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Didier Houzel, Peut-on parler dattention inconsciente ? |
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Le mot attention vient du latin attentio, lui-même dérivé de attendere qui signifie « tourner son esprit vers ». Il y a donc une apparente contradiction entre le concept dattention et celui dinconscient. Pourtant il me semble que lexpérience psychanalytique suggère lidée dune attention inconsciente, idée que je voudrais essayer de développer. Pour préciser la thèse que je vais mefforcer dillustrer, je dirais que la notion dintentionnalité, qui est contenue dans la signification étymologique du mot attention, ne me paraît pas coextensive à celle de conscience. La psychanalyse postule une intentionnalité inconsciente. On sait que Freud fut fortement influencé par la philosophie de lintentionnalité, dont son maître Franz Brentano était à lépoque où il faisait ses études le grand théoricien. Sil sest écarté de lenseignement de Brentano, cest officiellement parce que ce dernier ne reconnaissait pas la possiblilité dune activité psychique inconsciente, psyché et conscience occupait selon lui, le même domaine et il définissait la conscience par la visée dun objet : « La conscience est conscience de quelque chose » (La psychologie du point de vue empirique, 1874). Autrement dit pour le philosophe toute activité psychique était caractérisée par son intentionnalité (ce qui sera repris et développé dans la phénoménologie de son élève Husserl) et il ny avait dintentionnalité que consciente. Freud ne pouvait que rejeter un tel point de vue qui élimine linconscient. En fait, il ne le rejette quà moitié, il en garde même lessentiel, la référence à lintentionnalité comme ce qui fonde la nature psychique dun phénomène par opposition à ce qui caractérise les phénomènes physiques. La notion dinvestissement (Besetzung) peut être considérée comme la traduction métapsychologique de lintentionnalité de Brentano. Mais cette fois il ny a plus isomorphisme; il y a des investissements conscients et des investissements inconscients. Ces derniers lemportent même quantitativement sur les investissements conscients. À partir de ces prémisses, peut-on parler dattention inconsciente ? Lattention avant FreudDans son ouvrage « Psychologie de lattention » (1889), Ribot a introduit une distinction importante, et qui reste dactualité, entre ce quil appelle «lattention spontanée» ou «automatique» et «lattention volontaire » ou «artificielle». Lattention spontanée a pour cause les états affectifs du sujet, ses motivations. Elle a une origine biologique. Lobjet de lattention spontanée agit par son pouvoir intrinsèque, cest par exemple la proie pour le prédateur. Lattention volontaire est le fruit de la civilisation et de léducation. Elle est dirigée volontairement vers des objets qui nont pas de pouvoir dattraction naturel (doù le nom dattention artificielle que Ribot lui donne). Lenfant, le sauvage, en sont dépourvus: « Lattention volontaire ou artificielle est un produit de lart, de léducation, de lentraînement, du dressage. Elle est gréffée sur lattention spontanée... »(1). Lécole russe de neuropsychologie avec Vygotski, Luria, Leontev, a repris cette distinction de Ribot entre « attention spontanée » et « attention volontaire », en insistant sur la dimension sociale de lattention volontaire. Pour ces auteurs lattention spontanée, ou ce que Luria appelle « le système dorientation », a une origine biologique et est commandé par des stimuli externes qui ont acquis, tout au long de lévolution de lespèce, une valeur de signaux. Lattention volontaire, au contraire est le fruit de léducation, de lhistoire culturelle et individuelle, et non de lhistoire de lespèce : « En influençant son environnement social, dit Leontev, lhomme crée un système de stimuli conventionnels avec lidée de maîtriser le comportement dautres personnes. Ainsi, crée-t-il les conditions pour la maîtrise de son propre comportement, altérant ainsi radicalement le mécanisme principal de son comportement »(2). De leur côté les neurophysiologistes ont distingué plusieurs types dattention correspondant à différents systèmes cérébraux :
Les deux systèmes, antérieur et postérieur, sont interconnectés. Toutefois, les recherches neurophysiologiques montrent quil y a entre eux une certaine indépendance. Attention et prise de conscience ne sont pas nécessairement liées. Au total, le sytème attentionnel postérieur, système dorientation, correspondrait à lattention spontanée de Ribot; le système attentionnel antérieur, système de contrôle et de prise de conscience correspondrait à lattention volontaire de Ribot. Lattention dans loeuvre de FreudLa fonction dattention est un vieux concept psychanalytique qui mérite dêtre remis à lhonneur. On peut sétonner du fait quil y soit fait si rarement référence dans la littérature psychanalytique. Il me semble quil y a à cela deux raisons: la première est que le concept dattention est largement utilisé en dehors de la métapsychologie et que les psychanalystes sont réticents, à juste titre, pour utiliser des concepts définis dans dautres domaines que le leur. La deuxième raison est que lattention est traditionnellement reliée à la conscience et que lactivité psychique consciente nest pas le domaine privilégié de linvestigation des psychanalystes. Mais comme je lai dit, je pense que linvestigation psychanalytique nous conduit à définir une attention inconsciente. Cest dans le livre de Freud sur laphasie publié en 1891 (3) que lon trouve pour la première fois sous sa plume le terme dattention. Il y parle dattention divisée (getheilten Aufmerksamkeit): « Lorsque je lis les épreuves afin de les corriger, et donc que je prête intentionnellement une attention toute spéciale aux images visuelles des lettres et autres signes, le sens de ce que jai lu méchappe à ce point quil me faut une lecture particulière de bout en bout pour améliorer le style. Si je lis un livre qui mintéresse, par exemple un roman, je laisse passer pour cela toutes les fautes dimpression, et il peut marriver que je ne retienne rien des noms des héros si ce nest un trait confus et le souvenir que les noms étaient longs ou courts, ou quils contenaient une lettre frappante, un x ou un z. Lorsque je dois lire à haute voix et donc que je suis obligé daccorder une attention particulière aux images sonores de mes mots et à leur intervalle, je risque de nouveau de me soucier trop peu du sens. Et dès que je me fatigue, je lis de telle façon que les autres peuvent encore comprendre, tandis que moi-même je ne sais plus ce que jai lu. Ce sont des phénomènes dattention divisée qui entrent ici en ligne de compte... » (p.125-126). On le voit, Freud donne à lattention une faculté de liaison entre les différentes composantes des données sensorielles constitutives du mot et par là il sécarte des théories localisationnistes de laphasie qui attribuent cette faculté aux structures nerveuses. Il en résulte que la division de lattention, cest-à-dire sa concentration élective sur une seule catégorie de composantes du langage détruit le sens de ce qui est lu. On peut voir là lannonce de fonctions essentielles de lattention: dans la technique psychanalytique avec la notion dattention flottante qui définit pour Freud lattitude psychique du psychanalyste et qui se caractérise par sa non sélectivité; mais aussi dune manière plus générale dans le fonctionnement psychique, comme lillustrera bien plus tard loeuvre de Bion. Dans lEsquisse dune psychologie scientifique (1895), Freud propose une véritable théorie de lattention. Je rappelle que le modèle quil utilise dans ce texte est un modèle neuronal. Il distingue des neurones sensibles aux quantités dexcitation, quil appelle neurones y , et des neurones sensibles aux qualités de lexcitation quil appelle neurones w. Il définit lattention comme un surinvestissement des indices de qualité. Les indices de qualité sont perçus par les neurones w, mais l'énergie qui permet de les surinvestir vient des neurones y . On est ici proche du modèle de Ribot, dans lequel les surinvestissements venaient des neurones moteurs. Il attribue à lattention une fonction dexpectation: elle est chargée de capter les indices de qualité qui viennent de la perception afin danticiper sur les investissements de désir. À partir de ce modèle, Freud distingue ce quil appelle la « pensée banale » et la « pensée observante ». La pensée banale est tournée vers la recherche de lobjet de satisfaction. La pensée observante sappuie sur la fonction dattention, mais, cette fois, tournée vers le monde interne et non vers le monde extérieur et la perception. La pensée observante correspondrait à létat du chercheur qui, ayant perçu quelque chose, se demande «que signifie cela?», «où cela va-t-il me mener?». Ainsi Freud étend-t-il la fonction dattention aux investissements mnémoniques associativement liés aux investissements perceptifs. En plus dune fonction tournée vers lextérieur, lattention a une fonction tournée vers lintérieur, vers le monde intrapsychique. Voici la description quil en donne : lorsquun neurone est excité par un quantum dénergie venant de lextérieur, cest-à-dire, de la perception, cette énergie va sécouler « le long des meilleurs frayages et va traverser un certain nombre de barrières (les barrières de contact) suivant la résistance et la quantité en jeu » (4). Ainsi dautres neurones seront investis, mais « certaines barrières ne pourront être franchies parce que la fraction (dénergie) qui les atteint ne peut dépasser leur niveau »(5). Si, à cette énergie extérieure, sajoute une énergie intérieure qui vient de lattention, ces barrières infranchissables pourront être franchies, dautres frayages pourront se faire, plus nombreux et plus éloignés. Par ailleurs, ce ne sera pas une perception qui se produira, mais des « investissements mnémoniques apparaîtront, associativement liés au neurone initial »(6). Il sagit dune fonction dexploration du monde interne et de quête de sens : « Quest-ce que cela signifie? ». Jamais Freud nira aussi loin par la suite dans sa théorie de lattention. Dans la Traumdeutung (1899-1900), il attribue à lattention une fonction de passage du Préconscient au Conscient. On ne trouve plus quun seul aspect de la fonction dattention, le renforcement des phénomènes psychiques. Freud donne ici à lattention la fonction spécifique de faire passer des contenus psychiques du Préconscient à la conscience, ce qui est contradictoire avec lidée dune attention inconsciente et ce qui la sans doute conduit, comme le souligne léditeur de la version française de lEsquisse à abandonner par la suite la théorie de lattention quil y développe. Cest dans Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques que Freud revient avec le plus de détails sur le concept dattention : « Une fonction particulière est instituée qui doit prélever périodiquement des données du monde extérieur pour que celles-ci lui soient connues à lavance : lattention. Cette activité va à la rencontre des impressions des sens au lieu dattendre passivement leur apparition »(7). Freud est ici en retrait par rapport à sa théorie de lattention de lEsquisse. Il lui laisse peu de place pour lexploration du monde intrapsychique. Notons toutefois, quil insiste sur un point essentiel : laspect actif de la fonction dattention qui va de la rencontre des impressions des sens au lieu dattendre passivement leur apparition. Un autre aspect de lattention dans loeuvre de Freud est celui défini dans le concept dattention flottante, par lequel il décrit lattitude psychique du psychanalyste pendant la séance. Il me semble quil y a une certaine ambiguité dans ce concept ou dans linterprétation qui en est parfois faite. Freud dit deux choses à ce sujet (8) : la première est quil serait trop fatigant pour lanalyste de concentrer son attention pendant des heures, la seconde est quil faut, pour recueillir le matériel, éviter de le sélectionner à lavance. Doù ce concept quelque peu paradoxal dattention flottante. En fait, Freud insiste sur ce second aspect : éviter de choisir parmi les matériaux fournis. Léconomie de fatigue nest quune conséquence utile de cette exigence de non sélection. Notons aussi quil fait référence à la volonté ou à labsence de volonté, ce qui nous rappelle les descriptions de Ribot sur lattention volontaire et lattention spontanée. Freud préconise une attention dépourvue de volonté, une sorte dattention spontanée. Cela naurait-il pas pour fonction de mettre lanalyste en contact plus directement avec la vie pulsionnelle du patient, de dégager la voie, en quelque sorte, à ce qui sexprime de cette vie pulsionnelle dans son discours? Je ne pense pas quil faille interpréter le concept dattention flottante dans le sens dune attention relâchée, comme cela a parfois été fait. Il est vrai que, souvent, le psychanalyste a du mal à garder son attention éveillée et dirigée vers le matériel de la séance. Il doit alors sinterroger sur la signification de ses fluctuations dattention. Il peut y avoir des attaques inconscientes contre sa fonction dattention. Cest souvent par une élaboration de son contre-transfert quil pourra résoudre le problème. Lattention dans loeuvre de BionBion est un des rares psychanalystes post-freudiens qui ait accordé à lattention une place de choix dans sa théorisation. Il a élargi la fonction de lattention au-delà de la réalité sensorielle pour lappliquer à la réalité psychique qui ne peut se réduire aux seules données des sens. Cest le thème de son livre Attention and Interpretation, publié en 1970 (9). Il y décrit lattention comme la matrice dans laquelle viennent se réunir les éléments du psychisme et où ils peuvent ensemble se combiner en un tout cohérent. Lattention, au sens de Bion, a donc une signification dynamique. En outre, il décrit un aspect interpersonnel de la fonction dattention. Cest lattention que la mère dirige vers son enfant qui lui permet de recevoir les messages quil lui adresse et, notamment, ses messages inconscients, ses projections, quelle a pour tâche de transformer, grâce à sa capacité de rêverie, en éléments pensables. On sait que Bion a fait de cette relation psychique du bébé à sa mère le prototype de la relation entre lanalysant et lanalyste. On retrouve, dans la relation analytique, cette même fonction qui consiste à drainer et à recevoir tous les messages conscients et inconscients émis par le patient dans le creuset psychique de son attention où ce qui était non lié ou délié va pouvoir se lier. Cest ici que je voudrais introduire le concept dattention inconsciente, dont jai parlé plus haut. Dans Attention and Interpretation, Bion recommande à lanalyste dêtre sans souvenir et sans désir. Toutefois, si on lit attentivement son texte on saperçoit quil recommande décarter tout souvenir conscient, mais quil distingue les souvenirs conscients de ce quil appelle les souvenirs oniriques. Si, en commençant une séance, on se rappelle tel ou tel événement de lhistoire du patient et que lon cherche à interpréter le matériel en le rapportant à ce souvenir, celui-ci risque de faire écran aux messages inconscients qui sexpriment dans la séance. Par contre, si en cours de séance tel ou tel événement revient à la mémoire de lanalyste alors quil écoute attentivement son patient, si cette remémoration nest pas préméditée, mais quelle surgit au détour dun processus associatif dans lesprit de lanalyste, alors il sagit dun souvenir onirique et ce type de souvenir est particulièrement utile au travail délaboration et dinterprétation de lanalyste. Je pense que lextension de la psychanalyse aux jeunes enfants a contribué à déplacer laccent qui était mis jusque là sur lanalyse des défenses du Moi, pour souligner davantage limportance de lattention dans le processus thérapeutique. En effet, les enfants sont extraordinairement avides de lattention des adultes, dautre part ils sont parfois susceptibles de faire repartir leur croissance psychique, entravée par un processus pathologique, grâce à la seule attention quil leur est portée. À ce titre, lobservation des bébés présentant des manifestations autistiques, parfois très inquiétantes, est éloquente; lattention que leur porte le consultant psychiatre et celle quil aide les parents à lui offrir, ne manque presque jamais, en un laps de temps relativement court, de modifier leur état suffisamment pour faire céder temporairement ces manifestations. Bien sûr, lattention ne suffit pas, même en psychanalyse denfant. Lélaboration et linterprétation des fantasmes inconscients et des mécanismes de défense sont indispensables. Je pense, cependant, quil faut leur donner une signification quelque peu différente de celle qui leur était classiquement attribuée. Il sagit moins de débusquer des désirs ou des fantasmes refoulés afin de faire advenir la vérité, que daider lenfant à sortir des impasses dans lesquelles lavaient conduit les processus psychopathologiques. De la sorte, il peut se remettre sur le chemin de la croissance psychique et échapper aux cercles vicieux autodestructeurs dans lesquels il se trouvait piégé. Cest dire que le repérage et linterprétation des mécanismes de défense nont de valeur thérapeutique que sils sinscrivent dans une relation contenante qui mobilise toute lattention de lanalyste. ConclusionJe suggère donc quil y a, au-delà de lattention consciente, une attention inconsciente. Je propose dappeler ainsi la réceptivité passive qui laisse les messages latents de lanalysant se rassembler et sorganiser peu à peu au sein du psychisme de lanalyste. Lattention spontanée de Ribot, le système dorientation de Luria, le système attentionnel postérieur décrit par les neurophysiologistes sapparentent à lattention inconsciente. Tous ces concepts, en effet, renvoient à lidée dune intentionnalité qui peut échapper à la conscience et qui dépend de montages innés préalables à léducation et à lhistoire du sujet. Tout lart du psychanalyste consiste à porter une attention consciente à ce qui est recueilli par lattention inconsciente seule capable de capter les rejetons des pulsions. Une attention volontaire et sélective écarterait par principe ces rejetons sous leffet de la Censure. Lorsque Bion conseille dêtre sans souvenir et sans désir, je pense quil veut éliminer cet obstacle pour que viennent se réunir librement dans lattention inconsciente de lanalyste les productions de linconscient, sur lesquelles se dirigeront alors sa « pensée observante ». Linterprétation utile jaillira spontanément de lobservation du précipité des formations de linconscient du patient dans le creuset offert par lattention inconsciente de lanalyste. Pr Didier Houzel Bibliographie1- Ribot Th., Psychologie de lattention, Paris, Felix Alcan, 1889. 2-Leontev A., The development of voluntary attention in the child, in The Vygotsky reader, ed. R. Vander Veer and J. Valsiner, Oxford (UK) and Cambridge (USA), Blackwell, 1994. 3-Freud S., Contribution à la conception des aphasies (1891), trad. fr. Cl. Van Reeth, Paris, Puf, 1983. 4-ibidem, p.374. 5-ibidem, p.374. 6-ibidem, p.374. 7-Freud S., Formulations sur les deux principes du cours des événements psychiques (1911), trad. fr. J.Laplanche, in Résultats, idées, problèmes, tome 1, Paris, Puf, 1984, p.137. 8- Freud S., Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique, trad. fr. A. Berman, in La technique psychanalytique, Paris, Puf, 1967, 61-71 : ...nous ne devons attacher dimportance particulière à rien de ce que nous entendons et il convient que nous prêtions à tout la même attention flottante, suivant lexpression que jai adoptée. On économise ainsi un effort dattention quon ne saurait maintenir quotidiennement des heures durant et lon échappe ainsi au danger inséparable de toute attention voulue, celui de choisir parmi les matériaux fournis. Cest en effet, ce qui arrive quand on fixe à dessein son attention; lanalyste grave en mémoire tel point qui le frappe, en élimine tel autre et ce choix est dicté par des expetatives ou des tendances. Cest justement ce quil faut éviter; en conformant son choix à son expectative, lon court le risque de ne trouver que ce quon savait davance, p.62.
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