![]() |
||
|
|
![]() |
Jean Audet, Jean-François Katz, Précis de victimologie générale |
|
|
Éditions Dunod, 1999. Ce livre est une somme dinformations qui doit faire partie de toutes les bibliothèques, surtout des institutions psychiatriques et des services durgence. Jean Audet préside la Société Européenne de Victimologie et enseigne, en tant que psychiatre expert auprès de la Cour dappel de Bordeaux au Centre International de sciences criminelles et pénales. Jean-François Katz est pédopsychiatre et médecin capitaine sapeur pompier, il coordonne le certificat de victimologie appliquée à la prise en charge des victimes de catastophes. Autant de compétences et qualités reconnues, font de cet ouvrage une base fiable de concepts, comme dadresses. Le guide des abréviations est également utile, car cest un véritable maquis de Cellules, de Centres de secours et de Plans Rouges ou Blancs. Nous sommes bien dans la réalité et lurgence ; et ce livre, est très bien fait pour qui veut agir... vite. Cependant, les auteurs nont pas pu approfondir les théories ou lhistoire même des idées à lorigine de cette nouvelle discipline, la victimologie. Ils laissent heureusement une abondante bibliographie. Il ne sagit donc pas vraiment dun state of the art (état de la question) sur la victimologie, mais dun guide complet pour sorienter, sans parti pris. Tous les thèmes, de lagression à la catastrophe y sont traités et les cinq parties (lhistorique, les victimes, la souffrance, les conduites à tenir, la réparation) témoignent des avancées de cette discipline si neuve et pourtant vieille comme lhumanité. Le modèle, certes heuristique de nos deux auteurs, est généralement médical. Ce livre a été placé sous un triple regard :
Or, cette dimension a empêché, pour des raisons évidentes de priorités à court terme, la reconnaissance des effets psychologiques du traumatisme. Si lon peut se féliciter aujourdhui de voir les victimes psychologiques enfin reconnues, cest pour constater avec elles, les effets tardifs des renvois de jugements en expertises ou des calculs minutieux dindemnisation. La victimation secondaire par le parcours du combattant pour la reconnaissance et la réparation, est encore une blessure trop souvent oubliée. Mais quest-ce quune victime ? Quatre origines étymologiques résument toute lambiguité de ce terme. Les humains, puis les animaux offerts aux dieux, ont été les premières victimes propitiatoires ou expiatoires sacrifiées pour adoucir la vie terrestre ou racheter les comportements fautifs. On retrouve, parmi ces victimes, les boucs émissaires qui incarnaient symboliquement, dans lAncien Testament, le prix à payer pour être exonéré des péchés. Cette particularité ressurgit dans les soupçons qui pèsent parfois sur la victime : Ny a t-il pas un prix à payer pour certains avantages ou pour marquer sa différence ? La démocratisation des voyages se traduit par un nombre plus élevé de morts. Ainsi une récente prévision fataliste (Le Monde, 1er Sept. 2000) : en 2015 il y aura une catastrophe aérienne par semaine. Pourquoi cette jeune femme portait-elle une mini-jupe ? Nest-elle pas responsable, en partie, de son agression ? La question de la culpabilité présumée de la victime se pose surtout pour les compagnies dassurance chargées déventuelles réparations. Aussi, certains, comme H. Von Hentig en 1948, ont pu soutenir la thèse que la victime participe à lacte criminel par son comportement, même si cest inconscient. Cest parfois lidentification à lagresseur qui entraîne la quête dune culpabilité de la victime. Aussi, seule une société qui savoue incapable de donner les préceptes élémentaires de civisme, peut accuser un particulier, de ne pas avoir posé suffisamment de dispositifs de sécurité autour de sa voiture et de voir la belle décapotable subtilisée... De même, laisser la notion de victime à sa propre subjectivité et appréciation retire une partie des responsabilités de la Société à légard des enfants, des incapables majeurs, des personnes gravement traumatisées ou encore des captifs de la culture (il y a peu étaient introduits dans le droit français les notions justiciables de viol entre époux, de bizutage à lécole ou de harcèlement sur le lieu de travail). La première victimologie fut donc longtemps inclue dans la criminologie: elle concernait les violences et dommages exercés par un humain ou un groupe contre un autre. La seconde victimologie sest élargie aux événements naturels ou articifiels dampleur (catastrophes, guerres, génocides) et a vu naître les actions à grande échelle, ainsi quune legislation internationale (Nüremberg, 1946). La victimologie clinique, dont traite essentiellement cet ouvrage, voit le jour plus récemment à partir des travaux des psychanalystes sur le traumatisme. En France elle reste le territoire des médecins et des psychiatres, même si, de plus en plus fréquemment maintenant, des psychologues travaillent préventivement à la limitation des séquelles psychiques chez les victimes directes et indirectes. Médecins militaires ou pompiers organisent, régulent les soins durgence, la Médecine des catastrophes se développe sous légide de René Noto, les SAMU (Louis Serre), les consultations spécialisées pour victimes de traumatismes psychiques (Louis Crocq) se multiplient pour des interventions performantes et indispensables. Enfin, cest avec la victimologie ethnologique que la dimension la plus humaine de laide se met en place. Une prise en considération de lindividu, parfois broyé par sa famille, ses coutûmes, bref, sa culture, permet de regarder dun oeil nouveau, certains actes mortifères comme les mutilations sexuelles, les bride burning (femmes indiennes forcées au suicide le plus souvent avec leur cuisinière à gaz, parce que, sans enfant, elles coûtent trop cher au mari, tout en laissant la famille sans descendance). Adaptées dans leur culture, ces jeunes africaines excisées ou infibulées deviennent martyres dans la nôtre. Est-on victime en fonction de son lieu de résidence ? Les droits de la femme, de lenfant et de lhomme ne peuvent-ils être universels ? Lethnologie donne son objectif suprême à la victimologie, respecter le droit des personnes au delà des lois politiques, sociales et culturelles. Et ceci nest pas un vain fantasme au regard de la mondialisation... Les travaux sur le traumatisme, nont pas conduit quà des modalités de prise en charge thérapeutique. La psychopathologie de la victime a permis de vérifier les thèses de Freud, Ferenczi et Klein. Lévénement traumatique fait effraction au sein du système pare-excitation du sujet. Le sentiment dinquiétante étrangeté qui sensuit et le débordement des habituels mécanismes de défense du Moi annihilent les capacités de liaison psychique du sujet. La dissociation qui sensuit, la régression vers des mouvements réflexes, ainsi quune angoisse de mort intense vont réveiller certaines fixations infantiles qui feront le lit de la névrose traumatique. Les compulsions de répétition ainsi que la compulsion de destin peuvent alors enfermer lindividu dans un sentiment denchaînement malheureux déchecs ou dévénements négatifs en série. Cependant la névrose traumatique échappe à lhypothèse du conflit infantile par son étiologie extrapsychique. La névrose traumatique est réactualisée par les Américains à la suite de la guerre du Vietnam. Redéfinie par le Post-Traumatic Stress Disorder, elle connaît alors un succès considérable. Or cette expression, utilise malheureusement le terme Stress, qui correspond, dans la définition de H. Selye à une réponse aspécifique de lorganisme à lagent stresseur. Dans le traumatisme, cest labsence de réponse qui frappe avec leffroi, la sidération et le blocage de la pensée. Les Français, comme L. Crocq et Cl. Barrois préfèrent la notion de Syndrome Psychotraumatique, plus rigoureuse et mettant en évidence la dimension psychologique, plutôt que la dimension physique du trauma. La description des effets de la violence, de lagression par un proche ou au contraire, dans le cas des guerres et des génocides par un groupe plus éloigné, font lobjet de chapitres, bien documentés et riches en exemples. Lenfant victime et les violences familiales occupent des pages primordiales. Des points concrets, comme la transmission judiciaire, les facteurs de risques, le cadre de la loi permettent de trouver les attitudes préventives de premier ordre. Les victimes daccidents de la circulation, de catastrophes, dattentats, de prises dotages, du travail, de lexclusion... Personne na été oublié. Les échelles dimpact événementiel, de gravité du traumatisme, dexpériences dissociatives complètent de façon opérante ces rubriques, cependant que peu darguments permettent de critiquer la validation de ces échelles ou les restrictions de leur utilisation. Sans doute faudrait-il multiplier le nombre de pages par trois pour obtenir une réflexion plus nuancé sur la méthodologie et lintérêt de ces questionnaires. Un chiffre à lui seul donne à réfléchir : Plus de 50% de la population a vécu un événement traumatique significatif au cours de sa vie et la prévalence de létat de stress post-traumatique est de 8% de la population... Nous ne sommes quà laube de lhumanité ! Marie-Frédérique Bacqué
© Carnet Psy. Tous droits réservés. |