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Tout ne se joue pas avant trois ans
Le bébé est devenu en quelques décennies un
héros : sujet de compétences certes, mais aussi objet
d’idéalisation pour ne pas dire d’idéologie ! Et le voilà
l’enjeu de nouvelles querelles : si ce qui est inscrit dans
le génome et les conditions de l’environnement du bébé à-
naître surdéterminent son avenir dès la conception,
alors on peut admettre que tout se joue très tôt. Mais si,
il appert que ce qui se joue autour et après trois ans
ouvre pour l’enfant des voies qui étaient autant
d’impasses, alors il nous faut accepter cette idée que tout
ne se joue pas avant trois ans. Et cela a plusieurs
conséquences. D’abord en matière de prévention.
Dans notre domaine, il s’agit des signes de souffrance
psychique du bébé et du jeune enfant, pour lesquels nos
propositions thérapeutiques sont utiles dans la
dynamique familiale, à la condition de ne pas céder aux
sirènes de la prédiction, au potentiel mortifère avéré.
Ensuite dans les soins aux enfants. Si tout était
joué avant trois ans, de quelle validité serait créditée tous
les soins dispensés chaque jour à tous les enfants au-delà
de cet âge fatidique ? Et quelle serait la valeur des
rencontres dont une des plus grandes richesses est de
révéler chez le jeune enfant toutes les potentialités
cachées jusqu’alors ? Enfin, sur un plan éthique.
Les découvertes récentes en matière de neurosciences, de
génétique, et autres, ne doivent pas nous faire oublier
que la psychopathologie a aussi une place éminente dans
l’approche du jeune enfant. Dans notre pratique
quotidienne, les bébés arrivent dans une histoire
familiale qu’ils vont contribuer à modifier en même
temps qu’ils vont en être le fruit. Cette subtile
dialectique ne se met pas en place en trois ans, mais nous
construit toute notre vie. Que ce soit dans la “tête” de
l’enfant, dans sa famille, ou dans le sociétal, l’aide ne
peut venir d’un protocole idéalisé qui dicterait à chacun
ce qu’il doit faire pour élever ses enfants. Il s’agit bien au
contraire d’oeuvrer avec chaque enfant pour que ce qui
peut être transformé positivement le soit, en appui sur sa
famille. Alors seulement, beaucoup de choses humaines
pourront continuer de se jouer pour l’enfant.
Pierre Delion
Vient de publier “Tout ne joue pas avant 3 ans”
Albin Michel |
Agenda
Parutions du mois
Bloc-notes
Notes de lectures
La chimère des inconscients. Débat avec Michel de M’Uzan
par Mariane Perruche
Le mélancolique sans mélancolie de Christian David
par Sylvain Missonnier
La position dépressive au service de la vie de James Gammill
par Simone Sausse
Vivre et dire sa psychose de Clément Bonnet et coll.
par Catherine Liermier
La part obscure de nous-mêmes d’Elisabeth Roudinesco
par Pierre Delion
Un psychanalyste chez Guy Savoy de François Ladame
par Danielle Torchin
Mon corps et ses images de J.-D. Nasio
par Anne Lefèvre
Colloques
L’observation du bébé selon Esther Bick, Lille,
par Emmanuel Reichmann
Familles bousculées, inventées, magnifiées Colloque GIPSY, Paris
par Olivia Benhamou
Recherches
DE L’USAGE DU TRANSFERT :
UNE CONCEPTION PSYCHANALYTIQUE
par JACQUES SÉDAT
LA MÉMOIRE ET L’OUBLI,
DE LA PSYCHANALYSE AUX NEUROSCIENCES
par MARYLIN CORCOS
Réflexions
Démocratie, prison et internement arbitraire
par Pierre Delion
Le temps qui passe par Alain de Mijolla
Site du mois par Eric Boissicat
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