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{titre}Patrick Delaroche, De lamour de lautre à lamour de soi. Le narcissisme en psychanalyse. |
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Éditions Denoël, 1999. Ce livre se révèle tout particulièrement novateur. En effet, il jette un sort à la notion couramment admise de structure narcissique. Le projet de P. Delaroche, parfaitement explicité dans le beau titre de louvrage, nous engage à mettre de lordre dans les champs des pathologies narcissiques appelés aussi états limites ou borderline, alliant à la théorie un réel souci clinique. Discutable et souvent discutée, cette notion de pathologie narcissique est confuse et mal définie dans la littérature analytique contemporaine, alors même quelle fait lobjet de nombreux travaux. P. Delaroche procède à un examen critique attentif d ouvrages dAndré Green ainsi que des travaux pionniers de B. Grunberger et H. Kohut. Si B. Grunberger voit dans le narcissisme le prototype de létat ftal, ce qui rend son hypothèse peu opératoire, les autres auteurs tendent à vouloir prouver sa valeur structurelle. Pour P. Delaroche, il ne sagit pas dune structure mais plutôt dune symptomatologie puisquelle est présente dans des pathologies très diverses (psychose, névrose, perversion). Le narcissisme est aussi une étape qui concerne en réalité tout être humain, étant à lorigine de la constitution du moi. Partant dune analyse des écrits que Freud consacre au concept de narcissisme antérieur même à la monographie Pour introduire le narcissisme, P. Delaroche prolonge sa réflexion par une référence à luvre de Lacan. Celle-ci se révèle tout particulièrement précieuse en raison de la référence au stade du miroir. P. Delaroche voit là un moment décisif que Freud a évoqué sans pouvoir le nommer : une nouvelle action psychique qui doit sajouter à lautoérotisme pour donner forme au narcissisme. Ce moment, (le stade du miroir) va permettre de formaliser le narcissisme primaire et de mieux rendre compte des instances du moi moi idéal, idéal du moi et surmoi- à travers une relecture attentive des textes freudiens à la lumière des notions lacaniennes de réel, imaginaire et symbolique, ainsi que de la notion de phallus. En omettant de considérer ces notions, la plupart des auteurs ont des difficultés à définir le narcissisme. Celui-ci devient une nouvelle structure, dont on ignore, par ailleurs, si elle sapparente à la névrose ou à la psychose. Un article de A. Stern, (Psychoanalytic thermos in the borderline neuroses) publié dans le Psychoanalytical Quaterly en 1945, (antérieur, donc au Défaut fondamental de M. Balint), et cité par Jacques André dans son introduction au livre Les états limites montre que la question est déjà vieille de plus dun demi-siècle. Pourtant, le terrain est resté en friche, car le traditionnel recours à la notion de la mère (depriving, rejecting) ne nous donne pas la clé de la compréhension de cas aussi divers que celui du Président Schreber, par exemple, (le stade narcissique a été inventé à cette occasion, comme le dit P. Delaroche) ou de M. Little, dont on connaît, par le récit quelle-même en fait, ses avatars analytiques avec Winnicott good enough mother. Quand J. André affirme dans le texte déjà cité, que labsence de la catégorie borderline chez Lacan est liée au primat phallique et à une conception péjorative du moi, il ne croit pas si bien dire. Cest bien, en effet, la conception lacanienne du moi et de la primauté du phallus qui éclaire notre compréhension de la symptomatologie narcissique. Que la relation mère-enfant soit pour quelque chose dans les troubles narcissiques, nul ne songerait à le contester. Dailleurs, comme le rappelle P. Delaroche, Freud avait déjà analysé dans Un souvenir denfance de Léonard de Vinci, limpact de lattitude de la mère sur son fils, et plus tard, dans Pour introduire le narcissisme, il avait vu dans le narcissisme de lenfant la projection de celui des parents. Une relecture des textes freudiens à laide de la théorie lacanienne nous permet de mieux formuler la question de la relation mère-enfant. Dans la relation avec lenfant, celui-ci est investi par la mère en tant que phallus et cette étape doit être suivie dun nécessaire désinvestissement. Dailleurs, Freud déjà en 1911, remarque P. Delaroche avait noté que les organes génitaux constituent peut-être déjà lattrait primordial au stade narcissique. Ne voyons-nous pas là en germe la référence au primat phallique ? Si le défaut dinvestissement phallique de lenfant par la mère, tel que le stade de miroir permet den rendre compte, est responsable de la psychose, la référence au stade du miroir permet à lanalyste de se situer correctement face au psychotique, cest-à-dire de se situer comme témoin, interprète, à linteraction de limaginaire et du symbolique (p. 201). Le schéma optique, dont Lacan se sert comme modèle du stade du miroir, illustre les deux images différentes (image spéculaire et image du corps), en décalage entre elles. On rencontre très fréquemment ce double aspect du narcissisme primaire sous forme de dévalorisation de soi dans la névrose : le cas de Daniel en est le parfait exemple (p. 101). La référence au phallus sous son double aspect imaginaire et symbolique se révèle essentielle. Dans la névrose, cest la loi du père (instance symbolique) qui va permettre la désidentification du sujet par rapport au phallus. La loi du père subit dans la psychose un rejet véhiculé par le discours maternel. Dans la perversion, en revanche, le sujet reste fixé à cette identification. On pourrait dire que les différentes structures sont bien lillustration des avatars narcissiques subis par le sujet et que le phallus est lobjet narcissique par excellence la chose au monde la mieux partagée (p. 88 note n°3). Un grand chapitre est consacré à la psychopathologie de ladolescence, étape de la vie qui a toujours été au centre des intérêts cliniques et théoriques de P. Delaroche. Cette réflexion sur ladolescence se nourrit des récits autobiographiques de J. Green, qui a parfaitement illustré lidentification narcissique à la mère. Par ailleurs, létude du mythe arthurien renvoie à la question de lidéal du moi dans le groupe. La compréhension des instances du moi -moi idéal, idéal du moi et surmoi- est renforcée : le caractère incestueux pour le moi idéal, symbolique pour lidéal du moi, quil vaut mieux isoler de cette figure obscène et féroce que lanalyse appelle surmoi(p. 117). Pour conclure, je voudrais attirer lattention du lecteur sur lesprit qui a animé P. Delaroche dans sa recherche sur le narcissisme.Lauteur nous montre sa référence conjointe à Freud et à Lacan et nous précise que la théorie lacanienne prolonge celle de Freud (p. 87), nulle coupure épistémologique, donc, mais création du nouveau à partir de lancien. Cest une question épistémologique majeure dans la formation de toute science, tout particulièrement pertinente en ce qui concerne lanalyse, un savoir où rien ne se perd, et où tout se transforme. Freud lui-même a tenu à poursuivre lélaboration dune théorie sur lhystérie à partir de son expérience avec Charcot tout comme dans les étapes successives de son élaboration théorique. Rien nétait écarté, la pensée freudienne procède par sédimentation. Freud le dit lui-même dans une note au sujet du cas de Dora : Je nai pas abandonné la théorie du trauma, mais je lai dépassée, cest-à-dire que je ne la considère pas aujourdhui, comme incorrecte, mais incomplète (cité par O. Mannoni dans son livre sur Freud). Lanalyse est ainsi lexemple dune pensée conjonctive, en opposition à la pensée disjonctive (Raphael Drai) qui senrichit de la réflexion de tous ceux qui, sinscrivant dans le droit fil de la recherche freudienne, contribuent par leur apport à édifier le savoir analytique. Cette recherche de P. Delaroche sur le narcissisme en est la preuve. Fanny Colonomos
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