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Vous ne vous en doutiez pas ?
Le récent étalage public des « secrets de famille » où chacun
dévoile par la presse ou à la télévision ce que la plupart des
initiés connaissaient déjà, vient enfin relativiser cette mode
qui, un temps, avait pensé découvrir dans des faits scandaleux
soit-disant enfouis au plus profond des inconscients l’explication
tant recherchée des troubles psychiques dont souffrent
nos contemporains. On vit ainsi de doctes “psy” ne pas hésiter
à proposer à leurs patients l’exhumation du cadavre refroidi
des turpitudes censées avoir été absolument ignorées d’un
aïeul ou d’une grand-mère dont le sujet payait la faute dans
l’actuel de sa névrose par la voie de ce “transgénérationnel”
dont ils décrivaient les souterraines magies. La “transmission
d’inconscient à inconscient”, a connu là ses plus belles heures
de gloire, car il était indispensable que rien n’ait filtré de ce
“secret” pour que le thérapeute démiurge puisse le faire jaillir
de son chapeau interprétatif.
J’ai souvent rappelé à ces auteurs de romans familiaux en prêt-à-penser la sage réflexion de Freud à propos de Dora : “Celui
qui a des yeux pour voir et des oreilles pour entendre constate
que les mortels ne peuvent cacher aucun secret. Celui dont les
lèvres se taisent bavarde avec le bout des doigts ; il se trahit
par tous les pores. C’est pourquoi la tâche de rendre
conscientes les parties les plus dissimulées de l’âme est parfaitement
réalisable.”
Soyons un peu simplistes : soit un événement ne laisse aucune
trace, nulle part et échappe donc totalement et à jamais à
toute fonction historique psychique, soit il a une inscription,
approximative le plus souvent, comme trace mnésique dans le
psychisme d’une personne-témoin. Dès lors, celle-ci en
deviendra l’agent transmetteur potentiel de façon consciente
ou préconsciente auprès d’un autre membre de son entourage,
source des fantasmes d’identification. Mais c’est plus difficile
et long à analyser que le “Bon sang ! mais c’est bien sûr !” qui
fait la gloire des sagaces détectives. Moins sordide aussi que
les récits hélas véridiques des incestes, suicides ou scandales
que les familles préfèrent ignorer consciemment jusqu’à ce
qu’un tiers en vienne un jour à les évoquer, voire à en faire de
ces best-sellers dont raffolent les librairies des gares.
Vraiment ?.. Vous ne vous en doutiez pas ?...
Alain de Mijolla
Vient de publier Préhistoires de famille (Puf) |
Agenda
Parutions du mois Survol
Éditorial Bloc-notes
Notes de lectures
Psychanalyse des enfants séparés
de Jenny Aubry
par Daniel Widlöcher
Le travail du psychothérapeute d’enfant
de Annie Anzieu
par Bernard Golse
L’évaluation clinique en psychopathologie
de l’enfant de Djaouida Petot
par Sylvain Missonnier
Le monde d’Ali de Ali Magoudi
par Geneviève Delaisi de Parseval
La consultation thérapeutique périnatale
de Sylvain Missonnier
par Christelle Bénony
Entretien avec Annie Anzieu
par Alain Braconnier
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