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Ophélia Avron, La pensée scénique. Groupe et psychodrame |
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Éditions Érès, 1996. Collection " Groupes thérapeutiques ". Ophélia Avron, psychanalyste, universitaire et présidente de la Société Française de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe, nous propose dans son livre un remaniement de la métapsychologie freudienne dans le but de prendre en compte la clinique des groupes. Si on comprend assez bien les formes variés et différenciés de l'investissement libidinal sur l'objet, le phénomène est plus difficile à penser lorsque les sentiments sont partagés entre le sujet et l'objet. La notion de relation d'objet, malgré la diversité de conceptions proposées par différents auteurs (de Ferenczy, à Fairbairn) est insuffisante pour rendre compte du fonctionnement psychique inter-individuel tel qu'il apparaît dans les groupes. O.Avron s'efforce de répondre à cette problématique en proposant l'adjonction de concepts nouveaux à la métapsychologie freudienne classique sans que celle-ci soit fondamentalement remise en cause. O. Avron décrit d'abord les phénomènes inter-pulsifs qui se caractérisent par une activité rythmique réclamant la présence de l'autre, ce qu'elle nomme l'effet de présence. L'inter-liaison qui véhicule une certaine énergie s'exprime sous la forme d'une activité spontanée sur un mode alternatif de stimulation/réceptivité. Cet état d'orientation réciproque à partir de cette double position alternative, constitue les processus inter-rythmiques. Reste à savoir quelle est la source de ces phénomènes. À partir d'une analyse minutieuse du concept de pulsion chez Freud, O.Avron propose l'hypothèse d'une pulsion inter-énergétique ou plus exactement une pulsion d'inter-liaison rythmique dont le rôle est de maintenir un niveau minimum de stimulation réciproque entre les individus dans des rapports continuellement inversés. Cette pulsion est indépendante des pulsions sexuelles bien qu'en continuelle intrication avec elles. La pulsion sexuelle clôture narcissiquement la relation psychique alors que la pulsion d'inter-liaison ouvre le sujet aux influences du monde humain. Dans ce contexte, tout être vivant et tout groupe humain est à la fois source et objet d'influence. L'activité inter-pulsive (comme toute pulsion) est agissante toute la vie, elle assure de façon continue l'ouverture et les liaisons réciproques des psychismes. Du point de vue groupal, contrairement à la libido, cette pulsion ne demande pas de représentations, elle n'a pas de contour et pas d'affect, elle est seulement active par l'intermédiaire d'une clinique des groupes puissent justifier ce perception participative rythmique. Mais l'appréhension des variations énergétiques permet la construction d'une scénarisation où chacun participe à la construction dynamique du groupe. Cette scénarisation (énergétique) laisse des traces dans la psyché sous la forme particulière d'une pensée scénique. Cette pensée scénique saisit dans leur totalité et leur dynamisme les causalités en interdépendances, elle rend donc prévisible nos actions inter-relationnelles. Le psychodrame est un bon laboratoire où ( à travers la scénarisation) s'actualise la combinaison entre la quête de l'objet de satisfaction et la contrainte de l'inter-liaison, ce que O.Avron résume en disant que " l'autre est toujours en même temps objet de plaisir et source de vie travailler ces nouveaux concepts dans des relationnelle ". L'auteur soutient sa position en (tumultueuses) que cherche à entretenir continuité avec la pensée de Bion à propos des groupes (et du protomental) et en référence avec ses élaborations sur la pensée (en particulier en relation avec la fonction alfa); en effet, " l'expérience scénique de la double causalité participative en état de transformation réciproque reste le modèle interne et dynamique des systèmes mentaux de liaison les plus sophistiqués " car la quête d'intentionnalité qui induit la notion de prévisibilité entraîne la capacité d'abstraction. Ce travail de construction théorique ardu, est compensé par l'extrême attention que porte O.Avron à ses lecteurs qui est de même qualité que celle qu'elle porte à ses patients. Le texte très vivant nous met dans une position d'inter-liaison rythmique avec l'auteur, la forme est extrêmement élaborée, le lecteur est accompagné pas à pas dans les démonstrations, les difficultés qu'engendrent ses hypothèses ne sont jamais escamotées. Suivant la méthode narrative de S. Freud, les concepts émergent peu à peu comme une nécessité issue de la clinique. Ces hypothèses sont simulantes, elles font penser aux interaction mère-bébé, à certaines interrogations à propos de l'autisme, à leur application possible dans les psychothérapies individuelles... Il faut cependant remarquer qu'il y a toujours une difficulté à ajouter de nouvelles pulsions à chaque fois que l'on bute sur une difficulté conceptuelle (bien que les obstacles auxquelles sont confrontés les théoriciens des groupes pour intégrer la psychanalyse à la type de démarche). Par ailleurs cette vision très optimiste des inter-liaisons psychiques comme nécessité innée, ne va pas sans poser quelques questions, car si la sollicitude pour la recherche de relation est vérifiable pour les petits groupes thérapeutiques ouverts d'adultes, l'articulation de ces conceptions avec la construction de l'espace dans les groupes fermés, les phénomènes comme celui du bouc émissaire ou l'expression pulsionnelle dans les groupes larges, par exemple, est plus difficile à mettre en évidence. Il y a dans ce livre des hypothèses théoriques originales ouvrant sur des échanges qui demanderont à faire contextes divers, c'est en tout cas une contribution importante aux relations les groupes avec la psychanalyse. Jean-Bernard Chapelier
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