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Sud/nord. Folies et cultures

Éditions Érès.

La revue Sud/Nord a publié son premier numéro en 1993, sur le thème Ordre, désordre, folie. Cette revue semestrielle a été fondée par quatre psychiatres : Sébastien Giudicelli (directeur de la publication), Michel Dugnat (secrétaire de rédaction), Edmond Perrier et Michel Minard (rédacteurs en chef). A eux sont venus se joindre un philosophe, Francis Jeanson, un infirmier psychiatrique, Alain Castera, un psychologue Patrick Faugeras, un médecin, Francis Saint-Dizier, deux autres psychiatres, Jacques Tosquelles et Fatima Doukhan, et quelques autres. Il ne s’agit pourtant ni d’une revue de psychiatrie ni d’une revue de psychanalyse, mais d’une revue plus générale qui s’interroge sur son temps et sur les espaces dans lesquels nous vivons. Née de l’amitié qu’entretenait d’un côté Giudicelli, Perrier et Dugnat avec des collègues algériens, et de celle qu’entretenait de l’autre Minard et Castera avec des collègues portugais, elle s’est voulue très vite internationale et soucieuse d’établir un dialogue authentique entre des pays plus habitués à des rapports de type colonial ou à des relations de domination économique. C’est ainsi qu’une très large place est faite dans ces pages au Maghreb, à l’Afrique Noire et à l’Amérique du Sud.

Chaque numéro se compose autour d’un thème qui regroupe des philosophes, des écrivains, des créateurs, des psychiatres, des anthropologues, des psychanalystes, des sociologues, des journalistes et tous ceux qui, à un titre ou à un autre, peuvent se retrouver sur ce thème dans l’esprit très ouvert de Sud/Nord.

Francis Jeanson, au comité de rédaction dès le début de cette entreprise, avait dans le premier numéro, exposé en quelques pages l’esprit de la revue. “Un titre Sud/nord, un sous-titre folies et cultures. Simples signes de piste, au départ d’un cheminement qui d’emblée se réclame d’une double exigence : condamner la cynique mystification d’un prétendu “dialogue Nord-Sud”, et simultanément récuser toute lecture réductrice, unidimensionnelle, de l’actuelle fracture planétaire, (...).

Oui, ce monde est fou. Mais ce monde est le nôtre; et la multiforme de la folie que nous y condamnons n’est sans doute pas sans rapport avec celle qui constitue notre plus intime potentialité. Désordres collectifs et désordres personnels, il faut bien que nous tentions de les prendre simultanément en compte, de nous interroger sur leurs spécificités, de repérer leurs diverses articulations. Ces désordres procèdent de notre commun statut : celui de consciences séparées les unes des autres, et dont chacune n’est conscience de soi qu’au prix de ne pas coïncider avec elle-même, de ne pouvoir jamais s’assurer de son être.”

Le sixième numéro est intitulé “Exils, retour”. Au sein même de nos pays, les bannis perdent l’aura romantique ou romanesque attachée à ce pourquoi ils s’exilèrent ou furent réduits à l’exil, pour devenir de gênants immigrés, d’insupportables étrangers, des errants sans papier privés de tout, même de l’immémorial et infrangible droit d’asile, attaché toujours et partout aux lieux sacrés des humains.

Au coeur des sociétés industrielles, sous la poussée féroce de l’unique loi du profit financier, une vieille forme d’exil voit à nouveau le jour : celle des miséreux, exclus du travail, coupés de leurs familles, chassés de leurs habitations, errant en marge des systèmes de consommation, privés des droits élémentaires de leurs concitoyens et de l’accès même à la citoyenneté, ayant perdu souvent tout espoir de retour à une vie humaine simplement décente.

À côté de ces formes barbares, anciennes et modernes de l’exil, reste l’exil consenti de ceux, qui sachant bien que le rêve du retour au paradis perdu du ventre maternel ne se réalisera qu’avec la mort, choisissent de parcourir le monde, de vivre ailleurs et autrement, au moins un temps, hors des normes cadastrales des nationalités, loin des carcants oppressifs des nationalismes xénophobes.

Et reste aussi l’exil intérieur de ceux qui ne supportent pas plus la montée croissante des plus nauséabonds fumets de l’histoire des hommes qu’ils ne supportent le prétendu nouvel ordre mondial.

Michel Minard


Ont été publiés :

  • Ordre, désordre, folie, n°1.
  • Aliénations, n°2.
  • Créer, n°3.
  • Enfances, n°4.
  • Femmes au monde, n°5.

Éditions Erès, 11 rue des Alouettes, 31520 Ramonville Saint-Agne. Tél. 04 61 75 15 76, fax 04 61 73 52 89. Abonnement 1 an : 280 F. Étudiant : 200 F. Prix du numéro : 160 F.

 

 

 

 

 

 

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