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Jacques Hochmann, La consolation |
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Éditions Odile Jacob, 1994, Paris. Jacques Hochmann qui a commencé sa carrière médicale en neurologue a traversé ensuite les groupes californiens : cest ce chemin qui la conduit vers la psychiatrie et la psychanalyse ; cet itinéraire quil nous raconte dans son dernier livre, dessine le chemin inverse de ceux qui, désappointés par la psychanalyse, veulent faire mieux et se dirigent vers les psychothérapies américaines atypiques et souvent ambigües. Le préambule de son dernier livre «La consolation» nous raconte plusieurs histoires de fous : dabord celle du bal des ardents où le roi fou et sa nymphette Odette, ne vivent rien dérotique car la joue penchée contre le sein dOdette, il cherche lapaisement dans la douceur des yeux quil contemple. Cette histoire se termine au point où nous laisse la psychiatrie contemporaine qui prétend souvent redresser le comportement, alors quelle ne veut plus torturer les fous : «Voué à la désaliénation, le soin psychique contient en effet dans sa structure même les germes de sa propre aliénation. La rencontre avec la folie nest pas une expérience banale. Elle entraîne des phénomènes de contagion qui dégradent de manière répétitive les projets thérapeutiques» (page 14). Prenant exemple sur la découverte freudienne du contre-transfert, Jacques Hochmann montre comment les contre-attitudes déterminées par le contact avec la maladie mentale ont été étudiées grâce à la psychanalyse, ce qui a permis une modification heureuse du soin psychiatrique. Le reflux est venu avec les excès de la pharmacologie et des traitements de conditionnement. Après avoir raconté les désastres qui aboutirent à la mort dun patient hospitalisé depuis plus de trente ans pour quelques hallucinations auditives, après deux interventions neurochirurgicales inutiles, Jacques Hochmann montre comment il fut saisi par les nouvelles règles de la sectorisation. La lutte contre lasile nétait cependant pas suffisante : elle pouvait conduire à une «désinstitutionalisation sauvage». La psychanalyse le conduisit à analyser les contre-attitudes face à la maladie mentale et à mettre en uvre des psychothérapies, au besoin à lhôpital, tout en développant les contacts communautaires. Ce livre vise en effet à montrer que soigner nest ni réprimer la folie, ni lexalter. «Soigner, cest consoler, soulager celui qui souffre» (quatrième page de couverture). Dans le parcours de notre collègue sont indiquées des étapes qui ont marqué sa carrière à partir des prémices qui viennent dêtre mentionnés. Les entreprises quil a menées lont conduit à des psychothérapies variées, par exemple à domicile : ainsi évoque-t-il les fantasmes de la transmission intergénérationnelle. On trouvera dans ce livre une analyse pertinente des traits de la personnalité psychopathique. Il montre à ce sujet limportance de ce quil appelle linstitution mentale : «le beau mot dinstitution véhicule quelque chose dessentiel, que le psychotique a perdu ou est en voie de perdre, à savoir lexistence en soi dun fonctionnement mental ordonné et transmissible, dune pensée qui fait issue hors de lauto-érotisme pour se couler dans le mots de la langue, avec sa grammaire et sa syntaxe, et pour devenir non seulement communicable, mais partie prenante dun vaste ensemble : la culture commune dune famille, dun peuple, dune nation, dune société» (page 257). On comprend alors que discutant, dans le chapitre 8 de son livre, du traitement de lautisme infantile, Jacques Hochmann nous montre quà côté de tous les éléments thérapeutiques à mettre en uvre, y compris les traitements cognitifs, il faille aussi créer une institution, ce qui institue un sujet . Cette approche thérapeutique facilite également lévitement des «clivages féroces». Linstitution évite ainsi de faire du couple enfant-thérapeute un «duo narcissique». Dans cette «institution» idéale, le processus autistique, «machinerie anti-symbolique», doit être modifié pour permettre le plaisir de lidentification au thérapeute. Cest ainsi que Jacques Hochmann décrit une «métapsychologie de la consolation» : la métaphore maternelle. Il retrouve là limportance des rêveries maternelles anticipatrices : le récit de lenfant est dabord la retrouvaille avec la rêverie maternelle. Reprenant ici les travaux de Daniel Stern sur laccordage affectif, Jacques Hochmann parle de la métaphore originelle comme la racine de lintersubjectivité. Certes, selon lui, la consolation maternelle ne peut être quincomplète. Cest sur le mode imaginaire quelle se complétera. Lutilisation de la métaphore maternelle montre que «nest consolateur que ce qui laisse un manque»(page 300). Ainsi, le lecteur de ce livre sera-t-il convié à évoquer la psychiatrie à lheure du GATT. On décèle chez J. Hochmann linquiétude dune psychiatrie qui se dessine sous une étiquette pseudo-scientifique, mais il espère que lesprit continuera à gagner en richesse narrative et conduise le psychiatre à une meilleur compréhension de la vie de son patient, de son passé et de son futur. Professeur S. Lebovici
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