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Raymond Cahn, L'adolescent dans la psychanalyse. L'aventure de la subjectivation

Éditions PUF, 1998.

Psychanalyste depuis de longues années d'adolescents et de jeunes souvent très perturbés, lecteur attentif et critique des auteurs de ce double champ de recherche que sont psychanalyse et psychopathologie, R. Cahn témoigne dans cet ouvrage composé d'articles écrits ces dix dernières années, de son souci d'une articulation entre adolescence et processus analytique, qu'il propose de déployer à travers la notion de processus de subjectivation: “Ce processus d'appropriation subjective courant depuis la naissance jusqu'à cette phase conclusive et permettant ou non l'instauration d'un espace psychique personnel, la possibilité d'un travail interne de transformation et de création.”

Si c'est à l'adolescence, dans l'après coup, que la névrose infantile d'un point de vue développemental et structural se constitue, créant les conditions d'analysabilité, c'est bien dans leur double dimension synchronique et diachronique, dans la tâche commune de remaniement topique et écononomique, de remise en cause des fondements narcissiques et des identifications, qu'adolescence et cure analytique se rejoignent et témoignent du processus de subjectivation en cours, aussi provisoire à l'adolescence que dans la cure, puisqu'il se poursuit la vie durant.

Cette hypothèse théorique a paru heuristique non seulement dans ses aspects positifs mais aussi pour rendre compte des achoppements de l'adolescence (la grille psychopathologique de Laufer axée sur les possibilités ou impossibilités de reprise évolutive à l'adolescence est largement commentée dans l'ouvrage), ainsi que des difficultés similaires dans certaines cures analytiques d'adultes où se retrouvent ces modes de fonctionnement mental particuliers que sont les dénis, clivages, externalisations, projections.

Le modèle névrose infantile, névrose de transfert proposée par S. Lebovici, avec la notion de “carences en névrose infantile” où coexistent dans certains tableaux cliniques plages névrotiques et plages prégénitales, se trouverait intégré et complété par la notion d'achèvement ou d'inachèvement du processus de subjectivation, ce dernier se caractérisant par des mécanismes de défenses primitifs, grévant la possibilité de l'installation d'un espace psychique interne. Le patient état limite se situerait alors non pas tant entre névrose et psychose, qu'entre capacité et incapacité d'accéder à la position de sujet au décours d'une adolescence où se seraient fixées ces défenses archaïques.

S'appuyant sur des vignettes cliniques, R. Cahn soutient l' hypothèse que les cures d'adultes où la névrose de transfert ne semble pas se déployer, signent l'échec du processus de subjectivation et voient ressurgir sous forme souvent traumatique, une problématique de l'adolescence du patient, habituellement en arrière plan, signe d'une non terminaison de l'adolescence. L'analyste est alors entrainé dans des modalités de cadre et de problématique transféro contretransférentielles particulières aux cures d'adolescents où s'observe l'interruption de la subjectivation.

L'explicitation du processus de subjectivation, illustrée par certains adolescents de la mythologie et de la littérature se poursuit dans les derniers chapitres du livre ; une réflexion argumentée sur les effets de la rencontre des adolescents avec leur environnement culturel, social, éducatif et familial témoigne de la profonde connaissance de R. Cahn des processus psychiques à l'oeuvre et de son empathie remarquable pour les adolescents.

Les bouleversements de la croyance, la perte “de l'évidence immédiate de soi et des choses”, le besoin de se créer une conception du monde susceptibles d'instaurer un rapport causal entre la conflictualité personnelle et le monde extérieur, la nécessité des aires d'illusion et d'un “champ transitionnel” sont décrites par l'auteur de manières fines et différenciées : à la fois comme source de créations et d'ouverture, de cheminement vers l'autonomie mais aussi de risque de fermeture en système défensif clos, “limitation sévère du subjectivable”, tant ils mettent en cause le rôle de l'objet externe dans sa réalité, des modalités de réponses pathologiques que seront parfois l'excès, l'incohérence et l'insuffisance de cet objet.

L'auteur au travers de ses axes de réflexion, ne cesse de soutenir la dialectique “proposition-imposition” : pour que le sujet advienne, sa relation à l'objet doit lui apparaître à la fois comme imposée mais aussi créée par lui, laissant place à l'imprévu, à un aléatoire intégrable aux impératifs de la permanence et de la continuité.

Noelle Franck

 

 

 

 

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