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Geneviève Welsh, Les sexualités des schizophrènes |
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Depuis quelques années, le Salon International Psychiatrie et Système Nerveux Central qui a lieu à Paris accueille un atelier de psychanalystes sintéressant aux états psychotiques. Latelier, qui se déroule sous la présidence de Mme Marie-Lise Roux, membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris, se propose détudier chaque année un aspect de la psychopathologie et du traitement des patients psychotiques. Latelier de décembre 1998 sétait donné comme thème Les sexualités des schizophrènes. La réflexion actuelle sur les schizophrènes se trouve trop souvent prise entre, dune part, le traitement médicamenteux visant à la réduction des symptômes les plus invalidants, dautre part, les mesures psychosociales visant à renforcer leur moi pour leur faciliter la vie autonome dans la communauté. Toutefois, lamélioration des évolutions schizophréniques ces dernières décennies permet davantage quautrefois le développement, chez ces patients, dune vie amoureuse et sexuelle, dont lintrication avec leur sexualité psychique et avec les aléas de leur évolution pulsionnelle na pas encore été suffisamment étudiée, doù le thème proposé par cet atelier. Nous publions par la suite un large résumé des interventions qui ont eu lieu à partir de lévocation de la vie amoureuse et sexuelle de quelques cas de schizophrènes. La vie amoureuse des schizophrènes, Geneviève WelshTrop habitués en général à considérer la vie des patients en privilégiant langle psychopathologique, nous sous-estimons souvent leur créativité et leurs aptitudes à aimer, à apprendre, à nous étonner. Quant aux schizophrènes, nous vivons plus que nous ne le croyons, avec lidée quils ont une inaptitude structurale à la vie objectale et à la vie relationnelle. Cependant, au cours des trente dernières années, le travail avec les patients sortis de lhôpital nous a appris bien des choses, notamment sur des aptitudes insoupçonnées mais aussi sur les dangers de la solitude -en particulier dans les grandes villes. Lune des sources de la croyance en linaptitude à la vie objectale pourrait partiellement se trouver dans la théorie psychanalytique, notamment dans lun des textes de S. Freud, Pour introduire le narcissisme (1914). Il semble que ce malade ait réellement retiré sa libido des personnes et des choses du monde extérieur, sans leur substituer dautres objets dans ses fantasmes et lune des conséquences de ce retrait, cest que la libido se retire sur le moi. Il en découle également une inaptitude au transfert et au traitement par la cure psychanalytique. Or, cette croyance -ainsi schématiquement résumée- ne nous semble fondée ni lorsquon reprend en détail le travail de Freud, ni lorsquon le confronte à lexpérience clinique et au travail avec un certain nombre de patients schizophrènes rencontrés en vingt années dexercice en psychiatrie publique. Dans le texte de Freud, il faut tenir compte du fait quil sinterroge sur le devenir de la libido retirée des objets et évoque le fait couramment constaté que le retrait peut nêtre que partiel et quil existe des manifestations répondant à une restitution et fixant de nouveau la libido aux objets à la manière dune hystérie ou dune névrose obsessionnelle. Il faut aussi remarquer que S. Freud, tout comme F. Pasche plus près de nous, étudient le narcissisme à partir, aussi bien de la psychose que de létat amoureux. À la lecture de ces deux auteurs, on est amené à penser que le commerce avec lobjet est inéluctable même dans la psychose et quon peut supposer soit un retrait de la libido dobjet qui reste partiel, soit lexistence dun investissement centrifuge (l antinarcissisme de Pasche) amenant lindividu à se dessaisir de lui-même, cet investissement coexistant avec un investissement centripète (narcissique). On pourrait dire que la théorie de lobjet et du narcissisme, pourvu que lon y inclue lantinarcissisme, peut servir de support théorique à la compréhension de ce que lobservation clinique nous a fait découvrir. Lobservation et la fréquentation des schizophrènes ma, en effet, conduite à constater au moins trois modalités de relations amoureuses :
On peut réfléchir à ces trois modalités sous langle des investissements et contre-investissements du corps propre et de lobjet. Ainsi, lérotomanie réaliserait une idéalisation quasi mystique de lobjet saccompagnant dun relatif contre-investissement du corps propre. Les relations de couple semblent plus centrées sur linvestissement du corps, la décharge et le contre-investissement du délire de lautre. Quant à la modalité de construction dun objet au sein dun délire, elle évoque la possibilité de création dun objet-gigogne. Ces remarques qui devraient être développées bien davantage conduisent à plusieurs idées. Dabord, elles peuvent nous inciter à un relatif optimisme sur les aptitudes à la vie amoureuse qui existent plus ou moins virtuellement chez les psychotiques, comme chez toute autre personne, et sont amenées à se développer. Ensuite, même dans leurs modalités délirantes, elles sont dotées dune valeur organisatrice et il est parfois possible de travailler sur les implications mégalomaniaques et les angoisses de perte à partir de ces expériences. Enfin, elles nous conduisent à réfléchir et à réviser nos idées sur le narcissisme et lobjet, sur la sexualité et la tendresse et sur la créativité des humains en ces domaines. Pour conclure, une réflexion de René Diatkine : lobjet ne peut être quune construction pure et ce nest que dans cette mesure que nous nous apercevons quil y a différentes modalités de construction. La préforme de lobjet, cest la satisfaction hallucinatoire du désir, qui organise les très nombreux éléments qui entrent dans le sensorium de lêtre humain. Il y a pour celui-ci un drame épouvantable : à partir du moment où les premières liaisons entre les formes sensorielles et la qualité hallucinatoire se créent, il est pris au piège, il est condamné à être normal et lon ne peut pas être normal autrement que dans la douleur. Il est condamné, pour rétablir son narcissisme, à courir après un objet, cest-à-dire après cette espèce de concrétude qua pris son hallucination, et il ne pourra jamais ni le posséder ni labandonner. Mais pour tout humain, cette condamnation peut aussi être un bonheur. Geneviève Welsh
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