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Éric Dubreuil, Des parents de même sexe

Éditions Odile Jacob, 1998.

À l’heure des discussions passionnées à propos du PACS, le pacte civil de solidarité, le livre d’Eric Dubreuil sur les couples homosexuels qui élèvent un enfant, ne risque guère de laisser indifférent. Ce livre est construit autour d’une série d’interviews concernant des familles "homoparentales", au sein desquelles l’un des parents au moins, se définit comme homosexuel. De plus en plus de gays et de lesbiennes, en effet, veulent créer des familles et mettent en avant leur droit à adopter ou à recourir aux P.M.A. Leurs positions ne vont pas sans susciter des réactions passionnelles, ici ou là, et pas seulement dans les milieux bien pensants.

Ces nouvelles familles dites “homoparentales” parce que homosexuelles remettent en effet, en cause la notion traditionnelle de famille fondée sur la différence des sexes comme elles amènent à se poser en termes renouvelés et avec une acuité particulière la question de la définition de l’être-père ou de la fonction paternelle. On savait, certes déjà, que la famille nucléaire, biologique, hétérosexuelle, "normale" n’était plus le seul modèle aujourd’hui. Les familles recomposées, celles à parentés plurielles (les placements familiaux), les familles créées grâce à une IAD (insémination artificielle avec donneur anonyme), celles organisées sous différentes formes de coparentalité, nous obligent à repenser le modèle classique. “Les différentes techniques de l’expérience procréatrice, en multipliant les cogéniteurs ou les coparents, ont crée des situations inédites, avec des responsabilités parentales floues”, écrit la sociologue Simone Novaes.

C’est bien cette question de responsabilité, en particulier vis-à-vis de l’enfant, qui est, en effet, au cœur du débat. Geneviève Delaisi de Parseval qui a préfacé l’ouvrage, cite un propos de René Diatkine, qui, à propos des PMA, remarquait qu’il n’était guère raisonnable de créer de telles atypies de procréation pour des raisons étrangères au bien-être futur de l’enfant. De même Frédéric Jésu et Jean-Pierre Rozenczveig ont récemment rappelé que l’adoption vise à donner de nouveaux parents à un enfant ne disposant plus juridiquement de ses parents biologiques et non pas à "servir" un enfant à ceux qui ne peuvent ou ne veulent biologiquement en avoir. “Le désir d’enfant ne confère pas un droit; le manque de parents contraint la société à en donner à l’enfant isolé” écrivent-ils (Le Monde, 9-10-98). La question est donc de savoir si tel candidat à l’adoption est bien le mieux placé pour garantir les besoins et satisfaire les intérêts de tel enfant adoptable.

Les familles homoparentales qui existent d’ores et déjà dans de nouveaux pays européens posent ainsi moins la question de leur sexualité (déviante ou non), d’individu ou de couple, que celle du devenir de l’enfant qu’elles élèvent. Etre homosexuel n’engage que soi-même. Elever un enfant au sein d’un couple homosexuel engage l’enfant, sa construction, ses identifications et donc son avenir.

À ce jour, il n’existe pas d’études qui ont suffisament de recul pour préciser si ce type de famille peut être à l’origine de troubles identificatoires spécifiques. A cet égard les nombreuses interviews qu’à réalisées Eric Dubreuil, dans son livre, éclairent davantage sur le désir d’enfant de ces nouveaux couples, qu’elles ne renseignent sur le développement psycho affectif et la construction de l’identité de ces enfants élevés par deux personnes de même sexe. Il est vrai qu’aucune des personnes interviewées ne remet en cause le fait que l’origine de l’enfant, sa conception, est liée à la réunion de deux personnes de sexe opposé. La notion de copaternité, de parenté plurielle est acceptée et même revendiquée par ces couples. “Deux personnages de même sexe peuvent tout à fait s’occuper d’un enfant et exercer la fonction de parentage” écrit Eric Dubreuil.

S’occuper d’un enfant peut-être, mais à quel prix ? Ici le droit à l’enfant est mis au premier plan, comme expression du désir d’enfant de ces couples, risquant de reléguer assez loin la question des droits de l’enfant à vivre entre un père et une mère, au milieu d’une organisation triadique lui permettant de se construire. Introduire le père, construire le “nid triadique” qui va constituer l’enfant, c’est introduire ce tiers qui vient rompre l’unité duelle mère-nourrisson, c’est introduire l’enfant à l’identité sexuée, lui permettre l’accès à la question de la différence des sexes, question que précisément, ces “familles homosexuées” n’ont pas résolue.

Jean-François Rabain

 

 

 

 

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