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Alain Braconnier, Psychologie dynamique et psychanalyse

Éditions Masson.1998.

Auteur de plusieurs ouvrages clairs et vivants sur la question de l’adolescence, dont il a eu souci de désigner, à notre époque légitimement inquiète, les repères nécessaires à comprendre la complexité de cet âge, Alain Braconnier étend, cette fois, son expérience de psychanalyste et de psychiatre à la psychologie, dans une perspective plus générale, mais en conséquence avec la même rigueur théorique.

C’est poser un premier problème. Le titre annonce une psychologie dynamique. Mais le lecteur y trouvera, à chaque page et d’un chapitre à l’autre, une référence, également annoncée, constamment psychanalytique. L’auteur s’est donc abstenu de toute simplification qui aurait laissé à la psychanalyse l’exclusivité du titre de l’ouvrage.

Voulant s’adresser à tous, c’est sur le terrain des autres qu’il souhaite qu’ait lieu la rencontre, la conviction n’y perdant rien et ne gagnant pas davantage à ne faire signe qu’aux initiés. Mais on peut aussi penser que, même parmi ces derniers, le propos de ce livre indique une position précise. Au-delà, en effet, du souci de se démarquer d’une trop étroite vision béhavioriste des comportements qui ne s’en remettrait qu’à l’observation, à l’exclusion de tout sens (si la chose est possible et autrement qu’en vue d’une taxinomie pour faire parler les grands nombres), on peut certes imaginer quelle place un enseignement honnête peut se sentir tenu d’offrir aux diverses modalités de recherche et d’approche de la vie psychique, dont la démarche descriptive vaut davantage, pour l’auteur, que les causalités du manifeste, et dont les différences permettront aux reflets de l’interdisciplinarité de mieux préciser les reliefs d’ensemble, en relativisant les explications linéaires.

Mais pour celui dont le train quotidien demeure le champ de la clinique, on comprendra aussi qu’une psychologie dynamique se veuille, tout au long de l’ouvrage, plus précisément attentive au mouvement de l’histoire du sujet, aux complexités du vécu, à l’intime introduit comme une donnée scientifique, au domaine du qualitatif, de l’affect ainsi pris en compte, et pour dire d’un mot ce qui animera le tout, au conflit. Et à ce point d’arrivée, les formulations relevant d’une autre méthodologie que la perspective freudienne donnent à maints endroits le sentiment de leur faiblesse naturelle, car plus qu’à joindre leur apport aux notions psychanalytiques, elles n’aboutissent, au bout du compte, qu’à en être le faire-valoir.

Il n’en reste pas moins que l’interrogation des autres domaines scientifiques se réclame implicitement, dans cette étude, d’une position qui se refuse à la généralisation ou à l’application trop simples d’une métapsychologie dont les notions seraient valables à tout endroit. Loin d’en voir sa portée diminuée, la métapsychologie y trouvera, au contraire, une spécificité plus sûre. Dans une même perspective, Daniel Widlöcher (Pour une métapsychologie de l’écoute psychanalytique, Congrès des Psychanalystes de langue française, 1995, Revue française de Psychanalyse, 1995, 5) distinguait pareillement une métapsychologie qui, en tant que théorie de la découverte de l’inconscient, pouvait interroger des faits de nature différente selon une même lecture, d’une psychologie psychanalytique par ailleurs qui, dans l’autre sens, étudie pulsions et conflits, opérations et mécanismes issus de la vie inconsciente.

Autant de considérations qui n’enlèvent rien à la difficulté de présentation d’une telle psychologie psychanalytique. Alain Braconnier a eu raison, dans la logique de cette démarche, de poser la notion d’inconscient comme un point de départ qui établit la spécificité de la psychanalyse comme science, permet d’emblée d’en faire l’histoire par sa manière de rompre avec les conceptions antérieures qui, sans l’ignorer, ne faisaient de l’inconscient qu’une réserve immobile ou une inspiration religieuse venue d’ailleurs. Non seulement y prend existence la dynamique conflictuelle qui donnera sens à l’équilibre toujours en recherche du désir et des défenses, mais le lecteur sera prêt à mieux comprendre ultérieurement les formulations de la deuxième topique freudienne qui fait du ça, pour le moins, la réserve pulsionnelle. Les “équations” dont part l’auteur seront d’autant plus vivantes, qu’en suivant toujours l’histoire, ce sont les troublantes questions posées à Freud par l’hystérie qui font leur animation, l’incompréhensible symptôme s’entretenant de ce qui n’est rien moins que l’angoisse, l’amour et la haine. C’est annoncer en même temps que rien, dans la suite de l’ouvrage, ne pourra échapper aux grandes questions que posent à la psychanalyse, névroses, psychoses et dépression. Non par préférence clinique ou déformation de métier, mais en raison de ce qu’on sait que peut devenir d’anodin, en chacun de nous, l’idée d’inconscient, à s’en tenir à la seule psychopathologie de la vie quotidienne ou quelque aimable interprétation littéraire, si ne revenaient en force les grandes souffrances de la pathologie et le drame de ceux qui, quotidiennement, nous demandent de les comprendre. Et ayant ainsi accompagné la démarche freudienne jusqu’à L’Interprétation des rêves -nous sommes donc en 1900- et en moins de cinquante pages, le lecteur aura appris bien des choses. Et l’on pourrait se demander, à cette croisée des chemins, de quelle manière l’auteur va poursuivre l’exposé de l’évolution de la pensée freudienne, et aussi bien de ses développements ultérieurs, tels qu’ils s’expriment cent ans après.

Alain Braconnier fait ici un choix qu’on peut qualifier d’ “heuristique”, en consacrant le tiers de l’ouvrage à l’exposé des principales théories freudiennes. Outre le regroupement synthétique de ce qui perd sens à être dispersé, les ensembles ainsi considérés réaniment la dynamique à tout endroit prise en compte. Mais on n’y retrouvera pas moins d’exactitude et de fidélité à la pensée freudienne, dont on sait qu’elle se développa selon des perspectives successives ou simultanées, leurs points d’articulation laissant autant de questions que de contradictions. La méthode introduit aussi bien les conceptions post-freudiennes, tout en laissant au lecteur la liberté de sa propre réflexion, et non sans indiquer des voies de recherche personnelles. Ainsi se succéderont les points de vue, complémentaires ou non selon les plans de recoupement. Ainsi la notion d’appareil psychique, “véritable tableau de l’esprit”, permettra-t-elle de mieux comprendre les modèles topographique et structural de l’une et l’autre topique, les points de vue économique et dynamique, non sans autre ouverture accompagnant (“L’énergie psychique est un médiateur de sens”, p. 53). Ainsi la théorie pulsionnelle reprend-elle la problématique de la démarche freudienne pour une discussion jamais close (La pulsion pour quoi faire ?, selon le rappel d’un colloque sur le sujet, p. 62). Sexualité infantile, narcissisme et angoisse seront pareillement de grands thèmes porteurs des fondements de la pensée de Freud, de ses retours et reprises et des perspectives de recherche toujours ouvertes.

Le lecteur sera prêt, dès lors, à une approche des mêmes questions à partir des principales notions freudiennes, dont la sélection reste évidemment celle de l’auteur, mais qui apporte bien des clartés sur de difficiles concepts, d’identification, par exemple. Névrose, psychose, états limites, conceptions dynamiques de la personnalité, troubles de l’enfance seront alors traités comme autant de problèmes qui font la suite naturelle de toutes les notions précédemment abordées.

C’est également, pour Alain Braconnier, l’occasion d’exposer avec honnêteté et exactitude les positions diverses qui ont suivi l’œuvre freudienne, celles des Kernberg, Kohut, Mahler, Winnicott et d’autres. Mais c’est sans doute plus précisément le rappel de la conviction de l’auteur que la clinique représente la réalité qui justifie notre recherche et garantit, au bout du compte, sa vérité.

Augustin Jeanneau

 

 

 

 

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