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Agnès Oppenheimer, Kohut et la psychologie du self |
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Éditions PUF, 1997.La perte que la communauté psychanalytique doit ressentir depuis qu'elle a appris la mort d'Agnès Oppenheimer, peut se mesurer à l'intérêt que suscite la lecture de ce livre. Lorsqu'a paru en traduction française Le soi de Heinz Kohut, les réactions françaises furent peu importantes, ce qui n'est certainement pas justifié, ceci pour des raisons diverses et d'ailleurs opposées :
J'ai connu H. Kohut au cours de congrès internationaux : cet homme apparemment très réservé, avait des liens évidents d'amitié avec les leaders de la psychanalyse américaine et les tenants de l'Ego Psychology. Au cours de colloques, il réunissait un groupe permanent d'étude sur la sélection des candidats dans les Instituts de l'Association Internationale de Psychanalyse; Evelyne Kestenberg y participait avec intérêt. Aussi est-ce avec une grande surprise que j'ai pu réaliser l'importance des processus de subjectivation tels que les avaient envisagés H. Kohut, bien que la lecture de son livre soulevât beaucoup de discussions, car pour lui, les problèmes liés à la sexualité infantile n'existent plus. Il n'y a pas à considérer l'oedipe dans l'organisation des pathologies que traite le psychanalyste. Or, on sait que Freud s'est surtout attaché à la description de l'origine de la névrose infantile, processus normal qui donne lieu à des organisations caractérielles qui peuvent se décompenser à l'âge adulte et donner lieu à des symptômes de la névrose, où le traumatisme de la séparation d'avec la mère, continue à jouer le rôle répétitif qui est le sien depuis l'angoisse du huitième mois. En 1914, dans son travail intitulé "Pour introduire le narcissisme", Freud a montré l'importance de la naissance du narcissisme primaire. On ne peut la comprendre qu'en se référant à l'hypothèse de l'union totale du nouveau-né avec les soins maternels. De ce fait, la mère « folle de son enfant », l'empêche de sentir ses besoins, qu'il serait totalement impuissant à satisfaire. C'est dans ces conditions, en dépit de sa détresse absolue, intitulée Hilflösigkeit, terme que Laplanche propose de traduire par "désaide", que l'enfant ne sent aucun besoin et peut développer son narcissisme primaire. Il me parait possible de rapprocher cette situation de la naissance du self telle que Winnicott l'a décrite : c'est une espèce de conscience de la continuité de l'expérience vécue sur le plan somatique et psychique. Il me semble que nous ne sommes pas loin ici, du self object de Kohut. L'essentiel est en effet l'existence de cet investissement de soi-même : c' est un point fondamental de l'évolution de l'homme qui, néoténique, a une expérience sensorielle très avancée par rapport à sa motricité globale. Cette affirmation est renforcée par la théorie de l'attachement qui règne sans conteste dans la psychanalyse américaine qui, après le paradigme de Mary Ainsworth sur la strange situation, tend à considérer que les qualités de l'attachement sont transmissibles de l'adulte vers le bébé (Mary Main), ce qui veut dire qu'il n'y a guère de chances d'améliorer les enfants dont les troubles anxieux ou dépressifs se rattachent à la transmission génétique de l'attachement "défiant". Peter Fonagy a confimé ce point de vue et pense que l'indication de la psychothérapie de l'enfant jeune ne peut se poser qu'en cas d'attachement ambivalent ou lorsque l'attachement au père est différent de celui qui lie le bébé à sa mère. Bref, la grandiosité de soi n'est pas assurée dans ces derniers cas, où l'interprétation doit porter plus sur les relations avec l'analyste, que sur la conflictualité du transfert. C'est l'hypothèse que je formule ici, à savoir que Kohut a emprunté à Winnicott la notion de self pour comprendre pourquoi il attache tellement d'importance à l'empathie. Pour mon compte, et en particulier dans un travail qui vient d'être publié en 1997, j'essaie de montrer que l'empathie métaphorisante à partir de l'énaction, que détermine l'interaction avec la mère et son bébé et éventuellement le père, permet de donner un caractère empathique à la consultation au cours de laquelle les protagonistes impliqués peuvent "co-sentir" et "co-créer" les interprétations nécessaires pour obtenir des changements importants. Nous croyons en effet que cette empathie permet de créer à partir du passé revécu, un soi actif dans le cadre des processus interactifs et intersubjectifs, dont l'expression est symbolique. Telles sont les raisons pour lesquelles nous croyons que Kohut a apporté une pierre incontestable pour contribuer à l'édification du mur protecteur de la psychanalyse. De ce point de vue son influence est certaine : on pourrait dire que l'interprétation du processus de subjectivation a été négligée par l'école lacanienne qui refuse de voir un sujet dans le miroir qu'elle offre à son patient. On pourra penser aussi que les critiques de ceux qui comme Green refusent de prendre en considération le bébé interactif, tomberaient largement si les points de vue évoqués ici étaient discutés avec lui. Malheureusement, les analystes américains qui se réclamant du développement négligent de rappeler le rôle de Kohut, pour la compréhension des vicissitudes du développement narcissique c'est à dire les observations des états-limites (chez les « normopathes » en parti-culier). Ces quelques notes rapides pourront peut-être stimuler l'intérêt pour la lecture du livre d'A. Oppenheimer qui a aussi rédigé le texte sur Kohut dans la collection Psychanalystes d'aujourd'hui. Ainsi ceux qui ont lu ces livres pourraient dire : "Moi, j'ai lu ces livres (moi = instance de la topique freudienne, Je = le sujet qui a lu et qui a son propre idéal de soi, ce qui justifie rétrospectivement la différence proposée par Freud entre le Ich et le ego anglais, ou entre le soi = self et le es= ça.) On comprendra donc aussi que Nacht ait pu écrire que le narcissisme est le gardien de la vie, alors q'une vingtaine d'années plus tard, Rosenberg pourra le dire du masochisme. Pr Serge Lebovici
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