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Limpact du handicap dune personne sur la vie psychique de ses frères et soeurs |
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Lobjectif de notre étude était de comprendre comment les frères et soeurs de personnes handicapées se construisent psychiquement non pas malgré le handicap de leur pair mais avec cette réalité là. Cette gestion étant source de souffrance, une meilleure compréhension de son fonctionnement présente un intérêt tant dans une perspective de prévention que de soin. Les frères et soeurs sont confrontés à une personne qui est différente deux (dans le rapport que chacun deux entretient avec la norme) et qui est semblable à eux (dans le fait quelle est humaine, issue des mêmes parents et quelle est de la même génération queux). Se demander comment et pourquoi un enfant est affecté par un handicap qui atteint son frère ou sa soeur, oblige à sinterroger sur le handicap et sur le lien fraternel. La rencontre entre une personne valide et une personne handicapée ne se saisit que replacée par rapport à une série de références et de structuration sociétaires. Aussi, les discours recueillis ont été replacés dans leur contexte démergence pour en pointer la dimension collective et sociale. Ceci via une analyse des représentations du handicap, de la fratrie de lenfant, repérées dans la littérature enfantine, dans des articles de la presse grand public, dans des mythes, des travaux dhistoriens et de psychosociologues. Les discours sur lesquels lanalyse a porté sont hétérogènes, à la fois pour ce qui concerne leurs lieux de production (colloques, réunion-débats, institutions de soins, domiciles des personnes rencontrées) ; leur nature (oraux, écrits) ; leurs objectifs (recherches, soins, témoignages). Ce qui était entendu dans un lieu, avec certains objectifs a éclairé dautres discours produits dans dautres conditions. Sur les 31 entretiens semi-directifs de recherche réalisés, a été appliquée une analyse de contenu qui a allié une analyse de contenu thématique classique à une analyse qualitative sappuyant sur une quantification des données textuelles (analyses factorielles des données textuelles, analyse automatique des discours avec Hyperbase et Alceste). RésultatsParce quelles sont lieu de projection et source didentifications, les personnes que lenfant investit sont à la fois en lui et séparées de lui. Cest une des raisons pour lesquelles les réactions et les questions des autres sont dautant moins bien vécues que parfois, tel un miroir, elles renvoient les frères et soeurs à leurs propres problématiques intra-psychiques. Ce qui à certains moments les fait souffrir et à dautres leur permet dévoquer sans trop de culpabilité leurs conflits, leurs angoisses, leurs questions, en les attribuant aux autres. À force de vivre avec le sentiment dêtre abandonnés par des adultes plus soucieux de lenfant atteint que deux, les frères et soeurs mettent en oeuvre de défenses rigides et coûteuses sur le plan psychique. Relations fraternelles problématiquesLes frères et soeurs voudraient de façon ambivalente avoir un handicap sans pour cela être handicapés. Ceci entre autres pour : réduire létrangeté de leur frère ou soeur handicapé ; le comprendre ; savoir ce quil est ; ce quil sent ; bénéficier des avantages attachés dans leur famille à la condition de personne handicapée. En même temps, certains pensent être eux-mêmes handicapés mais de façon non-visible. Ils ne peuvent en parler à leurs parents quils craindraient de rendre alors encore plus malheureux quils ne le sont déjà. La place de chacun des enfants de la fratrie dans la succession des générations et/ou du temps se pose de façon particulière dans le cas où lun deux est porteur dun handicap. En effet, lenfant puîné peut devenir laîné dun enfant handicapé qui progresse lentement. Ceci déclenche chez les enfants, et aussi chez leurs parents, des mouvements ambivalents où se mêlent la joie de constater la bonne santé de lun des membres de la fratrie et la douleur de devoir reconnaître les déficiences de lautre. Lien fraternel influençant la vie dadulteDevenu adulte, un des enfants de la fratrie peut assumer la tutelle ou la curatelle de son pair atteint et occuper ainsi fantasmatiquement un rôle de parent par rapport à lui. Beaucoup de frères et soeurs de personnes handicapées pensent que lexistence de leur frère ou soeur atteint fait obstacle à lexercice de leur libre choix dans leur vie professionnelle et personnelle. Dès le plus jeune âge, les frères et soeurs denfant handicapé, savent quils devront toujours se préoccuper de la prise en charge de leur pair atteint. Quand ils veulent se mettre en couple, ils se demandent :
Par ailleurs, toujours présente dans leur tête, la menace de donner naissance à un enfant handicapé soulève chez eux des angoisses qui pèsent lourd sur leurs choix de vie. Quand des adultes ayant un pair handicapé adoptent une profession médico-sociale, cest pour des motivations complexes. En effet, ils peuvent vouloir continuer une certaine mission auprès des personnes handicapées, alimentée par le plaisir dy être performant ; alléger leur culpabilité ; prendre une distance par rapport à la personne atteinte en occupant une place de professionnel par rapport à des patients qui lui ressemblent ; sidentifier aux médecins, rééducateurs, éducateurs connus dans lenfance, admirés, craints, jalousés et à leurs parents, pour faire parfois mieux queux ; mettre fin au sentiment dimpuissance qui les a fait souffrir enfants. Gestion de lagressivité et de la rivalité fraternelle problématiqueQuand lenfant est persuadé que sa pensée est toute-puissante, il peut sempêcher de lutiliser pour ne plus être assailli par la crainte que ses mauvaises pensées ou ses mauvais désirs et souhaits qui concernent la personne handicapée soient mis à jour ou pire suivis deffets dans la réalité. Il peut alors cesser de jouer souplement de ses fantasmes et ce pouvoir maléfique donné aux idées peut lempêcher dutiliser ses compétences intellectuelles. Parfois, lenfant établit avec son frère ou sa soeur handicapé une relation verticale de sollicitude. Il améliore alors sa propre image, contre-investit son agressivité et se fait du bien en sidentifiant à la personne soignée. Il allège alors sa culpabilité en mettant en place des processus de réparation. Occuper par rapport à la personne atteinte une position verticale peut empêcher lenfant-soignant dinstaurer des relations horizontales avec les autres membres de la fratrie. Ces derniers peuvent être soulagés de se trouver ainsi déchargés de la prise en charge de leur pair déficient et paraître peu affectés par sa présence. Mais ils peuvent aussi souffrir de ne pas avoir de place reconnue et valorisée dans leur famille, se sentir coupables de ne pas vouloir ou être capables de soigner leur pair atteint et leurs parents. Ladoption dune position parentale est source de souffrance puisquelle prive lenfant de la sollicitude dont il peut avoir besoin. Mais elle est aussi source dune satisfaction où se mêlent le plaisir de prendre symboliquement la place des parents et celui dasseoir sa domination sur un être humain pour lequel on devient indispensable. Ces défenses rigides peuvent devenir inefficaces quand un événement survient : évolution favorable ou défavorable de lenfant ou des parents ; situation de choix engageant lavenir, par exemple. Si la réparation vise à lutter contre le sentiment de culpabilité, la sollicitude extrême, les tendances autodestructrices, la fuite, la dépression, les attitudes de dénégations ou réparatrices peuvent apaiser, masquer tant la souffrance issue du sentiment de culpabilité que celle issue du sentiment de honte. Les adultes qui ont mis en place des défenses efficaces pour lutter contre leur culpabilité en ont retiré une gratification narcissique, qui en retour, leur a permis dassumer mieux sur la scène sociale leur situation particulière. Des idéaux inaccessiblesLes frères et soeurs ont souvent dans la tête des idéaux inaccessibles associés à un surmoi qui leur interdit de dire quelque chose de leur souffrance et de leur faiblesse. Lidée dune famille idéale peut être instaurée pour gérer les sentiments de honte et de culpabilité en se positionnant face à un environnement vécu comme persécuteur. En même temps, les enfants sont confrontés à la souffrance et parfois à limpuissance de leurs parents à gérer le traumatisme que représente pour eux la naissance dun enfant déficient. Ils sentent quils doivent se conformer à un certain idéal denfant qui parviendrait à consoler ses parents, à compenser les manques de la personne handicapée en faisant preuve de sollicitude vis à vis delle. Ce décalage parfois très grand entre lidéal que lenfant non-handicapé voudrait atteindre et celui quil se sent capable dassumer est source dune grande souffrance, de honte et de culpabilité. Pour pouvoir, comme leurs parents, cacher leur détresse aux yeux des autres, et plus grave, à leurs propres yeux, ils doivent se conformer à un surmoi qui rend illégitime toute velléité de revendiquer le droit à être soigné, aidé, révolté. Ils y renoncent dautant plus facilement quils y voient un moyen dapaiser leur culpabilité. Handicap source de honte et de culpabilitéLe handicap peut mettre en péril la confiance que les frères et soeurs ont dans leur capacité à maintenir une séparation rassurante entre leur vie intrapsychique et la réalité extérieure. Il les oblige à :
La honte et la culpabilité quils évoquent en se les attribuant ou en les attribuant aux autres sont indissociables des mauvaises images quils ont deux-mêmes, des membres de leur famille et des non-dits qui pèsent sur lexpression des sentiments dans beaucoup de ces familles. Identifications au frère ou à la soeur handicapé problématiquePour lindividu sidentifier à un frère ou une soeur atteinte dans son intégrité psychique ou corporelle représente une menace. Or, cest en sidentifiant aux personnes investies affectivement que lenfant peut se séparer delles, sans se sentir ni abandonné, ni abandonnant. Aussi, les difficultés de séparation liées aux problèmes dindividuation amènent parfois des adultes à avoir le sentiment dêtre habités par leur frère ou soeur handicapé ou dêtre collés à lui. Au terme de ce travail, nous ne pouvons que souhaiter que connaissant mieux la problématique des frères et soeurs des enfants handicapés, nous soyons en mesure de leur proposer des prises en charge adéquates et surtout de prévenir lapparition de certains symptômes qui peuvent hypothéquer gravement leur avenir. PerspectivesDes recherches futures pourraient évaluer limpact de lévolution des représentations du handicap, de la famille, de la fratrie sur la façon dont les enfants gèrent psychiquement le handicap dun de leur frère ou soeur.
Dautres pourraient se demander si certaines atteintes de la personne handicapée ont des effets spécifiques sur la vie psychique, familiale, sociale de ses frères et soeurs. Ce qui amènerait aussi à se demander sil est pertinent délargir la notion de handicap à toute situation objet de stigmatisation. Régine Scelles Scelles, R. (1996). Jai mal à mon frère. Linfluence du handicap dun enfant sur ses frères et soeurs. Thèse de doctorat nouveau régime en psychologie clinique. Université Paris 7, Laboratoire de psychologie clinique (bibliographie de 25 pages).
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