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Marthe Coppel et Annick Camille Dumaret, Que sont-ils devenus ?

Éditions Érès, 1995.

Cette question est pertinente quand il s'agit d'évaluer la qualité d'un placement familial, en s'interrogeant sur le devenir des enfants qui y ont séjourné parfois de nombreuses années. Cette étude se veut rigoureuse, et elle est scientifiquement menée par une psychiatre, responsable du PF de l'oeuvre Grancher et une psychologue, chercheur à l'Inserm. Elle porte sur 63 cas sélectionnés selon des critères précis. Ce sont de jeunes adultes qui ont été placés dans leur enfance dans des familles d'accueil de l'oeuvre Grancher, entre 1960 et 1984.

L'oeuvre Grancher est une institution très ancienne, créée au début de notre siècle pour protéger de la contamination les enfants de parents tuberculeux. Progressivement, elle s'est transformée en un placement familial "spécialisé" destiné à accueillir et prendre en charge des enfants en danger issus de familles maltraitantes, ou du moins, en grande difficulté psycho-sociale. C'est au cours des années 60 que se situe ce tournant institutionnel, inspiré par les travaux de Myriam David et de Michel Soulé. Ce PF fonctionne grâce au travail d'une équipe multidisciplinaire constituée de travailleurs sociaux, éducateurs, psychiatres et psychologues chargés d'accompagner l'enfant placé dans une famille d'accueil. Cette équipe facilite la communication entre l'enfant, ses parents et sa famille d'accueil. Elle est le garant de la continuité des liens de l'enfant avec son entourage, et des soins dont il a besoin.

Cette recherche a donc pour objectif d'évaluer l'efficacité des soins de ce PF spécialisé en s’appuyant sur des données - concernant l'insertion socio-professionelle de ces jeunes adultes et sur leur capacité à éviter la répétition du destin malheureux de leurs parents. Par là même, cette recherche évalue la qualité des prises en charge éducatives et psychothérapiques instituées, ainsi que leur effet à long terme.

Ce travail a été mis en oeuvre rigoureusement : il porte sur 63 jeunes adultes placés dans leur enfance au moins 5 ans, ayant quitté ce PF depuis plus de 5 ans. 45 d'entre eux se sont prêtés aux entretiens. Ils ont été confrontés aux souvenirs de leurs familles d'accueil, de l'équipe du PF et au matériel recueilli dans leurs dossiers. Cet échantillon est homogène : il s'agit d'enfants séparés de familles présentant des dysfonctionnements graves.

Le matériel recueilli a été traité selon trois axes :

  1. témoignage du passé à partir des souvenirs ou impressions d'enfance ;
  2. vie actuelle du jeune adulte, en éprouvant sa capacité à construire sa vie, cherchant à éviter névrose de destinée et répétitions ;
  3. appréciation du fonctionnement mental de chaque sujet à partir du travail d'élaboration de son histoire personnelle.

Ce travail a recueilli des informations sur 94% des 63 cas. La plupart de ces jeunes adultes expriment le sentiment d'avoir été éduqués et aidés dans le cadre de la vie familiale qui leur a été offert, cadre ressenti comme protecteur et structurant, mais aussi parfois jugé trop contraignant. Ils offrent une image plutôt positive de leur situation actuelle. 7 sur 10 sont insérés sur le plan professionnel et ont une vie sociale et familiale satisfaisante. On doit donc souligner la relation qui existe entre leur stabilité actuelle et le fait qu’ils aient pu bénéficier autrefois d’une prise en charge psychothérapique et éducative.

Leur fonctionnement mental est apprécié grâce à leur capacité à élaborer l'histoire de leur vie ; leurs souvenirs, les exigences de leur monde intérieur, leur permettant de se dégager d'un passé douloureux sans que celui-ci ne devienne persécuteur. La complexité de leurs liens affectifs et identificatoires est aussi un fait notable. Ici, l'équipe du PF joue un rôle fondamental dans le maintien nécessaire du lien de ces enfants avec leurs parents comme dans la gestion de la vie quotidienne avec la famille d'accueil. Ces enfants ont souvent été gravement carencés et ont rencontré au cours de leur développement des moments de discontinuité gravement désorganisants.

Ce travail analysant la vie des enfants placés et leur devenir, montre les effets réparateurs et organisateurs d'un PF spécialisé, si ce placement a été stable, d'une durée suffisante, et assorti d'une prise en charge psychopédagogique. Cette étude montre que ces jeunes adultes ont acquis une capacité à s'intégrer socialement, même s'ils appartiennent à une frange fragile de la population.Pour la plupart, ils ont réussi à construire une vie familiale personnelle et à enrayer les processus de répétition liés au destin tragique de leurs propres parents.

Marianne Rabain

 

 

 

 

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