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Une brève histoire de la Revue Française de Psychanalyse

La Revue Française de Psychanalyse (désormais RFP) a été fondée en 1927 : c’est l’organisme officiel de la Société Psychanalytique de Paris, elle-même fondée en 1926.Son premier tome comporte 800 pages et un index des noms et matières fort bien fait. Cette année paraissent des «mémoires cliniques» dont les deux rapports au premier congrès des psychanalystes de langue française :

  • l’un de René Laforgue sur « schizophrénie et schizonoïa » ;
  • l’autre de Ch.Odier intitulé : « le traitement des obsessions par la psychanalyse ».

Deux travaux de Freud ont été également publiés dans ce premier tome : le Moïse de Michel Ange et un cas de névrose démoniaque au XVIIe siècle.

C’est également de cette année que date la première publication en Français d’un travail concernant l’application de la psychanalyse à l’enfant. Il s’agit de l’article de Sophie Morgenstern : «un cas de mutisme psychogène traité dans le service du Dr Heuyer». Comme on le sait, le rôle de la suggestion «armée» semble avoir été important dans la disparition de ce syndrome.

Il est encore question de l’administration de la société dont on apprend qu’elle est présidée par René Laforgue et du fonctionnement d’un « comité de linguistique ». Ce comité est responsable de malheureuses traductions de l’allemand, à vrai dire sur la pression de Freud dont les recommandations étaient transmises par « sa princesse ». C’est ainsi que ICH fut traduit par MOI.

La RFP d’abord publiée chez Doin, va ainsi paraître jusqu’à l’occupation allemande. Le dernier tome, le dixième, est daté de 1938 ; il est édité par les Presses modernes à Paris . La revue «est publiée sous le haut patronage de M. le Professeur Freud»: C’est ce qui est imprimé sur la page 1 de la couverture. On apprendra que Charles Odier, un suisse romand, en est le Président, que Freud et sa fille Anna ont été nommés membres d’honneur de la Société. Les articles comportent de nouveaux noms ainsi que des comptes-rendus des discussions. Cette année, S. Nacht a présenté son rapport sur le masochisme et au cours du Xe congrès, on a également entendu un rapport de Raymond de Saussure (de Genève) sur le miracle grec ainsi que Daniel Lagache sur les idées d’infidélité homosexuelle dans la jalousie. On regrettera de ne plus trouver d’index dans ce tome.

La collection des 10 premiers tomes de la RFP est actuellement rare : en dehors de son intérêt historique, elle comporte des données importantes sur l’évolution de la psychopathologie psychanalytique alors plus orientée vers des descriptions structurales.

La RFP va réapparaître en 1948 : le tome XII marque l’entrée aux Presses Universitaires de France. John Leuba, chez lequel la Société de Paris tenait ses conférences, est Président de la Société Psychanalytique de Paris (désormais SPP). Ce volume va représenter le modèle de la RFP. La rédactrice en chef est Annette Berman, la secrétaire de Marie Bonaparte qui l’a lancée dans les traductions de Freud et de sa fille Anna. On trouve dans ce tome les rapports de Nacht et Lacan sur l’agressivité et des noms d’après guerre : des français, comme Bouvet et Shentoub, des belges (Lechat et Dugautier).

Ainsi, la revue de la Société va publier les conférences qui y sont prononcées, ses colloques et les rapports aux congrès français ou aux congrès de l’API présentés par des français.

En 1954, la RFP qui avait publié le règlement intérieur du nouvel institut de psychanalyse rédigé par Lacan, pendant la très brève période où il en fut le Directeur , est très silencieuse sur la scission qui s’est produite en 1953 . Elle annonce seulement (page 476) le refus opposé par l’API «aux quelques collègues démissionnaires» de reconnaître leur groupe.

Dès les années 60, la RFP comporte 6 numéros annuels dont un spécial réservé à la publication des rapports et des discussions aux congrès de langues romanes. Son format s’allonge en 1971. Les noms des rédacteurs en chef sont publiés en fin de chaque numéro. Autant que mon souvenir est bon, on y a compté Christian David, Jean Kestemberg, Jean Gillibert associé à Evelyne Kestemberg et moi-même.

Avec une direction collégiale associant Ilse Barande, Claude Girard, Marie-Lise Roux et Jean Vermorel, la revue va se développer et comporter des numéros à thème. Elle publiera aussi les rapports présentés chaque année à Deauville sous la direction de René Diatkine. La RFP bénéficie alors d’un comité de rédaction et d’une secrétaire de rédaction, Muguette Green.

Depuis 1988, la RFP est dirigée par Claude Le Guen [1], assisté de deux directeurs-adjoints, Gérard Bayle et Jean Cournut et de 14 rédacteurs. La secrétaire de rédaction est Catherine Alicot. Elle n’est plus «l’organe de la Société de Paris» et publie surtout des numéros à thème choisis deux ans au moins à l’avance. Les articles sont demandés aux auteurs par les rédacteurs ayant en charge un numéro. Elle publie également des monographies.

La Revue publie un numéro trimestriel et un numéro spécial pour les congrès de langues romanes. Son format est de 17,5 x 24 avec plus de 1700 pages par an. La RFP a 2210 abonnés et vend en librairie plus de 500 exemplaires.

Les informations de la SFP sont incluses dans son Bulletin qui n’est pas vendu et qui publie des conférences prononcées devant la Société et les prérapports des congrès.

On le voit , ce bref survol témoigne de l’ancienneté respectable de la RFP, de sa qualité, attestée par le fait que de nombreuses revues de psychanalyse disparaissent en France, la plupart d’entre elles se réclamant d’ailleurs des innombrables écoles lacaniennes.

Pr Serge Lebovici


[1] Ces renseignements sont extraits d’une note adressée par C.Le Guen pour la rédaction de la lettre d’informations de l’API. Je tiens à le remercier de me les avoir communiquées.

 

 

 

 

 

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