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Claire Van Pevenage, Séparation parentale, départ du domicile parental, relation à la mère et mode de garde |
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Le mode de garde adopté par des parents qui se séparent et son incidence sur le développement à plus ou moins long-terme de l'enfant est un sujet qui mène à de nombreuses controverses tant théoriques que pratiques. Sans considérer que le mode de garde vécu par l'enfant dont les parents sont séparés permet de constituer des "catégories" de sujets distinctes les unes des autres, notre réflexion de départ s'est faite en référence aux notions de tiers, d'altérité, d'autonomisation et de dégagement de la famille d'origine. En premier lieu, parce que l'enfant de parents séparés peut se retrouver avec un seul de ses parents au sein d'une relation duelle. Dans ces cas, si parent et enfant ne peuvent reconnaître l'altérité, ils risquent de développer, ensemble, une relation qui ressemblera inévitablement à une relation de couple focalisant sur un seul partenaire le poids des attentes, des demandes, des exigences de chacun. Parent et enfant constituent alors pour l'un comme pour l'autre, un partenaire unique et obligé en l'absence de tiers. L'autonomisation de l'enfant, le dégagement de la famille d'origine pourront être menacés. Ensuite, parce que de nombreux auteurs ont montré que la séparation parentale peut entraîner d'importantes difficultés chez l'enfant, lorsque les ex-époux ne peuvent faire face à l'altérité en continuant à se déchirer et en niant leurs différences du fait de leurs propres difficultés personnelles. C'est pourquoi on peut estimer que l'une des problématiques centrales de l'enfant face à la séparation parentale réside dans la capacité de maintien de liens à ses deux parents en l'absence de conflits parentaux récurrents. Cette problématique impliquait d'analyser si la garde alternée représentait une formule "idéale" du fait de la continuité dans la relation aux deux parents ou si elle consistait à "diviser" l'enfant pour satisfaire les besoins parentaux ? C'est autour de cette question cruciale que notre recherche s'est articulée. Pouvait-on démontrer qu'une formule de garde est meilleure qu'une autre ou, en d'autres mots, qu'il est préférable pour l'enfant de vivre dans un environnement "stable" (une seule maison, un seul responsable éducatif, une seule "ambiance familiale") et d'être séparé la plupart du temps d'un de ses parents ou qu'il est préférable de vivre dans un environnement moins "stable" (deux maisons, deux responsables éducatifs, deux "ambiances familiales") tout en vivant alternativement avec ses deux parents. D'autre part, en cas de garde monoparentale et de recomposition familiale, le beau-parent peut-il faire office de substitut parental partiel et permettre ainsi au parent gardien et à son enfant de s'autonomiser mutuellement ? La question du mode de garde n'a pu faire abstraction d'autres variables jugées pertinentes au niveau de l'ajustement de l'enfant à la séparation parentale. Ainsi, indépendamment des facteurs qui restent difficilement contrôlables (la qualité du maternage précoce, la personnalité du père et de la mère,...), il est apparu, lors de notre revue de la littérature, que l'âge au moment de la séparation parentale pouvait avoir une incidence considérable sur l'ajustement psycho-affectif à long-terme de l'enfant. D'autre part, certains auteurs estiment que la présence d'une fratrie facilite le vécu de l'enfant spécialement en cas de garde monoparentale car l'enfant ne se retrouve pas dans une situation de face-à-face avec son "parent gardien" dont il risque de ne pas pouvoir se détacher. Cette influence bénéfique de la fratrie en cas de séparation parentale n'est cependant pas relevée par tous les auteurs. MéthodologieNotre étude s'est axée particulièrement sur une population de post-adolescentes vivant une garde monoparentale ou une garde alternée. Notre échantillon était composé de vingt-neuf post-adolescentes de 18 à 23 ans, toutes d'un niveau socio-économique moyen supérieur ou supérieur et fréquentant actuellement l'enseignement supérieur en sciences humaines. Leurs parents se sont séparés avant leur adolescence. Dix d'entre elles ont vécu une "garde monoparentale stricte", leur mère ne s'est jamais réinvestie dans une relation de couple. Dix autres ont vécu une garde monoparentale avec une recomposition familiale maternelle dans l'année qui suivit la séparation. Enfin, neuf post-adolescentes ont vécu une garde alternée en passant une semaine sur deux chez leur mère et l'autre semaine chez leur père. Dans chacun de ces trois groupes, on retrouve des sujets qui ont vécu la séparation parentale alors qu'elles avaient moins de six ans et d'autres qui avaient entre six ans et douze ans au moment de la rupture parentale, certaines sont enfants uniques et d'autres ont une fratrie. Les variables "âge au moment de la séparation parentale" et "fratrie" ont ainsi été contrôlées. Notre méthodologie s'appuyait sur 4 types d'instruments : une anamnèse, un entretien semi-directif, un TAT et 2 échelles d'auto-évaluation (L'EAE-F de Lavoëgie et le GPP-I de Gordon). RésultatsDe nombreux résultats ont pu être mis en évidence. Parmi ceux-ci, le type de relation qu'entretient la jeune femme avec sa mère a mené à plusieurs réflexions qui peuvent être esquissées ici. Pour 31 % des post-adolescentes, la relation à la mère est "mature"; 48 % semblent vivre une relation faite de davantage d'emprise et 21 % apparaissent en opposition par rapport à une mère dont elles tentent de se dégager. En réalité, le type de relation qu'entretient la post-adolescente avec sa mère peut se concevoir sur un continuum qui va de la relation d'emprise où mère et fille ne semblent vivre que l'une pour l'autre et où aucune autre relation intime ne peut être admise jusqu'à la relation "mature" où mère et fille entretiennent de bons rapports tout en s'étant "autonomisées" l'une par rapport à l'autre. La jeune femme qui vit une relation d'emprise à la mère ne peut actuellement se séparer de celle-ci pour des raisons psycho-affectives, parce qu'elle entretient un fantasme "d'être tout pour sa mère". Ce fantasme l'empêche de reconnaître l'altérité et la présence du tiers. Ainsi, certaines jeunes femmes, malgré la recomposition familiale de la mère et/ou la présence d'une fratrie, continuent à affirmer qu'en cas de départ du domicile maternel, leur mère se retrouvera seule. La mère apparaît comme un personnage fragile, dépressif qui pourrait s'effondrer si la jeune femme venait à quitter le domicile parental. Toute agressivité à son égard est déniée. Nous avons fait l'hypothèse que l'origine de cette position réside dans "l'impossible opposition à la mère". En effet, si la post-adolescente ne peut s'opposer à sa mère, elle ne peut élaborer la différence et le conflit. Cette incapacité peut être la conséquence de la perception d'une fragilité maternelle. Dans ce cas, il y a une inversion des rôles, une parentification. L'enfant devient alors le protecteur, l'objet des attentes, des angoisses et des satisfactions. Mais elle peut aussi être liée au fait, qu'en l'absence de père, l'identité de la jeune femme n'est pas suffisamment différentiée de celle de sa mère. Ainsi, en évitant de s'opposer à la mère, en maintenant intacte son image, c'est elle-même qu'elle protège, sa propre identification à la mère. Nous avons mis en évidence que cette relation est liée au mode de garde. Ainsi, aucune des jeunes femmes ayant vécu un hébergement alterné ne vit actuellement de relation d'emprise à la mère alors que cette situation apparaît - avec plus ou moins d'intensité - chez 80 % des jeunes femmes ayant vécu une garde monoparentale "stricte" et 60 % des jeunes femmes ayant vécu une garde monoparentale avec recomposition familiale maternelle. La relation d'emprise à la mère est corrélée avec d'autres variables. Ainsi, nous avons pu mettre en évidence que 93 % des jeunes femmes qui vivent une relation d'emprise à la mère relatent un manque d'intérêt du père à leur égard ou une absence de relation suite à une rupture et à une dévalorisation importante de ce dernier. Le père est effectivement à l'écart de sa fille et de la relation qu'elle entretient avec sa mère. D'autre part, la présence d'un beau-père positivement investi ne permet pas nécessairement l'évacuation de ce type de relation. Par contre, la collaboration du père dans l'éducation de ses enfants et l'absence de conflits parentaux qui continuent plus de dix ans après la séparation, semblent avoir une incidence positive sur la relation mère-fille. En effet, en aucun cas, les jeunes femmes qui entretiennent une relation d'emprise à la mère ne mentionnent de concertation parentale et 93 % d'entre elles évoquent de multiples conflits parentaux actuels. Ces parents qui ne peuvent s'entendre, plus de dix ans après la séparation, semblent, aux yeux de la jeune femme, incapables de reconnaître l'altérité. Dans les cas de garde monoparentale, le père absent dans le quotidien ne peut plus être un objet d'amour, il est nécessairement source de déception et cela d'autant plus que la mère participe activement (par la dévalorisation et la critique de son ex-époux) à la destruction de son image. L'image paternelle semble alors perdre de sa valeur symbolique. Les données mises en évidence au sujet de la relation à la mère ainsi que du dégagement de la famille d'origine confirment les développements théoriques relevés dans la littérature et qui considèrent que le dégagement est un processus typiquement post-adolescentaire qui amène une redéfinition complète du système familial. Cette redéfinition implique inévitablement des résistances au changement tant du côté des parents que de celui des post-adolescents. Lorsque les parents sont séparés, le dégagement de la famille d'origine semble d'autant plus difficile que la post-adolescente vit une situation de monoparentalité stricte et qu'il existe d'importants conflits parentaux ainsi qu'une dévalorisation du père. Dans ces cas, le fantasme "d'être tout pour l'autre" (qu'il soit présent chez la fille et/ou chez sa mère) rencontre en partie la réalité puisque la mère qui ne s'est pas réinvestie dans une relation de couple se retrouvera effectivement seule après le départ de sa fille. Si la post-adolescente a vécu une recomposition familiale maternelle, la présence d'un beau-père ne lui permet pas nécessairement de modifier sa représentation maternelle. L'image maternelle reste celle d'une mère seule. L'ensemble de ces difficultés de dégagement semblent liées à l'absence de concertation parentale. En aucun cas, une relation d'emprise ne se développe alors que les parents sont perçus comme se concertant. Ainsi, si le beau-père peut faire office de substitut paternel partiel en offrant un supplément de reconnaissance et d'éducation à la jeune femme, c'est probablement davantage encore le père en tant que tiers séparateur qui peut faciliter le dépassement du fantasme "d'être tout pour sa mère". À l'opposé, la garde alternée apparaît comme une formule de garde qui favorise l'autonomisation des post-adolescentes probablement du fait de la reconnaissance inévitable de l'altérité par leurs parents. D'autre part, ces jeunes femmes ont rapidement dû faire le deuil de la présence quotidienne de chacun de leurs parents ce qui n'est pas le cas des jeunes femmes qui ont vécu une garde monoparentale et qui ne font le deuil que vis-à-vis de la présence quotidienne de leur père. ConclusionEtant donné l'ensemble de nos résultats et sans perdre de vue que les sujets que nous avons rencontrés sont des sujets tout-venants, nous pouvons estimer qu'aucun mode de garde n'est clairement préjudiciable au développement de l'enfant. Cependant, dans les cas de garde monoparentale et lorsque qu'il n'existe pas de concertation parentale au sujet des enfants, les post-adolescentes expriment d'importantes difficultés au niveau du départ du domicile maternel. Celles-ci sont encore plus intenses lorsque la mère ne s'est jamais réinvestie dans une relation de couple. Dans ces cas, les jeunes femmes se sentent responsables du bien-être de leur mère perçue comme un personnage fragile et le départ du domicile est ressenti comme un comportement agressif à l'égard de la mère. Marcelli (1987) notait au sujet du processus de séparation-individuation chez les adolescents de parents séparés que la dépression clinique manifeste peut être le compromis qui bloque le processus d'adolescence et qui donne à la mère et à son enfant les bénéfices secondaires recherchés. Nous pouvons faire l'hypothèse que, dans notre population de sujets qui expriment des difficultés face à l'élaboration du dégagement, ce sont les études supérieures qui jouent le rôle de compromis en permettant aux jeunes femmes de ne pas quitter leur mère. Etant donné les perspectives d'avenir que de nombreuses jeunes femmes décrivent négativement et l'image d'une mère fragile et dépendante, nous pouvons nous interroger sur les moyens que ces post-adolescentes vont pouvoir mettre en oeuvre pour s'investir ailleurs et sur les éventuelles pistes d'action que nous pourrions mettre en place. Claire Van Pevenage, Service de Psychologie du Développement Professeur Gillot-de Vries, Université Libre de Bruxelles, CP 122, 50 av. F. Roosevelt, 1050 Bruxelles, Belgique BibliographieBeverina M. (1989), Divorce des parents, épreuve à surmonter pour l'enfant, cause ou facteur d'une possible décompensation psychopathologique, in Annales Médico-psychologiques, 147/2. Chatel M.M. (1988), Le double jeu, in "Dialogue -recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille", 3e trimestre. Ellis J. and Russell D. (1992), Implications of divorce on reasons for living in older adolescents in Journal of divorce and remariage, vol. 18(3-4). Goldstein J., Freud A. and Solnit A.J. (1973), Beyond the Best Interests of the Child, New York, Free Press. Guillarmé J.J. et Fuguet P. (1987),Les parents, le divorce et l'enfant, Paris, Ed. ESF. Kalter N., Rembar J. (1981), The significance of a child's age at the time of parental divorce, in Amer. J. Orthopsychiat., 51(1), January. Kempton T., Armistead L., Wierson M. and Forehand R. (1991), Presence of a sibling as a potential buffer following parental divorce : an examination of young adolescents, in Journal of Clinical Child Psychology, vol. 20, n°4. Marcelli D. (1987), L'adolescent confronté au divorce de ses parents, in Aïn J. (sous la direction de) "Adolescences, miroir des âges de la vie", Toulouse, Privat. Samalin-Amboise Cl. (1994),Vivre à deux. Processus d'emprise et de dégagement dans la famille monoparentale, Liège, Ed. Mardaga. Wallerstein J. (1987), Children of divorce: report of a ten-year follow-up of early latency-age children, in Amer. J. 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