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Raymond Cahn
Origine et destin de la subjectivation
La notion de subjectivation est issue, il y a moins de 15 ans, de l’approche psychanalytique de l’adolescent : c’est à cet âge en effet que se confirme ou se voit plus ou moins compromise l’appropriation subjective de la réalité psychique. Son usage grandissant s’explique par le fait que le même processus, les mêmes empêchements s’observent dans les cures d’adultes. Leur prise en compte, transcendant les catégorisations psychopathologiques habituelles, éclaire de façon nouvelle l’écoute de ces patients où prévalent les obstacles à la symbolisation et à la possibilité de reconnaître et d’utiliser le transfert.
Si le refoulement porte sur les conflits internes, le clivage, lui, comme Freud l’avait le premier souligné, est l’effet d’un conflit d’avec la réalité externe. Et c’est bien l’impact des interrelations traumatiques ou distordues avec l’environnement premier qui contraindra la psyché aux procédés les plus drastiques ou les plus invalidants pour y faire face, contrecarrant la subjectivation et, par là même, requérant révision de la stratégie des cures.
Dès lors en effet que l’analyste n’est plus en mesure de se faire reconnaître comme autre que celui que l’analysant imagine, il lui faudra donc d’abord, au sein du cadre et de l’espace intersubjectif, assumer les rôles et offrir les réponses auxquels le contraint la répétition des excès ou des insuffisances de l’environnement.
Mais même dans les cures où ne s’observe pas une telle pathologie, le concept de subjectivation se révèle particulièrement utile, sinon nécessaire. Celui de «prise de conscience» s’avère en effet parfois un peu court et ne rend pas compte à lui seul de la complexité des phénomènes en cause. On parlera ainsi plutôt de degrés, de gradients, de subjectivation ou de capacité de subjectivation avec tous les intermédiaires possibles entre compréhension purement intellectuelle, voire plaquée sur le sens attribué à l’analyste, et ces cas de figure optimaux de (re)découverte-création du sens engageant tout l’être, sorte de reconnaissance, voire de révélation de ce qui jusqu’alors était demeuré mi-dit, refoulé, voire inconcevable. C’est là qu’apparaît particulièrement opportune l’étude des conditions de cette appropriation, effet d’une investigation menée simultanément ou successivement par l’analysant et l’analyste «transformant ce qu’elle rencontre et se transformant par cette rencontre» (Donnet).
Ainsi se dégagent les deux pôles fondamentaux du travail psychanalytique :
- celui de la subjectalisation, soit des conditions d’une subjectalité permettant la subjectivation,
- celui de la subjectivation proprement dite, approfondissant les modalités mêmes de son processus.
Pôles susceptibles d’être utilisés simultanément ou successivement dans tous les sites et toutes les circonstances où un authentique travail analytique s’avère possible, soit cure de divan, face à face, psychodrame, cadre institutionnel, psychothérapie familiale ou de groupe. L’ensemble des formes psychopathologique apparaît ainsi pouvoir être reconsidéré à partir de ce point de vue.
Bibliographie
Cahn R.
- Subjectalité et subjectivation, Adolescence 2004 n° 50, pp 755-766
- La fin du divan ?, Paris, Odile Jacob, 2002, 258 pages
- L’adolescent dans la psychanalyse . L'aventure de la subjectivation . Le fil rouge. Puf. 1998
- Adolescence et folie. Les des liaisons dangereuses. Le fil rouge. Puf 1991
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