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Stanislas Tomkiewicz, Ladolescence volée |
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Éditions Calman Lévy, 1999. Au moment où le rapport Matéoli vient marquer une étape significative dans la reconnaissance des responsabilités de l'Etat français dans l'extermination des juifs d'Europe, au moment où de multiples témoignages de rescapés des persécutions antisémites deviennent enfin possibles, au moment où des travaux montrent comment le silence premier des rescapés pèse sur leurs enfants et petits-enfants, Stanislas Tomkiewicz nous donne un ouvrage important qui mêle heureusement le témoignage des rares rescapés du ghetto de Varsovie, du camp de Bergen-Belsen et d'un psychiatre et psychothérapeute pleinement engagé dans le soin et dans la recherche de ces 40 dernières années. On connaît sans doute le chercheur des travaux sur les enfants polyhandicapés et autistes, le directeur de l'unité 69 de l'INSERM et son action en faveur des adolescents délinquants, le passionné des droits de l'enfant et l'avocat de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, le militant contre les violences institutionnelles On rencontrait à l'étranger le soignant engagé dans la transmission chaleureuse de ses expériences, de son savoir-faire, de ses recherches auprès d'équipes de multiples pays de tous les continents On savait que son énergie s'employait plus particulièrement auprès des enfants et des adolescents le plus en difficulté On découvrira dans cet ouvrage le témoignage fort, juste, plein de pudeur, d'un adolescent de 16 ans qui en décembre 1942 dans le ghetto de Varsovie se suicide, manque de mourir, rencontre l'unique et dernier psychiatre. On entendra son évasion du train de la déportation du 2 mai 1943, du wagon où sont restés ses parents. On le retrouvera piégé et emprisonné à Bergen-Belsen et on le verra arriver, tuberculeux, dans une France encore ordinairement antisémite de l'immédiat après-guerre pour devenir interne des hôpitaux de Paris et psychiatre. Mais ce témoignage, à la fois vibrant, plein d'humour, parfois de tendresse, ou d'autodérision et qui se refuse à masquer l'horreur, pourrait n'être qu'un témoignage. En tenant à réfléchir à ce qui l'a conduit à se taire sur ces évènements de sa vie pendant cinquante ans, Stanislas Tomkiewicz lui donne une autre dimension qui en fait une profession de foi. Avoir découvert, dans ce travail de mémoire (Paul Ricoeur), le lien entre cette adolescence volée et son engagement professionnel et politique ultérieur en faveur des enfants et des adolescents lésés : (jusqu'alors ) il n'était pas question d'avouer aux autres ou à moi-même une vérité que j'ai mis des années à pouvoir regarder en face : je travaillais avec des adolescents parce qu'on m'avait volé mon adolescence lui a permis de repenser autrement à cette adolescence. En se remémorant le fait que son père voulait qu'il devienne un bon docteur, en faisant ce lien S. Tomkiewicz défend aussi le fait qu'être un survivant et avoir été une victime de ces persécutions ne pourrait pas, ne devait pas, pour lui, constituer en soi une identité : il soutient l'idée qu'un projet de vie consistant à survivre, puis à apprendre, puis à soigner ensuite les autres a pu se construire sur cette première expérience et nous livre de cette position très particulière sa réflexion sur un thème de recherche très à la mode, celui de la résilience. Si on entend dans sa référence à Janusz Korczak un élément fort de cette reconstruction nécessaire, si on sait que l'importance qu'il accorde à sa préface à l'édition française des uvres de Korczak, on se souviendra que celui-ci, outre ses uvres de pédagogue, de directeur de l'orphelinat dans le ghetto, et de philosophe de la question et du respect de l'enfant, était aussi l'auteur du conte Le Roi Mathias 1er que Tomkiewicz lisait quand il était petit. Peut-être faut-il alors citer deux ouvrages souvent méconnus de la bibliographie de S. Tomkiewicz : Le crocodile sentimental, récit de l'histoire d'amour entre un crocodile et un enfant psychotique sauvés par des psychiatres (Editions OCDE, Angoulême) et Le Petit Pingouin (Editions Syros) qui raconte comment un pingouin isolé sur la banquise se nomme, existe et se déclare athée D'avoir su s'adresser aux enfants à travers des contes et aux adultes à travers L'adolescence volée constitue sans doute pour l'auteur une nouvelle affirmation en acte de la possibilité de survivre non seulement physiquement mais aussi psychiquement. Il apparaît comme un témoignage d'espoir en cette fin de siècle où une partie de l'humanité découvre que la Shoah n'est pas le dernier des génocides (cf. Le Rwanda 1994 1995) Mais la lecture de L'adolescence volée fait aussi apparaître qu'il ne s'agit que d'une facette d'une réflexion qui attend avec impatience un prolongement : celui qui ferait la part de l'engagement dans l'anti psychiatrie, du dissident au sein du parti communiste, du citoyen du monde et merci à Michèle Vernant pour son remarquable travail éditorial. Michel Dugnat
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