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Christopher Bollas, Being a character |
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Taylor & Francis Books Ltd, 1993. On pourrait traduire le titre du livre de Christopher Bollas par Être un personnage. En effet, Bollas illustre comment chacun se façonne lui-même et ce qui lui arrive à travers une sorte de travail du rêve qui débouche sur une manière dêtre tout à fait personnelle. Au moyen de processus inconscients, la personne trouve petit à petit des réponses aux questions quelle se pose et prend conscience du résultat de ce travail une fois quelle arrive à les mettre en mots. Cest ce quil se passe dans le cadre analytique où lanalyste laisse flotter son intuition, sans vraiment savoir où elle va le mener. A lissue de ce travail inconscient, il parvient à formuler et à argumenter une interprétation pertinente. Mais Bollas pense que lanalyste ne doit pas simplement exprimer les interprétations quil a solidement construites ; il convient également de faire part au patient des associations quil fait à partir de ce quil raconte. Ce faisant, il lui apporte la possibilité de créer de nouvelles structures psychiques qui élargissent son champ dexpérience. Bollas reprend là une idée quil avait déjà développée dans Les forces de la destinée. La psychanalyse et lidiome humain : la rencontre avec des objets participe à la construction et à la connnaissance de notre vrai self. Selon les personnes, les objets inanimés ou les diverses formes dart que nous côtoyons, notre état interne se trouve modifié. Comme la formulé Bernard Golse dans un précédent numéro de Carnet Psy, cest dans la manière dont le sujet utilise ses objets quil édifie et dévoile son self (vrai ou faux selon les cas). Nous pouvons choisir dutiliser des objets précedemment investis, tout comme certains objets peuvent simposer à nous alors que nous nanticipons pas leur survenue. Bollas présente quelques cas en décrivant des expériences de soi susceptibles dy être rattachées. Dabord, il parle de patients hospitalisés qui se mutilent. En particulier, il expose le cas dune jeune femme qui se coupe la peau sur certaines parties du corps, tentant par là de confronter son analyste à la vision dun sexe féminin rendu ostensible et quil ne peut alors plus ignorer. Bollas illustre également comment, dans le monde de lhomosexualité masculine, lhomme qui accumule des partenaires sexuels efface son self, est dépersonnalisé, comme pour se fondre dans le double imaginé par lautre, autre, qui à lorigine était sa mère. Dans son chapitre sur la violente innocence, Bollas explique comment à travers une innocence ou une ignorance simulée, certaines personnes exercent sur lautre une forme de sadisme en lui donnant limpression davoir des pensées saugrenues et totalement infondées. Dans un exposé sur létat desprit fasciste, il montre comment on peut arriver à accepter les actes destructeurs dune personne sous prétexte quelle (et non plus ses actes) a bon fond. Par ailleurs, quand on se distancie de ces agissements cruels en les tournant en dérision, on pervertit la réalité car on transforme des évènements graves en épisodes anodins. Bollas étudie aussi le dilemme oedipien quil considère comme un complexe qui existe indépendamment des personnes qui y participent, en ce sens quil est avant tout dans lesprit de chacun, avant que de sinscrire dans les interactions réelles. Lauteur termine son livre en introduisant le concept de conscience générationnelle, qui reposerait sur quelques objets générationnels qui servent à identifier les phénomènes que nous utilisons pour former un sentiment dappartenance à une génération donnée. En somme, Bollas invite le lecteur à voir autrement la manière dont lindividu participe à la création de son vécu par la construction dune sorte de rêve dont il est le personnage. Raphaële Miljkovitch
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