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François Roustang, La fin de la plainte |
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Éditions Odile Jacob, 2000. François Roustang poursuit dans ce nouvel ouvrage son défrichage de lespace psychique, loin des sentiers battus de la psychanalyse institutionnelle, et toujours avec la boussole de lhypnose dans le cadre de la psychothérapie. En partant de la demande du patient, le psychothérapeute choisit de viser constamment un impact de la cure dans lexistence, cest-à-dire (de) vouloir opérer aujourdhui une modification dans la relation du patient à lui-même, aux autres et à lenvironnement ; il est donc nécessaire pour le psychothérapeute daccueillir le patient, daccepter dêtre modifié, modelé par lui. Ce sentir ouvert est une absolue présence du corps, dans sa mobilité. Le psychothérapeute refuse la répétition névrotique de son patient, y compris dans le transfert. François Roustang présente léchange psychothérapique comme un don et un recevoir réciproques où chacun des protagonistes ne cesse de changer. Du fait de sa vision anticipatrice le thérapeute impose au patient dêtre ce quil est déjà non pas même seulement comme possibilité, mais comme réalité. Dès lors le thérapeute, et à travers son propre corps, devra aiguiser tous ses sens pour que le corps de lautre séveille . Et dans le même temps, il devra veiller à ce que cette pression soit dune telle légèreté quelle ne donne lieu à aucun lien durable. Dans cet état dattente attentive, le thérapeute, oubliant ce quil a appris, se fait observateur et participant à un échange corporel avec le thérapisant, ; les corps en effet se situant lun par rapport à lautre. Les corps pensent avant de parler. Pour en finir avec le discours lancinant de plainte narcissique du patient, lhypnose apparaît comme une cure de désintoxication narcissique. Le thérapeute a pris position dans et par son corps dans lespace défini par le cadre thérapeutique, et ordre est donné à lautre le patient dêtre juste à sa place, de prendre lui aussi une position juste, juste sa position, son exacte position à lui, et peu importe que cette position soit lourde ou légère, pétrie dangoisse ou de tranquillité, méfiante ou confiante. Peu importe, pourvu que ce soit sa position et quil y adhère. Le symptôme nest plus un quelque chose à détruire ou à démonter, mais une défense engendrée par la peur de la vie ; une crainte de voir lénergie circuler dans notre corps et au sein de nos relations aux êtres et aux choses. La guérison grâce à linterrelation avec le thérapeute, fait tomber ses systèmes de protection. Le thérapeute se déprend ; de son savoir, de ses théories, le thérapisant de sa plainte et de son attention narcissique. Ce qui ne signifie pas que le premier na rien appris, mais quil peut tout oublier ; ou que le second est sous influence, alors quil est hétéronome. Pour François Roustang, lhomme sest individualisé au travers de toutes les injonctions et inductions de notre apprentissage. Cest le principe même de lhypnose : accepter cette forme dhétéronomie cest accepter de se retrouver élève disponible pour un apprentissage, un enseignement qui rendrait notre vie plus humaine. De même que lapprentissage ne peut être fait par le maître à la place de l élève, de même lhypnotisé est le seul à donner son pouvoir à lhypnotiseur. Nous ne pouvons quêtre extrêmement attentifs et réceptifs à la démonstration de François Roustang qui vient secouer quelques vieilles assurances et surtout réintroduire une attention aux corps des deux protagonistes et des liens qui les unissent dans le cadre psychothérapique. La voie que propose Roustang nest sans aucun doute pas lunique ; néanmoins avec humilité, mais aussi avec de solides références philosophiques, il nous propose un cheminement original qui peut nous déstabiliser, nous théoriciens du langage. Pourtant il trouvera en chacun de nous lécho de vécus corporels et de sensations de juste place du corps éprouvés dans le travail analytique ou psychothérapique avec nos patients. En acceptant de suivre son argumentation, nous découvrons un domaine quil explore méthodiquement et qui ne peut quenrichir non seulement notre réflexion mais aussi notre pratique. Lisons son ouvrage comme on accepterait les injonctions dun maître bienveillant, attentionné et qui toujours traite lautre sur un pied dégalité. Sylvie Gosme-Séguret
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