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Francis Maqueda, Carnets d'un psy dans l'humanitaire. Paysages de l'autre |
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Préface de René Kaës, éditions Érès, 1998.Roumanie, Bosnie, Mozambique... Autant de pays dévastés par la guerre, les déplacements forcés de population, le totalitarisme, la violence extrême ou la « simple » pauvreté. Autant de lieux où s'est déployée l'action humanitaire et où Francis Maqueda s'est vu sollicité pour mener à bien trois types de projet : construction de dispositifs de soin ou de soutien psychologique, co-supervision d'"expatriés-volontaires" et animation de groupes de réflexion au sein d'une organisation non gouvernementale. L'auteur, psychologue clinicien de formation analytique, exerce depuis de longues années, dans le cadre de l'association lyonnaise Santé mentale et communautés, avec des personnes souffrant de psychose ou de décompensations dépressives graves. Cette expérience, à rebours d'une certaine psychiatrie contemporaine aussi déshumanisée que déshumanisante, affleure à chaque page d'un livre qui pourtant semble nous conter des histoires moins familières. Ce n'est d'ailleurs pas le moindre mérite de Francis Maqueda que de nous faire sentir combien cet « autre » dont il nous brosse à petites touches les « paysages » est finalement bien peu exotique, en son humaine souffrance. Et pourtant, n'est-ce pas une certaine forme de proximité imaginaire avec les victimes qui, amplifiée par la dramaturgie médiatique, constitue le nécessaire moteur mais aussi le premier piège de l'engagement humanitaire ? Dans cet ouvrage, en tout cas, se voit finement analysé de quelle manière cette proximité, sollicitant la fascination, l'illusion salvatrice, la toute-puissance thérapeutique, peut devenir confusion entre celui qui apporte l'aide et celui qui la reçoit. Ou comment le sentiment d'urgence que provoque l'intolérable incite à privilégier l'acte et l'immédiat, au détriment de la lente construction d'alliances qui seules peuvent assurer d'une efficacité dans la longue durée. Faut-il pour autant récuser toute espèce de don, voire de solidarité ? Certes pas. Mais, nous rappelle utilement l'auteur, " Celui qui donne, outre qu'il se fait plaisir, suscite chez l'autre un mixte de plaisir et d'envie qui l'expose à l'idéalisation puis à la désidéalisation, voire au rejet puis à la haine. " Comment donc empêcher la temporalité de l'urgence humanitaire de « mettre en veilleuse » l'activité de pensée ? Comment soutenir des volontaires " confrontés aux effets du totalitarisme, de l'opératoire, de la psychose, et de l'abandon psychique " ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles Francis Maqueda tente ici d'apporter des réponses empreintes à la fois d'une chaleureuse humanité, d'une douloureuse lucidité politique et d'une grande rigueur clinique. Différents textes, pour partie publiés antérieurement dans des revues, rendent ainsi compte d'une pratique qui, prêtant la plus grande attention aux spécificités du contexte culturel, politique, psychique de chaque intervention (voir notamment les remarquables pages sur le " syndrome post-totalitaire "), essaie de privilégier l'échange par rapport au don, de responsabiliser les sujets souffrants, de construire à chaque fois " un cadre qui, s'il est contenant, veille à ne pas être captateur et, s'il est protecteur, veille à ne pas devenir aliénant. " Entre les chapitres s'insèrent des " carnets de voyage ", nourris de souvenirs, d'amitiés, d'histoires singulières, de fragments de vie privée comme de réflexions politiques. Également d'un peu plus de nostalgie, peut-être, que ne le dit René Kaës dans une préface remarquable. Rien ici d'anecdotique, en tout cas : telles les diverses voix d'une fugue, ces carnets viennent chacun à sa manière répondre au thème central, composant ainsi note après note une harmonie, que l'on voudrait plus courante, entre le clinicien et le citoyen.
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