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La forteresse sentimentale

52 mn, 1997. Thierry Le Merre

Si bon nombre d'entre nous ont été rebutés par le caractère lancinant, par la lenteur, par la tristesse, par le côté « monologue » de ce film, c'est qu'avec un tel sujet, il aurait été difficile qu'il en soit autrement :

Comment un homme de 60 ans, ayant passé 45 ans de sa vie en hôpital psychiatrique, pourrait-il le relater avec désinvolture ? Le plus fort, c'est qu'il s'en est sorti, psychotique ou pas, et pas si mal que ça !

Bien sûr, tout au long du film, on se pose la question de ce qui l'a entraîné dans cet « enchaînement infernal ». Le « circuit court » domine nos pensées : schématiquement, on ne peut pas rester 45 ans à l'Hôpital Psychiatrique, si l'on est pas fou Ce serait rassurant mais on est vite ré assailli par le doute (circuit long et si ce n'était pas la seule solution ?) Nous avons des éléments de réponse, dans cette rétrospective filmée sur 10 ans grâce à l'équipe de psychiatrie qui a aidé Louis Marie à sortir de l'hôpital en s'appuyant sur son intérêt ancien pour les images filmées.

Son frère, abandonné lui aussi et recontacté au bout de 45 ans parle du coup de barre de fer qui conduit initialement Louis Marie à l'hôpital. De là, les placements en famille d'accueil se succèdent, suivis d'un séjour chez les « arriérés éducables » puis pour des raisons assez confuses, liées à des morts d'enfants, premier placement d'office en hôpital psychiatrique.

La lobotomie pratiquée à 11 ans 1/2 pour troubles du comportement n'a pas fait la preuve de son efficacité. Le diagnostic est alors « excitation maniaque à tendance perverse- réactions antisociales ». Louis Marie connaît alors la camisole, la misère, la surpopulation, les brutalités. À 14 ans, il est transféré chez les adultes. Se rajoute à la liste de ses « traitements », le passage à tabac et le viol. Il nous mime « les gestes qui comptaient dans la vie », sorte de stéréotypies avec rictus du visage évoquant les stéréotypies autistiques. Il a également goûté aux électrochocs et aux autres thérapies de l'époque, puis aux neuroleptiques nouveaux nés, au CAT, et à la psychothérapie institutionnelle. Ses premières femmes, il les rencontre à 40 ans. Ses premiers films, il les réalise en 1973. Les modifications des relations soignants-soignés, lui ouvrent de nouvelles possibilités thérapeutiques.

En 1980, l'idée de liberté commence à pouvoir être apprivoisée. Elle se concrétise en 1993. Voici donc un homme qui au bout de 45 ans se fait l'historien de sa vie et des services (sévices ?) psychiatriques, qu'il a connus.

Il peut désormais vivre seul et nous transmettre ses réflexions. Quelles que soient nos suppositions voire nos hypothèses diagnostiques, sur les raisons de l'enfermement de cet homme, ce film n'aurait-il pas finalement un arrière-goût d'espoir ? A nous d'en faire l'usage que nous pouvons. En tout cas, il dérange.

Tout public.

 

 

 

 

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