La Revue

Les liens autour de l'enfant à naître
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°44 - Page 21-22 Auteur(s) : Pascale Rossigneux-Delage
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5èmes Journées européennes de l'AFREE* ("Naissance et avenir"), 14-15 janvier 1999, Montpellier.

Si Montpellier est connue pour ses belles vieilles pierres, ses fondations en matière de périnatalité font encore une fois leurs preuves. Ayant suivi il y a plusieurs années la formation à l'approche médico-psychologique de la périnatalité proposée par l'AFREE*, la réinjection au cours de ces journées fut bienfaitrice.

Percutante ouverture de Françoise Molénat, égale à elle même, qui nous rappelle l'immense importance de constituer un Réseau** humain concerné et organisé autour de la femme enceinte et de sa famille. Liens garants d'une sécurité relationnelle, d'un processus de continuité permettant des réorganisations psychocorporelles en ce temps de déliaison qu'est la grossesse. L'objectif étant d'offrir à la femme enceinte une possibilité de déjouer la répétition transgénérationnelle, de se reconnaître elle-même avec un sentiment de réunification pour penser et être. Elle insistera aussi sur la place du père dans ce processus de continuité. Tout doit ouvrer vers la recherche d'une juste dynamique de vie que seule une relation humaine peut offrir.

C'est en fonctionnant avec fluidité en équipe devant les 600 participants, avec des interventions et des vidéos d'une grande qualité, que F. Molénat concquérira petit à petit les non initiés. Il serait difficile de nommer tous les intervenants; hommage à eux.

Ph. Evrard aborde scientifiquement, clairement et rapidement des découvertes récentes : l'impact de l'environnement est trois fois plus important que l'impact génétique sur la croissance du cerveau fotal pendant la grossesse et à la naissance. Ses photos sur la destruction de cellules corticales sous l'influence de la caféine, de l'alcool, d'anoxie, d'infection sont très parlantes.

F. Dauphin récapitule ce que veulent les parents dans cette expérience de la grossesse et de la naissance et nous invite à faire alliance avec eux. Pour G. Lévy, "la garde rapprochée est un métier qui ne s'improvise pas"; d'où l'importance de la formation des soignants à la communication humaine : savoir écouter, regarder, toucher, laisser la place à l'autre pour s'exprimer, et d'une vraie réflexion éthique à la recherche d'une vie heureuse pour soi et pour les autres dans un respect mutuel.

R. Frydman aborde les attitudes face aux situations extrêmes : car à chaque moment de la grossesse, il peut exister un point crucial d'équilibre entre la vie et la mort : la réduction embryonnaire, les fausses couches, les grossesses extra-utérines, les transferts in utero. Quelle que soit la situation, c'est l'accompagnement qui est indispensable. Il faut parler de la mort (et on n'est pas formé pour) et reconnaître que ce fotus est un enfant pour les parents. Reproche fait à la loi du 08/01/1993 sur la non prise en considération des 30% nés sans reconnaissance administrative et juridique.

En tant que psychologue, j'attends avec impatience la communication de J.-P. Visier intitulée: "Psychiatres/ psychologues: quelle formation?". Il nous parle avec verve du sentiment d'estime de soi si important à entretenir pour le thérapeute et pour le sujet qu'il rencontre. Où va celui dont on s'occupe? A nous de transformer nos représentations ! Comment faire pour avoir une sécurité intérieure suffisante pour explorer ? Au long des interventions, on pourra entendre le rôle souterrain du "psy" dans l'équipe, son intervention directe quand l'oil affiné des somaticiens le pense nécessaire.

Les Professeurs Marès et Aussilloux insistent sur la nécessité d'une formation continue pour tous dans l'équipe. La formation à l'écoute est à inclure de toute urgence dans le cursus des étudiants en médecine (une option de 20 h sur " la consultation interactive " a été crée à la faculté de médecine de Montpellier).

L'équipe grecque, sur le souffle des IVe journées qui s'étaient déroulées à Athènes l'an passé, démultiplie la formation. Quant à l'île de la Réunion, ce travail en collaboration s'est infiltré pratiquement partout ; opération réussie.

Les quatre tables rondes montrent que l'expérience acquise autour d'un type de problème permet d'en comprendre un autre, d'aborder tous les parents avec leur vulnérabilité. On apprend à reconnaître les signes de fragilité, quelle que soit la problématique posée. Quand il y a un malaise dans la communication ou une émotion extrême sans pouvoir y donner un sens, on peut dire qu'il y a alarme et urgence. Un clash, un gag dans la communication peut déclencher l'attention de l'autre, permettre l'expression des émotions et être de ce fait salvateur. Est confirmée l'importance du travail en réseau : filet de sécurité, réelle collaboration entre les différents intervenants, afin de relancer une dynamique de vie, une réanimation psychique des mères vulnérables. Le retentissement sur l'enfant n'est plus à démontrer comme nous l'argumente Y. Gauthier.

Peut-on s'engager sans prendre de risques ? Il est nécessaire de sortir de sa position de savoir, de travailler sur la représentation et sur la place des uns et des autres pour construire une cohérence. Qui dans l'équipe peut se désigner garant de la continuité pour cette femme, pour cette situation? Orchestré par F. Molénat, R. M. Toubin, M. Prieur-Bertrand, J. Roy, cet art d'apprendre à travailler ensemble s'est déroulé devant nos yeux.

Les vidéos sont venues confirmer la qualité de leur travail clinique : elles nous montrent à quel point, si on les écoute avec le cour, ce sont nos patients qui nous éduquent ; comment le lieu "Maternité" peut, par la fonction contenante de l'équipe, aider à rétablir une continuité pour reconstruire des identités et dégager de ce fait la place de l'enfant.

"Enceinte et toxicomane", splendide vidéo, où cette future mère est pour la première fois considérée dans une institution comme une femme et non comme une toxicomane. Cette femme qui nous dit que les professionnels ont à apprendre à écouter. Expérience novatrice d'un réseau de mères bénévoles animé par R.-M. Toubin, avec des partages de parents à parents. Deux journées bien douces et ensoleillées où l'on a eu l'impression d'avoir le temps et la parole. Une psychanalyste du public décrit ce congrès comme: " Un immense respect, un vrai plaisir des professionnels à travailler ensemble, un souci constant des patients. "... Beau programme à exporter dans nos institutions afin qu'elles soient vraiment soignantes. Alors, essayons d'aller en équipe aux prochaines journées de l'AFREE.

Notes :

* AFREE : Association de Formation et de Recherche sur l'Enfant et son Environnement (tél : 04 67 45 36 91, Fax : 04 67 40 47 32).

** Réseau : On connaît l'essor du mot "réseau" ces dernières années, mais à l'AFREE, le Réseau signifie depuis 10 ans la notion de collaboration, de liens pluridisciplinaires autour d'une femme, d'une famille vulnérable.