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Jacqueline Schaeffer, Le refus du féminin |
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Éditions PUF, 1997. Membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, Jacqueline Schaeffer propose ici une théorisation du féminin originale et forte, qui sélabore selon une logique interne très explicite et en référence aux travaux de Claude Goldstein. La part la plus énigmatique de la sexualité, de laveu de Freud lui-même, cest le féminin. Le refus du féminin est accolé par Freud à deux modalités prégénitales : lenvie du pénis, et langoisse de passivation homosexuelle. Mais ici le féminin est déplacé vers son pôle libidinal, et éclairé à partir de la génitalité. Cest en effet la relation sexuelle de jouissance, le féminin érotique, qui est le plus refoulé. La jouissance féminine abolition des limites que l'on ne saurait réduire à l'orgasme, lequel est au contraire abaissement de la tension, plaisir mais non jouissance , est arrachée à la femme, malgré son moi qui voudrait garder une position de contrôle et de maîtrise, par l'amant de jouissance. La notion de masochisme féminin comporte donc une pertinence structurelle, car il sagit de pouvoir supporter de grandes quantités dexcitation ; et la jouissance féminine est défaite, effraction, ouverture coûte que coûte au pulsionnel et à létranger. Cest le masculin de lhomme qui crée le féminin de la femme, en lui arrachant la jouissance sexuelle, et cest par identification à la jouissance féminine que lhomme accède lui aussi véritablement à la jouissance. Mais cest à condition que tous deux surmontent leur refus du féminin pour se risquer à cette expérience de différenciation sexuelle et dintrojection, selon la poussée constante de la psychosexualité. Sinon, lhomme en reste à une position phallique, théorie sexuelle infantile de la phase dipienne, et la femme à lenvie du pénis et au risque de frigidité. La construction de la psychosexualité passe en effet par trois effracteurs nourriciers, véritables épreuves de réalité, structurantes, qui simposent au moi sans négociation, comme une exigence : le "corps étranger interne" que constitue la poussée constante de la libido, la différence des sexes, et la relation sexuelle de jouissance, "qui crée le féminin de la femme, frayé par les précédentes épreuves, et qui réélabore en après-coup toutes les figures antérieures de létranger effracteur et nourricier, pulsionnel et objectal". Louvrage sorganise en deux temps. Une première partie part de lénigme du refus du féminin et de langoisse de poussée constante de la libido puis développe, autour de la différence des sexes, lidée du travail de lanalité (à ne pas réduire à la fécalisation !) et surtout du travail du féminin, en regard du refus du féminin et des angoisses masculines de féminin. Car aux deux premiers effracteurs nourriciers doit sajouter leffraction par lamant de jouissance, qui se fait poussée constante et permet laccès à la jouissance et léveil du féminin. La défaite de la Sphinge est sa victoire. Lanalyse des quatre couples organisateurs de la psychosexualité dans luvre de Freud est un moment important du livre, car elle permet de se dégager de la fausse symétrie entre passif et féminin, sans pour autant refuser de prendre radicalement au sérieux la question de la passivation pulsionnelle dans la relation de jouissance, et en particulier dans lexigence de surmonter le refus du féminin, par une sorte dacceptation par le moi dune défaite de sa maîtrise. Ainsi sont interrogés les couples actif / passif, actif-passif / féminin, phallique / châtré, et enfin masculin / féminin. Ce dernier couple dopposés ne doit ni être rabattu sur la différence précédente, et assimilé à lopposition phallique / châtré ce qui serait en rester aux défenses contre la différence des sexes , ni (comme le fait Freud faute dune conceptualisation adéquate) nêtre pensé quen termes prégénitaux. Cest le travail du féminin, et celui du masculin qui assurent laccès à la différence des sexes et son maintien, toujours conflictuel, et qui contribuent donc à la construction dune identité psychosexuelle, instable par essence, car ce travail est "constamment menacé de régression à lopposition actif / passif ou au couple phallique / châtré qui soulagent tous deux le Moi en exigence de travail face à la poussée constante de la pulsion sexuelle". À la lumière de cette théorisation, la pratique clinique est réinterrogée par une série de vignettes significatives, et par des élaborations théorico-cliniques très suggestives, notamment en ce qui concerne les troubles alimentaires, lhystérie et le masochisme. Le Prince introuvable, la bisexualité agie, la fuite du féminin, le féminin fécalisé, la "poupée Barbie", autant de figures qui, parmi dautres, viennent illustrer les écueils de ce travail du féminin. Les conflits avec lalimentation, discrets ou plus graves, sont la forme la plus féminine des avatars du combat contre linvasion pulsionnelle, utilisée lorsque le féminin est trop menacé par les angoisses dintrusion prégénitales qui ne peuvent sélaborer en angoisses de pénétration génitale, ou encore régressivement, lorsque le féminin est trop blessé ou souffrant. Dans une seconde partie, lauteur rassemble des articles publiés antérieurement, qui sont autant de jalons qui préparent ou développent déjà les thèses présentées systématiquement en première partie. On notera particulièrement la réflexion sur la confusion des zones érogènes (à ne pas confondre avec la confusion des maîtrises, qui voudrait que la maîtrise anale soit applicable à la jouissance), létude du contre-investissement hystérique (Le rubis a horreur du rouge, Prix M. Bouvet 1987) ainsi que des analyses très fines de lidentification hystérique ; de belles pages sont consacrées à la Gradiva. Lensemble se lit avec joie pour ne pas dire avec passion, et nous propose une théorisation renouvelée, rigoureuse et cohérente de la jouissance féminine. Dominique Bourdin
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