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L'hypnose entre la psychanalyse et la biologie : le non-savoir des psy
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°108 - Page 20 Auteur(s) : Natalie Glûck-Vanlaer
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Livre concerné
L'hypnose entre la psychanalyse et la biologie
Le non savoir des psys

La réédition de cet ouvrage, publié pour la première fois en 1979, quatorze ans après son premier ouvrage L'Hypnose : Théorie, Pratique et Technique, nous montre à quel point cette discipline est méconnue en France où elle a compté par le passé d'illustres praticiens comme Charcot et Bernheim.

Ceci est peut-être dû à une attitude de méfiance, voire de rejet, de nombreux psychanalystes, en France particulièrement, vis-à-vis d'une technique à laquelle S. Freud avait décidé de renoncer, dans un souci de recherche scientifique, pour ne pas risquer de compromettre la véracité des souvenirs ramenés par les patients en analyse par une éventuelle dimension de suggestion effectuée par le thérapeute, mais peut-être aussi dans une préoccupation moins avouée de protéger l'analyste contre la dimension trop actuelle que peut prendre la relation avec le patient au cours d'une séance d'hypnose.

Contrairement à S. Freud, L. Chertok n'a pas renoncé à l'hypnose pour la psychanalyse, mais il a poursuivi toute sa vie ces deux pratiques, s'aidant parfois de la première pour préparer certains patients à la seconde. Il a également mené des recherches visant à répliquer et objectiver, en particulier en les filmant, des expériences d'analgésie et de vésication sous hypnose, déjà décrites dans une littérature internationale abondante qu'il rapporte, synthétise et commente magistralement. Même s'il reconnaît modestement dans son épilogue que "nous sommes dans une ignorance quasi totale des mécanismes de l'hypnose et de la suggestion", son travail va bien au-delà de simples interrogations sur cette énigme. Il nous éclaire sur la nature de l'induction hypnotique, qui par une sorte de déprivation sensorielle psychologique et physiologique avec focalisation de l'attention sur la personne de l'hypnotiseur, permet l'installation de la transe, "quatrième état" après la veille, le sommeil, et le rêve. Il distingue hypno- tisabilité et suggestibilité, qui ne vont pas toujours de pair, et précise le type de relation très particulière qui permet l'hypnose, une sorte de transfert archaïque d'un patient prédisposé, voire "doué", sur un thérapeute perçu comme une figure puissante et protectrice. Cet investissement renvoie à un stade pré-langagier de la relation, en deçà de la relation d'objet qui sert de base à la relation transférentielle classique en psychanalyse, et va permettre des effets thérapeutiques parfois surprenants, mais que le patient contrôle beaucoup plus qu'on ne pourrait le croire.

L. Chertok nous offre ici un plaidoyer très convaincant pour que, non seulement cette thérapeutique soit réhabilitée, mais surtout que la recherche se penche à nouveau sur cet objet passionnant, à la lumière des avancées actuelles dans le domaine des neurosciences, pour avancer dans la compréhension des relations complexes entre psyché et soma.