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La double tension
L’apocalypse déclenchée par l’expertise collective de l’INSERM sur le trouble des conduites est un épisode de ces guerres du sujet qui sont apparues depuis quelques années en France. Les défenseurs du “Sujet parlant” s’inquiètent du raz-de-marée des neurosciences, des TCC et de l’épidémiologie, qui risqueraient de mettre fin à la subjectivité humaine, tandis que ceux du “Sujet cérébral” considèrent que, grâce à elles, il va enfin pouvoir être possible de ne plus aborder les pathologies mentales comme des pathologies particulières, car cela “ culpabilise” les patients et/ou leurs parents et contribue à leur “stigmatisation”.
Cette querelle a pour arrière-plan une double tension qui fait la spécificité de la pathologie mentale : entre une conception de l’homme comme être corporel et comme être de langage ; entre deux modèles de maladie, celui du déficit, qui envisage les problèmes en termes de trouble du comportement et dont la conception de la pathologie est le déficit, celui de la défense de la personnalité qui conçoit l’affaire en termes de conflit. Cette situation tient à la nature de la pathologie qui perturbe émotions, idées, vie relationnelle, dont l’étiologie physiologique et la physiopathologie sont incertaines - pour cette raison, les classifications parlent de syndromes. Le défaut de la querelle est que, pour les uns, il faut éliminer les valeurs pour atteindre les faits, et pour les autres, il n’y a que des valeurs, celles de la singularité du sujet. Les deux camps ne voient justement pas que ce sont des “faits de valeurs” qui sont l’objet de la psychopathologie : nous avons de bonnes raisons d’affirmer que l’absence de culpabilité (dans le trouble des conduites) ou, au contraire l’excès de culpabilité (dans la mélancolie) sont une mauvaise chose.
Il ne faudrait pas prendre prétexte d’un travail trop neuropsychologique et assez mauvais du point de vue de l’expertise en santé publique, pour refuser toute évaluation et considérer que l’INSERM est l’antre d’un scientisme débridé au service de sombres projets sécuritaires. Car il y a autant de psychanalysme en psychanalyse (la nouvelle économie psychique) et de sociologisme en sociologie (l’idée que le fait social est une construction) que de scientisme en science. Comme le dit Hilary Putnam, la science est trop objective et l’éthique trop subjective.
Alain Ehrenberg Directeur du CESAMES (Centre de recherche psychotropes, santé mentale, société), CNRS-INSERM-U Paris 5 |
Agenda Parutions du mois Panorama des revues
Bloc-notes
Notes de lectures
Associations (presque) libres d’un psychanalyste de André Green par Jacques Angelergues
La situation analysante de Jean- Luc Donnet par Emmanuelle Chervet
Frère du précédent de J.-B. Pontalis par Mariane Foeillet-Perruche
Le consentement : droit nouveau du patient ou imposture de J.P Caverni, R. Gori par Françoise Gouzvinski
Un lieu pour dire. 30 ans de clinique institutionnelle à Guenouvry de Guy Rousseau par Pierre Delion
Le manuscrit perdu de Philippe Brenot par Danielle Torchin
Travailler avec les groupes d’enfants de Pierre Privat, Dominique Quelin-Soulignoux par Natalie Bayle
Colloques
Jeunes parents médias, 3-4 février 2006, Paris par Colette Barroux
Recherches
La psychanalyse des contes de fées : les concepts de la théorie psychanalytique de Bettelheim examinés expérimentalement par le test des contes de fée par Carina Coulacoglou
Entretien avec Julia Kristeva par Alain Braconnier
Psychanalyse et psychothérapie
débats et enjeux, n°6, coordonné par Daniel Widlöcher par Jacques Sédat
Le temps qui passe par Alain de Mijolla |