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C’est bien, aussi, d’être vieux...
Myriam David est morte en décembre dernier.
Elle avait 87 ans, et toujours son regard si bleu, son
teint si clair et son sourire si attentif à l’autre. Lors
d’un congrès organisé à Budapest en son honneur,
il y a quelques mois, Myriam David avait conclu,
comme s’il ne fallait pas s’attrister de son grand âge :
“C’est bien, aussi, d’être vieux”… Elle avait expliqué
qu’être vieux, cela permettait de voir ce que
devenaient de petites phrases qu’on avait pu dire,
de petites pensées qu’on avaient pu avoir, et qui
avaient pu servir à d’autres, alimenter les actions et
la réflexion de certains. Un travail de jardinier, en
quelque sorte, qui voit tout doucement germer les
graines qu’il a ensemencées. Elle qui n’avait pas eu
d’enfant, c’était, au fond, l’avenir et la descendance
de ses pensées et de ses actes qui lui faisaient plaisir.
C’est bien aussi d’être vieux surtout quand on reste
jeune, plus jeune que nombre d’entre nous, par sa
rigueur, sa créativité, son inventivité méthodologique
et sa capacité à prendre des risques conceptuels.
De la déportation, qui lui avait appris comment
le soin du corps vaut aussi comme soin du
psychisme, jusqu’à Loczy dont elle soutenait l’idée
que l’attention accordée à la liberté des mouvements
fondait, finalement, la liberté du psychisme
et de son développement, on pourrait sans doute,
pour faire moderne, parler de la résilience de
Myriam David. Jacques Brel nous l’a appris : le plus
difficile est de “devenir vieux sans être adulte”, et
c’est peut-être ce lien vivant avec nos parties infantiles
qui forme le ressort intime de la résilience. En
ces temps de catastrophes dites naturelles et imprévisibles,
la disparition de quelqu’un comme
Myriam David, aussi prévisible qu’elle pouvait
l’être, fait pourtant figure de catastrophe non naturelle
et, quelque part, scandaleuse… Heureusement,
rien ne pourra plus jamais être comme si Myriam
David n’avait pas été et nous devons, tout simplement,
la remercier, précisément, d’avoir existé.
Bernard Golse |
Agenda
Parutions du mois
Survol
Bloc-notes
Notes de lectures
L’examen psychologique en clinique sous la direction de Michèle Emmanuelli
par Claude de Tychey
Préhistoires de famille de Alain de Mijolla
par Olivier Douville
Dictionnaire de la sexualité humaine sous la direction de Philippe Brenot
par Bernard Castro
L’énigme, une passion freudienne de Catherine Muller
par Didier Lauru
L’homme aux phoques de Zygmund Freudski
par Pierre Delion
Parler d’amour au bord du gouffre de Boris Cyrulnik
par Danielle Torchin
Colloques
Anthropologie du foetus. Colloque à Lyon
par Pierre Legrand
Intervention dans un débat entre Daniel Widlöcher e t Jacques-Alain Miller
par Jean Laplanche
Recherches
Qu’est-ce que la subjectivation ?
par Michèle Bertrand
Hommage à Myriam David
Bernard Golse, Geneviève Appell, Françoise Jardin, Hannah Rottman, Martine Lamour, Jacqueline Cuisiniez, Chantal de Truchis-Leneveu, Alberto Konicheckis, Patrick Ben Soussan, Marie-Françoise Pain, Julianna Vamos, Judit Falk, Ana Tardos, Maria Vincze
Le temps qui passe...
par Alain de Mijolla
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