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Dominique J. Arnoux, La dépression à l’adolescence

Éditions In Press, 1999.

“L'adolescent est un plongeur des hauts fonds du point de vue psychique. Mais parfois un plongeur à qui il serait particulièrement difficile de rapporter du fond de l'eau ce qu'il y trouve sans le connaître. Il a besoin pour cela d'une pensée, la sienne, appuyée sur celles d'autres que lui qui le sortent alors de son enclavement. Dans la farouche région où il se trouve parfois, rien de vivant ne semble devoir se laisser glisser. Voilà ce que l'on découvre en écoutant l'adolescent dans ses dépressions.”

En écrivant ces lignes, sans doute Dominique J. Arnoux a-t-il songé au Grand Bleu, ce film qui marqua tant d'adolescents d'une certaine époque, dans une relative incompréhension des adultes. Ceux-ci étaient sans doute oublieux de leur propre adolescence, et méconnaissant par là le sens d'une métaphore qu'un jeune cinéaste leur proposait en miroir, parce que ce cinéaste, ainsi qu'il le prouva par la suite, était si proche d'eux.

La méconnaissance est bien ce que vivent et éprouvent aussi bien les adolescents eux-mêmes que les adultes, leurs parents par exemple, qui ne voient plus soudain qu'étrangers dans la maison. Mais cette méconnaissance repose pour une grande part, sans doute, sur l'oubli volontaire ou inconsciente des douleurs de cet âge d'homme, qui est en effet pour beaucoup bien difficile.

Il est vrai aussi que l'adolescence, comme le montrent bien des exemples, n'a pas toujours existé comme maintenant. Elle s'étend, réduisant l'enfance en projetant sur elle les interrogations sociétales, à la faveur de la crise de la famille, et du fait du prolongement de la scolarité et de la cohabitation, plus ou moins forcée avec les parents. Elle finit par occuper une place considérable, dans l'existence de l'individu, mettant à mal les images de maturité, et rendant la vie de plus en plus “adolescentrique”.

Lestée d'un très riche expérience clinique, l'auteur, en tant que psychanalyste et actuel directeur du Centre étienne Marcel, propose un livre léger, non par dans son ton, -la dépression ne s'y prête pas !- mais par son poids et dans sa conception. Ce sont de courts chapitres, allant à l'essentiel, qui développent une réflexion, partant des classiques sur la dépression (Freud, Abraham, Mélanie Klein) mais qui propose son point de vue personnel de thérapeute.

S'interrogeant sur ce que représente l'adolescence, il examine les diverses formes d'expressions dépressives à l'adolescence depuis l'ennui, l'humeur dépressive ou la morosité, qui ne sont que la manifestation de la dépressivité propre à un âge où l'on se cherche en même temps que l'on doit faire le deuil de l'enfance, jusqu'à la crise anxio-dépressive, comme transition entre dépressivité et dépression. Il caractérise et présente alors les formes les plus graves, psychoses, états dysthymiques, cassures du développement, actes suicidaires.

Face à cette multiplicité, Dominique J. Arnoux analyse l'aspect thérapeutique, mais en insistant beaucoup, tout au long de ces chapitres, en psychanalyste, sur les modalités transférentielles et contre-transférentielles de la relation. La moitié du livre est aussi consacrée à l'examen de fragments cliniques, objets d'une réflexion où confluent “la rencontre, la théorie et l'écriture”. De multiples thèmes sont alors abordés : le corps, l'hypocondrie, l'amour, la famille, etc.

à plusieurs reprises l'auteur, comme son préfacier Roger Misès, soulignent la difficulté et la complexité de la psychopathologie, autant que les changements qui l'affectent. Ce livre sera utile à beaucoup de thérapeutes, en restituant les bases d'une longue réflexion clinique. Mais en tant que tel, il est aussi accessible à beaucoup de ceux, parents ou éducateurs, parfois désarçonnés, qui côtoient les adolescents.

François Giraud

 

 

 

 

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