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Thierry Vincent, La jeune fille et la mort

Éditions Arcanes, 2000.

L’anorexie mentale est un sujet difficile en raison, d’une part de sa gravité et sa complexité psychopathologique et d’autre part de l’abondante littérature qui s’y rattache. Les auteurs de ce livre évitent bien des écueils alors qu’ils choisissent de s’intéresser à la prise en charge des patients présentant des formes graves. Il existe, en effet, un risque majeur de passage à la chronicité et, en tout état de cause comme le rappellent plusieurs auteurs de cet ouvrage collectif, 60 % des patients gardent des préoccupations alimentaires, un poids inférieur à la normale ou des troubles du cycle génital le cas échéant. Le pronostic vital y est engagé dans 10 % des cas et le plus souvent en raison de dénutrition sévère.

Mieux connaître, c’est toujours mieux soigner et prendre en charge de façon plus pertinente. Au fil des chapitres, les principales questions que l’on se pose sont abordées et commentées par ceux qui ont en charge ces patients. Il s’agit d’un remarquable ouvrage sur la pratique soignante de cette pathologie.

Thierry Vincent répond aux questions générales : “comment prévoir l’évolution ?”, quels sont les rapports avec la boulimie, comment comprendre le mode relationnel de l’anorexique : le déni, la passivité ou encore l’agressivité et la problématique familiale. Des réponses courtes mais précises où ne sont éludées ni les difficultés ni les zones d’ombre et qui insistent sur l’importance d’un abord psychopathologique. Le chapitre sur la prise en charge nutritionnelle nous rappelle que les anorexiques hospitalisées posent souvent le problème de la ré alimentation de sujets très dénutris, celle-ci a ses règles. Elle nécessite un bilan biologique précis et une surveillance stricte. Elle n’est efficace que dans un souci de collaboration étroite entre le pédiatre et l’équipe pédopsychiatrique.

Le fonctionnement institutionnel d’un service de pédopsychiatrie est soumis à rude épreuve par ces patientes. Il est d’ailleurs notable que ce livre comporte un chapitre consacré aux apports sur la dynamique institutionnelle que ces patientes peuvent provoquer. Yves Maillon relate la mise en place d’une réunion de groupe entre soignant et soignés qui a, d’une part permis une meilleure gestion des contre-investissements de l’équipe et du dialogue entre les soignants et, d’autre part apporté aux patientes un lieu de rétablissement du lien à l’autre et d’un possible mouvement de réinvestissement d’un “soi”.

On sait que les anorexiques hospitalisés passent par plusieurs stades, d’abord la “lune de miel” où un fonctionnement du trouble alimentaire a minima (pas de perte de poids, alimentation en quantité très réduite) est encore possible, puis, dès que les contraintes se révèlent difficiles à respecter, des tentatives de séduction, voire de manipulation surgissent, enfin survient un durcissement de leur symptomatologie parfois suivi d’une période dépressive. Ces étapes nécessitent des adaptations de la prise en charge que nous décrit Béatrice Bayssie.

Ce livre n’évite pas de parler des cas graves à l’évolution défavorable, ils sont souvent plus riches encore d’enseignement que d’autres. C’est le cas de “Elle”, une anorexique dont l’hospitalisation sera longue (plus de 10 ans dans différentes structures) que Martine Weber tente d’analyser.

Une part importante de ce livre est consacrée aux psychothérapies et en particulier à la prise en charge familiale. Tous les auteurs, à l’instar de Philippe Jeammet (qui signe la préface) insistent sur l’importance du travail avec la famille. L’anorexie, comme pathologie du narcissisme, induit de grandes difficultés dans le travail analytique. La thérapie familiale, certes, mais aussi le psychodrame analytique, la psychomotricité et la thérapie individuelle analytique sont autant de cadres de soins utiles.

Cet ouvrage présente sous des éclairages différents, les réflexions des équipes de soins et des thérapeutes. Le souci principal des auteurs semble être d’aider et d’accompagner le lecteur dans sa démarche thérapeutique. Les problèmes somatiques de la dénutrition y sont abordés, la prise en charge psychique y est décrite avec justesse tout en montrant ses limites. Ce livre se révèle une véritable aide au soin pour les équipes et les thérapeutes tout en nourrissant leurs réflexions.

Olivier Bonnot

 

 

 

 

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