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Ginette Michaud, Figures du réel |
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Éditions Denoël, 1999. Les textes rassemblés dans cet ouvrage sétendent sur plus de trente années de travail avec les patients border-line, atteints de névrose grave mais surtout psychotiques, écrit Ginette Michaud dans la présentation de son ouvrage. Et elle précise, plus loin, que lesdits textes couvrent surtout le champ de la clinique psychanalytique. Gageons que le lecteur, ne manquera pas, à chaque étape de sa lecture, dêtre doublement surpris de ce qui se voit soumis à son examen. En premier lieu dun matériel clinique que très peu danalystes (à lexception de F. Dolto, G. Pankow, et de quelques autres) ont laudace de rendre public, de crainte que leurs commentaires et leurs interprétations ne soient taxés dhétérodoxes au regard du corpus théorique freudien ou lacanien. En second lieu, parce que le mouvement dialectique de ces cures- qui ne peuvent être exhaustivement rapportées- a fait obligation à lauteur de ne rien dissimuler de certains paradoxes hautement singuliers qui scandent le processus analytique. Ainsi quadvient-il quand, dans le courant dune séance danalyse, lanalyste cède brusquement au sommeil- ne serait-ce que pour un temps très court ? On découvrira au chapitre inaugural de Figures du réel, non sans un mélange démotion et de surprise, que lépisode cité plus haut, fut profitable à lanalysant. Lanalyste y trouvant, pour sa part, matière à reformuler, par la notion de trans-inscription le phénomène jusqualors obscurément qualifié de communication dinconscient à inconscient. A suivre lexpérience de Ginette Michaud (laquelle concerne, outre le champ proprement psychanalytique que celui, psychiatrique, de la psychothérapie institutionnelle, dont elle fut avec J. Oury, F. Guattari et F. Tosquelles, lune des pionnières), lon aperçoit, de manière saisissante, que le psychanalyste, quand il nest pas confiné aux salons parisiens, ne fait parfois uvre théorique quà son corps défendant. Cest dans linédit dune rencontre, la résonance dune parole au sens plein du terme quil se trouve, à linstar de Freud, enseigné par son patient. Cest ainsi que dans Figures du réel, les notions de lien et despace métonymique, de même que celui de praticable sont des réévaluations théoriques qui nauraient guère de valeur opératoire si elles ne sinscrivaient, de manière concrète, dans la dynamique de la cure notamment celle des psychotiques. Lespace métonymique, soutient Ginette Michaud, est une création de la cure ; un espace qui se superpose et sapparente à lespace transitionnel (théorisé par Winnicott) manquant dans la structure relationnelle des patients en cause. Dans cette optique, lespace métonymique peut se concevoir comme un mieux qui, fixant des limites au patient psychotique, stoppe son angoisse. Le praticable est également un espace qui peut se constituer à partir dune forme didentification à lautre, autrement dit, dune inscription imaginaire opératoire ; laquelle à défaut de pouvoir réparer, chez le psychotique linscription symbolique de la fonction paternelle, crée un tenant-lieu. En ce sens, le praticable est un espace dillusion nécessaire (au sens de Winnicott), une forme de théâtre intime, qui peut donner son cadre à limaginaire. Mais quen est-il de ce réel dont il est question dans le titre de louvrage de Ginette Michaud ? Sil est originellement lié à ce quon nomme communément la réalité psychique, il est aussi ce concept -promu par Lacan, et structurellement lié à limaginaire et au symbolique- qui soutient, de tout son poids dénigme et de souffrance, la relation du sujet et particulièrement du sujet psychotique au monde. Le réel, cest limpossible, disait Lacan en une formule dapparence paradoxale. Pour le psychotique, ajoute Ginette Michaud, le réel est une limite de laquelle il sapproche avec angoisse. Car les figures du réel peuvent aussi bien prendre la forme dhallucinations que celles du vide, objets-corps, objets-valises, etc Le réel dont il est ici question est foncièrement celui dun manque essentiel éprouvé par le sujet psychotique comme une forme dexcès, un trop plein de réel qui lempêche de composer avec ce que lon nomme réalité. Les figures du réel, écrit Ginette Michaud, sont des écritures en souffrance dinscription. Mais pour quil y ait inscription, cest-à-dire réorganisation de la psyché, il faut le pouvoir dun acte. Un acte au regard duquel le psychanalyste doit pouvoir se situer ; encore faut-il quil garde à lesprit que cest la dimension du transfert qui permet à lacte de sinscrire. Il sait également que cest à pouvoir réinscrire ces figures du réel dans une chaîne signifiante que se mesure, au bout du compte lefficience de lacte psychanalytique. Dans le chapitre qui conclut son ouvrage Le protocole compassionnel, Ginette Michaud suggère que cet acte doit comporter une dimension éthique. Le clinicien, dit-elle doit être tout à la fois un supporter du moi et un auditeur du sujet. Rencontrer ce sujet, cest faire sienne, cette éthique de laltérité, telle que la définit Lévinas : Au départ, peu mimporte ce quautrui est à mon égard, cest son affaire à lui, pour moi, il est surtout celui dont je suis responsable. Françoise Savelli
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