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Adolescence n° 24, Croyances

La revue «Adolescence», revue semestrielle de psychanalyse, psychopathologie et sciences humaines a été créée en 1983 par Philippe Gutton, Professeur de psychopathologie à l’UFR de Sciences Humaines Cliniques Paris VII. Ph. Gutton s’entoure dans cette démarche d’un comité scientifique international composé d’Universitaires et de Praticiens, spécialistes de l’adolescence. «Adolescence» souhaite rendre compte des conceptualisations du processus qui accompagne le remaniement pubertaire et des vicissitudes de celui-ci. La revue doit permettre la confrontation féconde de théorisations éventuellement divergentes; elle doit s’ouvrir éventuellement à la transdisciplinarité; histoire, sociologie, psychiatrie. Au cours des années, le comité «fondateur» s’est enrichi de collaborations nouvelles mais les objectifs de la revue n’ont pas été modifiés.

La revue a donc pris corps dans le contexte universitaire d’une recherche sur l’adolescence, au carrefour de l’élaboration théorique et de sa confrontation avec les pratiques cliniques. «Cette mal-aimée de la psychanalyse, ce carrefour de la psychopathologie» selon l’éditorial du premier numéro trouve ainsi un espace dans lequel se construit depuis plus de dix ans maintenant une théorisation féconde. Le premier numéro intitulé «Psychothérapies» rend compte d’un colloque organisé sur ce thème le 22 octobre 1982 par Philippe Jeammet (Paris VI) et Philippe Gutton (Paris VII). Il est paradigmatique des intérêts initiaux du comité scientifique. Le numéro 25 (1994, 2) qui sera consacré au psychodrame montre la constance de ces préoccupations dans le comité scientifique et son souci de dresser régulièrement un état des lieux de la recherche et des pratiques.

Pendant 11 ans, «Adolescence» est gérée d’une manière artisanale par le Greupp (association loi 1901 domiciliée au sein de l’université Paris VII). La revue tiendra le pari de deux numéros thématiques annuels, généralement fondés, pour l’un, sur l’objet de la journée scientifique d’octobre (Expériences psychotiques, Thérapeutiques, Contraintes) pour l’autre sur les objets d’élaboration de l’Unité de Recherche sur l’Adolescence (URA, Paris VII) (Masculin, Visages de la Fratrie, Errances). Ici trouvent leur place les travaux des collaborateurs de l’URA et en particulier de ses doctorats. Depuis cette année 1994, la revue Adolescence est passée dans la cour éditoriale des grands avec la reprise par Bayard Presse de sa gestion et de sa diffusion. Son format s’est modifié, sa couverture aussi. Thomas l’imposteur cependant en vignette de bas de couverture demeure indice de continuité. En 1994, les numéros 23 et 24 ont été consacrés aux thèmes respectifs de l’errance et de la croyance.

Dans le contexte actuel du mouvement des idées (les sectes, le renouveau du religieux etc.) le numéro sur «Croyances» n’était pas évident, sauf à vouloir confirmer (ou infirmer) les intuitions de Malraux sur l’évolution sociétale au XXIe siècle. Il se trouve que ce numéro s’est imposé comme un contrepoint de l’élaboration de «l’errance» dans lequel l’approche clinique faisait butée, sur l’absence d’objets de confiance-croyance, sur le vide d’objets narcissiques, sur les vicissitudes de la subjectivation. Raymond Cahn et moi-même avons introduit ce numéro par deux articles sur la fonction du croire : «Je crois donc je suis» interroge les objets de croyance; «de l’objet au sujet du croire» aborde sur le plan clinique et métapsychologique la réinterrogation obligée du sujet adolescent, de ses objets de croyance. Cette réflexion fait une large place aux concepts d’illusion-désillusion et à la notion winnicottienne d’aire transitionnelle. André Brousselle montre le dilemne de la croyance dans «manichéismes et manichéismes borgnes» et Alexandra Trianfillidis argumente l’hypothèse d’un lien entre l’objet de croyance de l’enfant et l’objet de passion de l’adolescent : «Les masques du besoin» sont illustrés par le témoignage de Lou Salomé quant à sa passion pour le Pasteur Gillot.

La seconde partie de ce numéro est consacrée à la métapsychologie de la croyance religieuse. Jacques Gagey, Nicole Jeammet, Odile Falque apportent leur contribution à cette question. Yves Lambert redessine pour nous le visage sociologique de la croyance religieuse chez les jeunes pour évoquer l’idée d’une «mutation du croire» ce qui problématise de façon intéressante l’idée généralement admise d’un retour du religieux. Dans la troisième partie sont traités «des objets du croire» : la famille (Michel Chauvière), le diagnostic (Noëlle Franck), le greffon (Daniel Suzanne), l’enfant prodigue (Sylvain Bouyer). Maria Rosa de Soullard envisage, elle, la différence entre croyance et conviction psychotique.

C’est le public qui fait la notoriété d’une revue. L’accueil réservé à Adolescence depuis maintenant 11 ans, la fidélité de ses lecteurs, lesquels ne cessent de croître, témoignent, et de sa qualité, et du fait qu’elle répond à une attente, à un besoin que nous nous efforçons constamment de prendre en compte. Le travail du comité de lecture, la rigueur de celui-ci contribuent indiscutablement à la qualité de cette revue.

Annie Birraux


Les demandes d’abonnement sont désormais à adresser à Bayard Éditions, 22 cours Albert 1er,75008 Paris.

 

 

 

 

 

 

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