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Colette Chiland, Le sexe mène le monde |
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Éditions Odile Jacob, 1999. Le sexe mène le monde, donc ! Qui le nierait aujourdhui à lère du triomphe de limage et de la planète Internet, diffusant au monde entier les frasques dun président, abolisant la frontière entre vie privée et vie publique, remarque Colette Chiland. Se référant implicitement au pansexualisme freudien et à la théorie sexuelle des névroses, lauteur, qui a récemment publié un livre sur le transexualisme et lidentité de genre (Changer de sexe, Odile Jacob, 1997), traite ici de limportance de la sexualité et de lidentité sexuée dans la vie humaine quelle soit individuelle ou collective. Parlant de lidentité sexuée, de la différence et de légalité des sexes, de ce qui a rendu possible le statut de la femme dans le monde contemporain, comme de ce qui y fait encore obstacle, abordant la question (mystérieuse) du choix du partenaire, ou celle des errances du sexe (pornographie, perversion, prostitution), concluant son livre avec un chapitre sur lamour et ses trois visages, Eros, Philia, Agapé, Colette Chiland nhésite pas à sengager dans une réflexion personnelle issue à la fois de son expérience danalyste et de nombreuses lectures critiques. A ce titre, les notes et la bibliographie qui ponctuent louvrage sont autant douvertures nouvelles. Réflexions dune psychanalyste donc, qui rappelle que la sexualité humaine est dabord une psychosexualité. Sil est possible, en effet, pour les êtres humains, libérés de loestrus, de sunir à tout moment pour leur seul plaisir, les complexités de la vie sociale comme de leur vie psychique leur ont fait inventer des liens idéologiques entre sexualité et procréation. Libérés dans leur corps, ils sont prisonniers de leurs représentations individuelles et collectives, de leurs fantasmes personnels et de leurs mythes culturels. Au contraire des sexologues, qui traitent les troubles du comportement sexuel, les psychanalystes, en effet, parlent dune sexualité indissociable du psychisme parce que précisément elle organise celui-ci. Colette Chiland aborde ainsi de nombreuses notions à la fois familières et mystérieuses. Lidentité sexuée, ce sentiment intime que chacun a dappartenir à lun des sexes que la biologie et la culture distinguent. En effet, aux données biologiques concernant le sexe sajoutent les constructions sociales et politiques. Le masculin et le féminin ne découlent pas de la nature biologique de lhomme et de la femme, mais sont une interprétation des différences biologiques, par ailleurs impossibles à nier. Conventionnelles et en grande partie arbitraires, ces interprétations sont imposées aux membres dune culture donnée et la majorité se soumet à ces stéréotypes, craignant lexclusion du groupe social. Colette Chiland montre par ailleurs comment se construit lidentité sexuée. Cest à propos des intersexués, des sujets présentant des troubles de leur constitution sexuée, que lon sest aperçu que lidentité sexuée avant dêtre une connaissance, était une croyance qui découlait du sexe dassignation, celui que lon a reçu à létat civil et dans lequel on a été élevé. Le bébé ne sait pas en naissant quil est garçon ou fille. Ce sont les parents qui le savent et lélèvent comme tel. John Money à Baltimore a montré que lorsquil y a contradiction entre biologie et sexe dassignation, le sujet avait le sentiment dappartenir à son sexe dassignation. Les forces psychologiques lemportent, donc, sur les forces biologiques. Tel est le cas dHerculine Barbin dont Michel Foucault (1978) a rapporté lhistoire. On en vient, donc, à lidée que le sentiment dappartenir à lun des deux sexes est une croyance, et que notre identité sexuée, avant que nous ne nous lapproprions, est dans la tête de nos parents et de ceux qui nous entourent. Cest par le déchiffrage des messages parentaux que nous apprenons notre sexe. On ne saurait cependant comparer le refus dramatique de son sexe dassignation chez le transexuel avec les vicissitudes ordinaires de tout un chacun. Colette Chiland rappelle que le noyau de lidentité sexuée se constitue au cours des deux premières années (Roiphe et Galenson) et quil nest pas remis en question lorsque la fille par exemple, envie le statut masculin, et que lon parle chez elle denvie du pénis. Si elle envie le statut que le pénis vaut au garçon, plus que lorgane anatomique, elle ne cesse pas de vouloir continuer à être elle-même. Linverse est tout aussi vrai, même si lon ne voit pas beaucoup de garçons pleurer parce quils ne pourront pas porter de bébés dans leur ventre ! Il existe, de fait, une hiérarchie de valeur entre le masculin et le féminin, ce que Françoise Héritier a appelé la valeur différentielle des sexes, le féminin apparaissant partout inférieur au masculin ! On se considère donc comme garçon ou fille et lon va ensuite négocier avec soi-même et avec les autres ce qui est acceptable ou non dans les stéréotypes que la société veut nous imposer, écrit Colette Chiland. On remarquera, au passage, que chacun, de même quil ressemble physiquement à son père et à sa mère indépendamment de son sexe, sidentifiera aux modes de fonctionnement et aux caractéristiques de ses deux parents. Ainsi, on peut définir ici une bisexuation psychologique. De même parlera-t-on de bisexualité psychique, à partir des vécus de tendresse et de sensualité qui alimentent le complexe ddipe, dans sa double orientation vers le parent de lautre sexe, et celui du même sexe. La question du choix du partenaire ne saurait laisser indifférent. Colette Chiland évoque ici les travaux de John Money, les sexual maps, la carte sexuelle ou carte du tendre qui ne concerne pas seulement laspect tendre de la sexualité, mais aussi son aspect sexuel érotique. Lenjeu dans le choix du partenaire est, bien naturellement, que les cartes du tendre sajustent ! A-t-on découvert le mode demploi ? Colette Chiland rappelle quil existe une histoire développementale de lhétérosexualité, aussi bien que de lhomosexualité. En ce qui concerne lhomosexualité, la recherche dun support biologique du choix homosexuel dobjet sest montré décevante. Pas de gène ou de locus cérébral de lhomosexualité malgré les assertions de certains ! Le choix du sexe du partenaire reste un phénomène complexe faisant intervenir à la fois des phénomènes culturels (les initiations rituelles) et lhistoire du sujet comme tous les phénomènes psychologiques complexes. Ce chapitre évoque par ailleurs une intéressante hypothèse dElisabeth Moberly : à la racine du choix homosexuel dobjet on trouverait un trouble de lattachement par rapport à la figure parentale de même sexe. La tendresse qui unit le couple homosexuel serait à comprendre comme un besoin de réparation par rapport au manque vécu avec la figure parentale de même sexe, avec ce que lon a appelé une carence de lhomosexualité primaire. En ce qui concerne notre identité, remarque Colette Chiland, si nous sommes un homme ou une femme, cela ne veut pas dire que lhumanité est divisée en deux moitiés. Lhumanité est à la fois homme et femme. Elle ne se réalise pleinement en nous que si nous sommes capables de saisir par empathie ce que vit lautre de lautre sexe, de nous identifier à lui sans peur et sans envie. Lhumanité ne se réalise, en effet, pleinement en nous que par la bisexuation et la bisexualité psychique, écrit Colette Chiland par notre capacité à vivre pleinement nos identifications au masculin et au féminin. Le livre se conclut avec un chapitre sur lamour, décrit à travers ses trois figures mythiques, celle dEros, lamour sensuel, Philia, lamitié, et Agapé, lamour au sens universel du terme. Colette Chiland rappelle que lêtre humain nest pas capable daimer, sil na dabord été aimé. Au passage, elle réconcilie Freud et Bowlby, la satisfaction pulsionnelle cherchant lobjet, la figure dattachement, et non seulement la pure décharge mécanique. Elle montre, par ailleurs, quil nexiste pas damour aussi bienveillant soit-il qui ne soit mêlé dambivalence. Lambivalence dans son inéluctabilité est pour les freudiens une conséquence de la dernière théorie des pulsions, Freud décrivant une force de déliaison à luvre associée à une force de liaison. Face à Thanatos, face aux forces de destruction, Eros, Philia et Agapé représentent notre espérance. Colette Chiland rejoint ainsi Freud, qui, dans Malaise dans la civilisation, écrivait que nous attendions de lEros immortel quil tente un effort, afin de saffirmer dans la lutte quil mène contre son adversaire non moins immortel. Jean-François Rabain
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