travers les avatars de la symbolisation, en citant de nombreux cas cliniques; J-C.Rouchy, s'interroge sur la possibilité de travailler en groupe ou en famille, les symptômes engendrés par cette même pathologie. La seule réserve que je ferai est purement linguistique, je ne suis pas sûre que les termes de crypte et de fantôme soient absolument appropriés; il me semble que cela substantifie trop des phénomènes très complexes, très volatils, liés aux deuils non faits, aux secrets non verbalisés et non élaborés. Ils sont en effet en quelque sorte enkystés comme des "corps étrangers" dans le psychisme, mais selon des modalités très variées. Le mot "crypte" me paraît trop univoque, on visualise immédiatement une pièce en sous-sol, sombre dans laquelle reposent des morts, à l'intérieur d'une église plus grande qui la contient, sans liens avec elle. Ca ne rend pas compte de tous les liens invisibles qui relient ce qui repose dans la "crypte" et le reste du du psychisme. De même le terme de "fantôme" me parait trop irréel pour une réalité terriblement présente. À part cette réserve et de quelque façon qu'on les appelle, les symptômes cliniques décrits sous ces noms de crypte et de fantôme sont bien une entité particulière avec une thérapeutique et les auteurs nous en donnent les clefs avec beaucoup d'intelligence et de justesse. Hélène Brunschwig
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |