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Evelyne Séchaud, Psychologie clinique. Approche psychanalytique |
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Éditions Dunod, 1999. Cet ouvrage tombe à pic au coeur des débats qui agitent le monde des psys. Quest-ce que la psychologie clinique, un psychologue clinicien, un psychothérapeute, un psychanalyste ? Il fallait sans doute actualiser ces définitions, mais surtout, témoigner de leur évolution. Lapproche clinique est aujourdhui évidente aux deux pôles de la vie. Le bébé, comme le mourant sont dorénavant tous deux considérés comme des êtres à part entière, êtres singuliers et tout à la fois partie-prenante dune relation intersubjective avec le clinicien. Ainsi, la place de linconscient est-elle demblée posée, bien en deçà et au delà du langage, dans une continuité, du normal au pathologique. La définition proposée par Évelyne Séchaud pour la psychologie clinique comprend :
Au total, la psychologie clinique étudie les processus de transformations psychiques dans la singularité de lindividu, par rapport à son histoire et son monde relationnel. Lever lambiguité, qui fait souvent se confondre psychologie clinique et psychopathologie est cependant utile, au regard des parutions destinées pourtant à clarifier ces deux domaines. Winfrid Huber névoque ainsi, comme objet de la psychologie clinique, que les problèmes et les troubles psychiques, ainsi que la composante psychique des troubles somatiques, S. Ionescu et al. assimilent également les deux disciplines pour lanalyse des mécanismes de défense. Dominique Fua et ses co-auteurs enrichissent, en revanche, la perspective de Daniel Lagache puisque lêtre humain y est conçu comme une totalité psychosomatique dynamique. Jean-Louis Pédinielli évoque la subtile distinction entre pathologie et souffrance psychique: La psychologie clinique (...) a pour objet létude, lévaluation, le diagnostic, laide et le traitement de la souffrance psychique, quelle que soit son origine. Cest toute la distinction qui aujourdhui déclenche le refus de médicalisation de certaines psychothérapies et cures analytiques : un acte de bien-être nest pas un acte thérapeutique. Seulement, rétorquent les partisans du remboursement de certains traitements psychothérapiques, regardez la définition de René Leriche reprise par lOrganisation Mondiale de la Santé: La santé, état de bien-être complet, etc... La psychologie clinique existe-t-elle demandent alors (pour répondre bien-sûr positivement, Marie-Claude Mietkiewicz et Sylvain Bouyer dans Psychologie clinique (n°1, 2000) ? Voilà une discipline qui cherche donc encore à se définir, à sortir de la confusion actuelle avec les autres alors quÉvelyne Séchaud rapporte des preuves historiques de son autonomie. Si Freud, en 1899 utilise pour la première fois le terme dans une lettre à Fliess: (...) Maintenant, la connexion avec la psychologie telle quelle se présente dans les Études (sur lhystérie) sort du chaos; japerçois les relations avec le conflit, avec la vie, tout ce que jaimerais appeler psychologie clinique, il avait sans doute lu Hartenberg et Valantin (cités par Claude Prévost) qui écrivaient au début du vingtième siècle dans la Revue de psychologie clinique et thérapeutique (elle ne paraîtra hélas que de 1897 à 1901): La psychologie clinique, telle que nous la concevons, se distingue nettement de la psychologie expérimentale. La psychologie expérimentale isole et dissocie les éléments de la vie psychique. Elle suscite dans des conditions prévues davance, les phénomènes de sensation, de volition, didéation quelle note et quelle mesure à laide de calculs et des instruments enregistreurs. Elle conduit à des moyennes dautant plus satisfaisantes quelles sont plus abstraites et plus générales. Cest pour ainsi dire la mathématique de la psychologie. La psychologie clinique, au contraire (...) observe la vie psychologique elle-même, considérée comme tout concret et réel (...) elle poursuit le développement, normal et pathologique de la personnalité, la tâche nest pas de schématiser, mais dindividualiser. Si le rejet du behaviorisme est incontestable pour tous les cliniciens, la fonction dauxiliaire du moi a peut-être été moins claire pour certains psychologues. La double confrontation avec la réalité externe et la réalité psychique du sujet conduit le psychologue à rendre compte des différents niveaux du conflit. Il les envisage à la fois sur le plan métapsychologique mais aussi pour leurs projections dans le réel. Le psychanalyste travaille à partir des mouvements transféro-contre-transférentiels déclenchés par la cure, dans le strict cadre de celle-ci, le psychologue clinicien peut, quant à lui, dépasser ce registre pour évaluer, conseiller (au sens du counselling anglo-saxon), soutenir, même si le mélange des genres nest pas à mettre entre toutes les mains... À propos de transfert, Évelyne Séchaud développe de façon fort intéressante la question de lenseignement de la psychanalyse à luniversité. Parler du sexuel lactualise et lenseignant va, malgré lui, érotiser ce savoir quil offre sans tabou à lassemblée curieuse. Ce faisant, le savoir de lenseignant sur le sexuel lui confère un pouvoir sexuel qui relance la demande infantile adressée aux parents. Certains, comme Jacques Lacan, ont utilisé ce pouvoir de la parole et, peut-être, manipulé les réactions passionnelles à leur égard. Seule, la tiercisation exercée par le savoir qui devient obstacle à la relation fusionnelle étudiant-enseignant, permet une véritable filiation des enseignements. Ainsi donnés en héritage, ils résultent de la sublimation des affects et délaissent la séduction au profit de la transmission. Naviguons maintenant au fil du livre... Ce qui frappe, cest cette description si dynamique des personnes rencontrées soit lors dun examen clinique, soit en consultation, soit en psychothérapie. Le Hourra, je suis vivant ! témoin de la pulsion de vie du bébé qui vient au monde, est à la hauteur des propositions, à la fois extrêmement élaborées du processus thérapeutique mère-père-bébé-psychanalyste et puissantes sur le plan de la guérison. Ces bébés et leurs parents, consultent Rosine Debray pour une brèche de leur économie psychosomatique. Le système pare-excitation maternel ne joue plus son rôle de filtre. Bébés et mères sont débordés dexcitations et ne semblent pas sajuster lun à lautre. Cest en effet le bébé qui doit rendre sa mère compétente en sachant calmer suffisamment les angoisses quelle ressent à sa vue. Face aux manifestations du bébé, la réponse inadéquate de la mère entraîne souvent lintensification de la symptomatologie doù les cercles vicieux souvent ressentis par les petits et durement vécus par les parents, lorsquils se traduisent par des affections somatiques répétitives. La consultation psychosomatique de lhôpital Pierre Marty à Paris est un modèle de cette approche concrète et complète qui sert la psychologie clinique et la psychanalyse autant, bien sûr, que les patients. La mentalisation est sans doute un des fils conducteurs de cet ouvrage. La clinique de lenfant abordée par Nicole Jeammet, tout comme celle de ladolescent, bien illustrée par Michèle Emmanuelli saxent également sur ce concept pour expliquer les aléas du développement psychosexuel, les problématiques de dépendance, les pathologies de lagir et enfin les somatisations de toute cette période de croissance. Du côté des périodes de transition du jeune adulte, nous abordons avec Anne Aubert-Godard, la clinique de la prime parentalité et ses remaniements psychiques. Cette crise narcissique et objectale quest la grossesse bouleverse encore le sujet dans son identité et dans ses représentations sociales. Les progrés techniques de la procréation médicalement assistée doivent être envisagés sous cet angle ambigu: donner corps au désir, le concrétiser, (mais après, quel parcours ! ), pire, augmenter la psychopathologie de linfécondité en rendant inacceptable la stérilité. Le refus de renoncer à certaines facultés est une des problématiques modernes typiques où le sujet prend pour un échec labsence de soumission de son corps au désir tout puissant de la Société. Une mention spéciale sera réservée à la contribution de Marion Péruchon. Rares sont les travaux qui sintéressent à ces fins de vie difficiles, celles des très grands vieux... La fuite libidinale contemporaine de la régression narcissique naboutit pas forcément à laridité affective. Il y a des régressions narcissiques positives. Basées sur des liaisons représentatives infiltrées de désir, elles permettent une survie psychique, même en situation de détérioration mentale. La régression négative risque, par contre, de se solder par une hypocondrie dinvolution, bien connue des médecins généralistes, qui voient leurs patientes (souvent des dames âgées) répéter sans cesse les mêmes plaintes et ne jamais émerger de la souffrance, ces fluctuations entre paranoïa et mélancolie pourraient trouver, dans un travail psychothérapique, de quoi rompre avec la déliaison. Cependant, léchec de la régression aboutit au syndrome de glissement, véritable désorganisation foudroyante, tant psychique que somatique. Mû par la pulsion de destruction, cet équivalent suicidaire achemine le sujet, qui ne veut plus vivre, vers la mort en quelques semaines. Les services gériatriques connaissent bien ces épidémies de décès (non infectieux, mais liés à la puissance de langoisse de mort, engendrée inconsciemment par les familles, les soignants et les résidents eux-mêmes) et la rapidité de ces derniers. La valeur de lobjet savère donc indéniable, jusquau moment de la mort. Anne Aubert-Godard poursuit par la clinique des soins palliatifs et insiste justement sur les aménagements du cadre de travail du psychologue. Elle évoque les expériences étrangement inquiétantes qui sont fréquentes en fin de vie. Dépersonnalisation, dissociations ou au contraire expansion libidinale sont des moments dangoisse intense qui méritent dêtre reconnus par le psychologue. Faire le deuil de soi-même est alors souvent entravé par le refus du deuil des familles ou le travail de deuil personnel et collectif des soignants. Ici encore la possibilité de sublimer en préparant ses transmissions personnelles va aider le patient à désinvestir certains objets. Les apports de Michel de MUzan sont ici primordiaux et méritent lecture. René Kaës reprend plus loin, la clinique des groupes et nous renvoie aux grands travaux de léquipe lyonnaise et à notre cher Anzieu... Françoise Couchard enfin, étaye les raisons de la naissance dune psychologie interculturelle tout en regrettant que la psychologie clinique ignore les questions culturelles. Elle nous passionne avec son propre exemple professionnel : la passation du TAT à des femmes de culture musulmane. Elle critique également sur le plan méthodologique les adaptations successives des techniques projectives à des ethnies africaines (Congo) et insiste sur la réflexion éthique nécessaire avant de tester dautres populations. Deux écueils doivent être évités :
Lethnopsychanalyse complémentariste chère à Georges Dévereux est plus que jamais de mise. Finalement, cet ouvrage très complet présente une grande cohérence pour la psychologie clinique. Il dépasse sans aucun doute le modeste statut de manuel, mais au contraire valorise cette discipline pour tous les professionnels, praticiens et théoriciens. Marie-Frédérique Bacqué
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