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André Bourguignon, Psychopathologie et épistémologie

Éditions PUF, 1998.

André Bourguignon avait une vision très précise de la science et de l’attitude scientifique. C’est ce qu’Odile Bourguignon nous montre à travers le recueil des textes d’André parus aux P.U.F. lors de l’été 1998 sous le titre : Psychopathologie et épistémologie. Le livre est structuré en trois parties : Le rêve, Psychopathologie et psychiatrie, Épistémologie et histoire des sciences.

À l’heure où l’on réédite un des ouvrages relatant les rapports de S. Freud avec la neurobiologie, comment pourrait-on oublier les rapports qu’a entretenu avec les écrits de S. Freud, A. Bourguignon ? Lui l’infatigable traducteur, l’infatigable chercheur, l’infatigable scientifique nous a quittés au printemps de 1996, laissant derrière lui une somme considérable d’articles retraçant l’aventure du clinicien hors pair qu’il était, doublé d’un théoricien d’exception interrogeant sans relâche la question scientifique.

C’est ce qu’il avait démontré dans les deux premiers tomes de L’histoire naturelle de l’homme : “… Mais cette histoire ne pouvait pas se clore sans une interrogation sur les malheurs causés par l’homme et sur les souffrances qu’il inflige depuis des millénaires. La “misère du monde” est sans limites et les horreurs, les crimes de l’homme ont atteint au XX° siècle un degré jamais égalé... il n’est plus admissible de vouloir rendre compte de tous les malheurs en invoquant “quelque péché originel”… Il faut adopter une attitude scientifique et naturaliste et rechercher les racines de ce mal dans la phylogenèse, dans l’histoire de l’humanité et dans l’ontogenèse de l’individu…”.

Dans l’introduction au troisième volume de L’histoire naturelle de l’homme, A. Bourguignon montre comment “…la science s’est péniblement dégagée de la religion…”. Décrivant ainsi son abord philosophique de la science : “…Ceux qui voient en elle une source indirecte de notre misère oublient que c’est elle qui péniblement démolit les vaines croyances pour nous offrir à la place une vision cohérente du monde. C’est donc sur elle que je m’appuierai pour montrer comment l’élevage puis l’éducation de l’enfant jouent un rôle déterminant dans le triste destin de l’humanité. Chercher les racines du mal relève plus de la science que de la morale, de la religion ou de la métaphysique…”.

L’ensemble de l’ouvrage vient questionner cette attitude à partir de l’article déjà ancien sur “l’organisation de la recherche scientifique dans la Nouvelle Atlantide de Lord Bacon” où il déplore comme l’écrivait Descartes que la situation de la science et des savants soit celle d’un solitaire confronté à la théorie; pour lui la théorie doit être “… mise à l’épreuve des faits expérimentaux…”. C’est le travail qu’il nous livre à partir du rêve. L’ article de 1968, abordant la question de la “neurophysiologie du rêve par rapport à la théorie psychanalytique” est une richesse documentaire à laquelle le lecteur ne cessera de revenir. “…tout le monde est à peu près d’accord aujourd’hui pour reconnaître –ce que Freud ignorait- que notre vie est partagée en trois états : la veille, le sommeil et le rêve. Deux de ces états, la veille et le rêve étant des états d’éveil (…). L’état de rêve qui correspond à la phase paradoxale est un état d’éveil uniquement orienté vers le monde intérieur du sujet où le sujet est privé de ses moyens de communication avec le monde extérieur et où la vie psychique s’accompagne de la plus intense participation corporelle. C’est l’état dans lequel l’union de l’âme et du corps est la plus intime. Cette union ou cette désunion que nous retrouvons marquée d’un sceau très particulier à travers cette étude sur le vampirisme et l’autovampirisme.

Le survol chronologique de l’évolution de la pensée d’A. Bourguignon trouve son apogée dans cet article concernant Certains problèmes épistémologiques évoqués par Claude Bernard, écrit au moment du centenaire de sa mort (1878) et retraçant le modernisme de la pensée scientifique de cet homme : “…Il est comme un monument historique auquel on n’ose toucher …”. Ce qui séduit A. Bourguignon dans la pensée de C. Bernard, c’est la réflexion qu’il mène jusqu’à sa mort sur la démarche scientifique et en particulier sur la méthode expérimentale.

Comment ne pas relire avec plaisir Mémorial, article replaçant la psychanalyse dans une perspective historique, comme la publication de Psychopathologie et épistémologie replace la pensée d’André Bourguignon dans la même perspective.

Bernard Landureau

 

 

 

 

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