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Alain Braconnier et Daniel Marcelli, L’adolescence aux mille visages

Édition Odile Jacob.

Il était bien dans l’esprit de cet ouvrage qu’une deuxième édition vienne, dix ans après la première parution, renouveler le regard porté sur l’adolescence à partir des mille nuances qu’une société toujours en changement offre à la compréhension d’un phénomène et d’une problématique qui la mettent chaque jour davantage en question. Et il était important que les mêmes auteurs, à qui nous devons entre-temps, sur ce sujet, un traité au titre évocateur, rendent accessible à une large variété de lecteurs leur solide expérience, pour mieux situer ce qui est essentiel à l’adolescence, en donnant sens et unité à ses multiples apparences.

C’est précisément sans rien omettre des données statistiques récentes -la place prise par les enquêtes n’est pas, à leur avis, le moins significatif de notre époque- que A. Braconnier et D. Marcelli permettent cette première prise de vue où chacun puisera selon l’objet de sa préoccupation. Mais c’est aussi bien pour prendre le recul de la réflexion et mieux apercevoir que d’une époque à l’autre, “adolescents d’ici, adolescents d’ailleurs” diffèrent davantage entre eux en vertu “de l’apparence de l’organisation sociale que des lois propres de cette organisation” (p. 37). Car c’est assurément un des mérites de ce livre de prendre en compte les questions actuelles de notre société et les inquiétudes particulières des parents, des éducateurs, des enseignants et, pourquoi pas, des adolescents eux-mêmes, et justement pour mieux y répondre, d’offrir les perspectives de l’expérience médicale, de la pratique psychanalytique et psychothérapique et de la recherche scientifique. Bien que les développements soient très informés, le style échappe à toute obscurité théorique ou à un langage technique qui en atténuerait la clarté. De plus, les chapitres concernant les questions plus précisément cliniques ont-ils été placés dans les dernières pages du livre. Il convient également de signaler avec quel soin les auteurs ont tenu à situer les enjeux, les menaces, les positions thérapeutiques et les consignes simples et variables dont chacun pourra faire son affaire, sans se sentir pour autant abandonné sans repère; combien ils ont également eu le souci de ne pas enfermer les symptômes eux-mêmes dans une évolution inéluctable, mais de les regarder dans le mouvement vivant et inventif d’une période adolescente en plein devenir.

C’est bien cette dynamique qui anime, en effet, la réflexion dans le corps de l’ouvrage. Le paradoxe de l’ado-lescence confère à la notion de crise tout à la fois les risques qu’elle contient et les possibilités qu’elle permet. Entre les bouleversements endocriniens, cette réactivation du conflit oedipien, d’une angoisse de séparation qui en appelle à toutes les régressions et à l’excessive idéalisation qui cherche encore les sublimations efficaces, les contradictions ne sont plus impensables, si l’on comprend mieux qu’une même problématique réunit le jeune contestataire et le père autoritaire qui aurait bien voulu que ses propres parents le laissent, trente ans plus tôt, participer aux barricades. Et c’est la même scène primitive qui est étalée en toute provocation au regard des plus jeunes par les médias entretenant l’insatisfaite curiosité des adultes sur la sexualité de leurs enfants.

Des périodes hésitantes de la vie amoureuse des adolescents aux exigences de la scolarité, des tribulations du chômage parental aux incertitudes de leur avenir professionnel, Alain Braconnier et Daniel Marcelli nous accompagnent, dans un parcours vivant et sans concession aux idées reçues, parcours qui met en jeu aussi bien leurs questions que leurs certitudes ainsi que tout ce qu’ils doivent à leur compréhension psychodynamique, et disons-le, disponible et affective.

Alban Jeanneau

 

 

 

 

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