Ignorer les liens de navigation
Qui sommes-nous ?
La revue
Publications
La boutique
Plan du site
Moteur de recherche
Lettre d’information
Contact
Ignorer les liens de navigationAccueil § Multimédia § Expositions § Celso Gutfreind

Celso Gutfreind

À Grand-Mère Raquel, qui est plus grande que le ciel.

Mamie était vieille. Elle parlait débilement, elle marchait lentement.

Je suis allé à une fête. Une fête normale. Avec des petits-fours, des hot dogs, du bruît, des ballons, et beaucoup de jeux. À vrai dire, je ne suis pas allé avec mamie. J'y suis allé avec maman, et, à un certain moment, un peu fatigué, je me suis approché d'elle, et je l'ai entendu dire à une autre maman que des gens vieux, ça va au ciel. Cette mère l'a dit à une autre, et toutes ces mères ont été d'accord à ce sujet.

Alors, j'ai pensé. Qui est si vieux va au ciel, mamie est si vieille, donc mamie va au ciel. Alors j'ai été triste, parce que à cette fête maman était avec moi, mais le matin et l'après-midi c'est mamie qui reste avec moi. Et papa ne vient même pas à la fête. Papa, seulement le soir. Et ce n'était pas seulement que mamie reste auprès de moi. Parce que, si c'était seulement une question de rester, je reste aussi avec Aninha, qui est ma copine, et je la trouve très embêtante. C'est parce que j'aime mamie énormément.

Alors j'ai fait une chose que je fais toujours lorsque je ne sais pas si ce que peut-être, l'est vraiment. Je pose une question. Et le lendemain j'ai demandé à mamie :

- Mamie, est-ce que tu va au ciel ?

Elle a dit oui. Sur le coup, tout comme maman dit non lorsque je lui demande une grande glace avant le déjeuner. Elle a dit oui, et a continué à faire ce qu'elle faisait, c'est-à-dire, de jouer avec moi le jeu du petit fils et de la mamie. Sans ciel, mais moi la mamie, elle le petit fils, une chose très bien et drôle.

Mais ce n'était plus drôle. Et alors j'ai pensé que la réponse de mamie n'a rien répondu. Il y manquait quelque chose, mais je ne savais pas quoi c'était.

Le soir j'ai raconté à papa ce que j'avais demandé à mamie. Il a dit que je ne devais pas toujours lui demander ces choses-là. Il m'a même interdit d'en parler à mamie. Finalement, j'ai compris que mamie était sa mère à lui, et que si c'était déjà difficile qu'elle va au ciel, ce serait bien pire si c'était ma mère qu'y allait. Mais maman n'était pas si vieille. Elle parlait fermement, marchait à pas rapides. Elle était jolie. Très jolie. Beaucoup plus jolie qu'Alice, qui était la plus jolie fille à l'école. Mais maintenant c'était trop tard pour que mon père me dise que c'était interdit. j'avais déjà dans ma tête le morceau de question que manquait.

Le lendemain du lendemain, j'ai posé ce morceau à mamie :

- Quand ?

-Quand quoi ? - demanda-t-elle en réponse, bien sûr, parce que c'était déjà le lendemain du lendemain, et qu'elle avait déjà oubliée que j'avais demandé si elle allait au ciel.

- Au ciel, mamie.

Et elle dit :

- Bientôt.

Et elle dit plus vite à ce moment-là que lorsque maman dit non quand je demande un banana-split avant le dîner

 

Mon Dieu ! Il y a eu besoin d'attendre longtemps pour savoir combien de temps c'était un bientôt. J'y ai mis plus de deux jours, moi demandant à maman et à papa, et même à Tonton Alphonse. À papa j'ai demandé de façon déguisée qu'il avait l'oil sur le ciel et sur mamie. Et quand tonton m'a dit que bientôt c'était presque sans temps, c'était presque tout de suite, j'ai pensé que j'avais déjà perdu beaucoup de temps.

Lorsque mamie a vieilli encore plus, lorsque mamie a parlée plus faiblement et a marchée plus lentement, j'ai senti que l'heure était arrivée; Et que tout était préparé. Elle toussait. Et elle sentait des douleurs. Mais, au milieu de la douleur et de la toux, je pensais et regardais la porte tout le temps, jusqu'à ce qu'il est arrivé.

J'ai regardé la mine de Papa du Ciel et j'ai crié:

- Le ciel est à moi, pas à toi. Et, s'il est à moi, c'est moi qui choisis qui y va. Annette peut y aller. Gustave, qui est bête, aussi. Mamie ne va pas au ciel

Papa du Ciel toucha ma tête comme s'il savait les choses, pas moi. Tout à fait comme, parfois, mon père, ici sur terre. Alors, j'ai vu que c'était pas la peine de parler, et que je devais faire ce que ma mère faisait toujours. Ce que ma mère faisait toujours c'était: lorsqu'elle ne supportait plus ce que je faisais, elle disait: suffit de paroles, galopin, maintenant je vais prendre des mesures. Et je m'en souviens que, la première fois qu'elle dit ça j'ai demandé: est-ce que prendre des mesures, ça fait du mal? Ma mère prenait de telles mesures! Quelques-unes faisaient même du mal.

La mesuré que j'ai prise avec Papa du Ciel, ce fut de placer des menottes sur sa main. Et ma pistole en couleurs dans son oreille. C'étaient tous de jouets, mais Papa du Ciel n'était pas tout à fait véritable, non plus. Et j'ai crié :

- Si mamie va au ciel, vous restez ici sur terre ; Voulez-vous rester sur la terre ? Est-ce que vous ne voulez plus être Papa du Ciel ? Si vous ne voulez pas, c'est mieux de partir vite, et laisser mamie ici. On ne fait pas aux autres ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse. (Cela, c'était mamie qui le disait).

 

Mais les mains de Papa du Ciel ne restaient pas dans les menottes. Elles restaient seulement sur le cou de mamie. Et la pistole refusait d'indiquer son oreille. La pistole avait peur.

Alors je me suis rendu compte que c'était de moment d'utiliser l'ancre qu'on m'avait donné à Noël. Que l'ancre c'était ma dernière mesure à prendre. Elle était mon avant dernier tuyau. Et je savais déjà une chose : il fallait le faire tout de suite. Si ce n'était pas tout de suite, mamie irait tout de suite au ciel. Et la chercher au ciel, ce serait plus difficile que lorsqu'elle était encore ici sur terre avec nous.

Eh bien. J'ai attaché une pointe de l'ancre à la jambe de mamie. Pendant Papa du Ciel l'emmenait, j'ai choisi un nuage très épais. Jusqu'à ce moment-là, j'allais avec, attaché à l'autre jambe de mamie. Et alors j'ai jeté l'ancre sur le nuage. Et, qu'est-ce qui est arrivé ? Je suis tombé, mamie est restée ancrée au nuage, et Papa du

Maintenant, quand il y a du soleil, on ne voit presque pas mamie. Quand il y a des nuages gris, on voit mamie toute entière. Et quand il pleut beaucoup, il pleut même quelques morceaux de l'écharpe bleue de mamie.

 

Parfois, la nuit, papa dit que Papa du Ciel est un homme bon, et qu'il nous pardonne tout. De tout, quoi ? je demande, mais j'arrête de poser des questions quand je m'en souviens qu'il voulait emmener mamie. À ce moment-là je ne suis pas d'accord avec mon père. Et il m'arrive même de penser que Papa du Ciel est vraiment méchant. Mais si je regarde la fenêtre, et je vois mamie tricotant dans le nuage, je pense qu'il a pardonné.

Le diable c'est qu'il pleut chaque fois moins, et les nuages grimpent plus haut. Et il fait un maudit soleil, tout sans mamie.

Un de ces jours je grimperai là encore une fois, j'arracherai mamie de l'ancre, je jetterai l'ancre à la mer, et je mettrais mamie dans moi-même.

 

 

Mamie ne va pas au ciel montre encore une fois que l'enfant est toujours un poète qui s'en sort de tout. Et que, au contraire de l'adulte, il sait faire face, avec de l'imagination et de la poésie, à n'importe quel sujet. Ici, le sujet est la mort. Et si, très souvent, elle fait taire les "moins poétiques" et les adultes, ici l'enfant n'essaye pas d'échapper au défi. Et il crie, et joue, et fait des poésies avec ce sujet qu'est peut-être un des plus horribles. Et il réussit à lui donner un charme que nous fait sentir la mort comme une occasion de la vie, tout comme les heures de jouer ou d'étudier.