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Quelles psychothérapies pour l'enbfant et pour sa famille en l'an 2000 ? (Cinquantenaire de l'Institut Claparède)
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°44 - Page 25-27 Auteur(s) : Simone Decobert
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50è anniversaire de la création du CMPP de Neuilly sur Seine : l'Institut Edouard Claparède

Un Colloque intitulé Quelles psychothérapies pour l'enfant et pour sa famille en l'an 2000 ? a célébré le 15 janvier 1999, les cinquante ans d'activité thérapeutique rééducative de l'Institut Claparède. C'est après la seconde guerre mondiale qu'apparut une évolution importante des conceptions de la psychologie de l'enfant et de l'inadaptation, de ses causes, de ses remèdes. Certes le début du XXème siècle avait vu naître la psychométrie à l'école, grâce au test de niveau intellectuel inventé par A. Binet. La description de "niveaux" de l'intelligence, par un Quotient Intellectuel (le QI) avait conduit à des enseignements spécialisés -en internats de perfectionnement ou en classes de perfectionnement- ainsi qu'à une juridiction spéciale pour l'enfance et pour l'adolescence- les foyers d'éducation surveillée.

Les causes des difficultés étaient alors étudiées comme endogènes et héréditaires et ignoraient encore la notion de possibilité d'inhibitions ou de blocages des capacités intellectuelles par l'incidence de problèmes affectifs, relationnels ou développementaux au niveau de la personnalité : le rôle de facteurs exogènes n'était pas reconnu et la relation avec l'état de fonctionnement du milieu familial et social n'était pas envisagé.

De même que le Centre Psycho-Pédagogique Claude Bernard créé en 1948 à Paris par des psychanalystes d'enfants, le Professeur G. Mauco et le Docteur A. Berge, le Centre Claparède fut créé en 1949 par le Docteur H. Sauguet, également psychanalyste. Donc grâce à des spécialistes de la psychologie dite "des profondeurs" ce qui signifiait la prise en compte de la part inconsciente de la vie psychique.

Les Centres psycho et médico-pédagogiques furent organisés selon le modèle de consultations pour enfants en difficultés existant déjà en Suisse, en Angleterre, aux USA, selon la formule souvent appelée "Guidances infantiles". Succédant aux solutions d'internats ou d'internements asilaires, cette approche de l'enfance inadaptée mit en place des possibilités de dépistage, de diagnostic, de rééducation ou de psychothérapie sous la forme de "cures ambulatoires", formule qui révolutionna l'organisation des soins. La conception de l'équipe soignante fut également entièrement renouvelée en raison de la nécessité d'un abord pluridisciplinaire des troubles examinés : assistante sociale, psychologue, pédagogue, rééducateur, psychiatre consultant, psychanalyste thérapeute, tous contribuent à égalité au diagnostic et à la réponse aux besoins de l'enfant. De plus la nécessité du dialogue avec l'entourage est devenue évidente : les enseignants, les moniteurs et évidemment, les familles deviennent des interlocuteurs à part entière, ce qui comporte le souci de faire entendre qu'ils sont là, revalorisés dans leur fonction et non culpabilisés à propos des échecs de l'enfant.

Les institutions officielles étant -dans un premier temps- peu mobilisables pour des transformations profondes, l'activité médico-psycho-pédagogique nouvelle s'est le plus souvent orientée vers des Associations selon la Loi de 1901 qui ont géré tant des Consultations que des Ecoles de Pédagogie Spécialisée.

Le financement -d'abord aléatoire puisqu'il s'agissait de subventions (Hygiène Scolaire)- ne fut assuré qu'à partir de la création de la Sécurité Sociale en 1963 laquelle se charge depuis du remboursement des "prix de journée" sous l'égide de la Direction des Affaires Sanitaires et Sociales (DASS).

L'époque a donc été celle d'un abord considérablement modifié du psychisme de l'enfant. C'est ce que reflète la création d'une Chaire de Psychiatrie infantile attribuée au Professeur Heuyer en 1950, l'apparition de la Licence de Psychologie en 1948, le statut d'orthophoniste en 1955 et celui de rééducatrice de la Psychomotricité en 1966. L'apport des Sciences Humaines fut alors considérable avec les travaux des professeurs H. Wallon, Piaget, Debesse, Lagache, etc... mais surtout avec l'utilisation de la Psychanalyse de l'enfant dans la compréhension des conflits et dans l'instauration du mode de traitement (Drs F. Dolto, S. Lebovici, G. Amado, R. Diatkine, J. Favreau, A. Doumic, M. Mannoni, etc...).

L'Institut Edouard Claparède -du nom du célèbre professeur et psychanalyste Suisse - a été créé en 1949 grâce aux actions du Docteur H. Sauguet, chef de clinique du service du Professeur Heuyer à l'Hôpital des Enfants Malades et Conseiller Technique au Ministère de la Santé ainsi qu'auprès de l'Association Régionale pour la Sauvegarde de l'enfance et de l'adolescence (ARSEA). Le projet était celui de la mise en place d'un organisme extra-hospitalier utilisant l'abord pluridisciplinaire grâce à la composition de ses équipes et du traitement très précisément psychanalytique, des enfants.

L'Institut Claparède a d'abord bénéficié de locaux provisoires offerts rue du Ranelagh par le Don Suisse, puis il a obtenu des Domaines le local actuellement occupé à Neuilly. La personnalité morale a été assumée successivement par l'ARSEA devenue ensuite le CREAI (Centre Régional pour l'Enfance et l'Adolescence Inadaptée) et en 1983 par l'Association Claparède elle-même, successivement présidée par Messieurs Pedrot, Assathiany, Bonnier, Lebovici et Soulé.

Il faut rappeler le remarquable élan et l'enthousiasme qui ont présidé aux échanges entre créations des CMPP et créations de la Psychiatrie Infantile à cette époque, les mêmes médecins travaillant généralement dans les différents types d'institutions et étant liés entre eux par la formation psychanalytique. Ceux-ci aimaient d'ailleurs dire, qu'à l'époque, c'est "la psychiatrie psychanalytique de l'enfant qui a conduit les premiers pas de la psychiatrie adulte vers des voies plus modernes". S. Lebovici exprime ce qui a concerné l'avènement de la Psychiatrie de Secteur grâce à l'action du Docteur Ph. Paumelle (circulaire du 15 mars 1960).

L'Institut Edouard Claparède a été dès son origine un des lieux importants de l'Enseignement de la Psychanalyse de l'Enfant. Dès 1957 H. Sauguet et P. Luquet assuraient des réunions de supervisions individuelles pour les psychothérapeutes ainsi que des séminaires théoriques et cliniques, avec J. Rouart puis M. Fain. De nombreux psychanalystes venus de l'étranger, d'Espagne, du Canada, de Suisse, d'Amérique du Sud ont été formés par Claparède et en sont restés les correspondants. Tous étaient très liés et très actifs au niveau de la Société Psychanalytique de Paris, Société dont H. Sauguet fut le Président et dont M. Fain puis S. Decobert furent Directeurs de l'Institut de Formation pendant dix ans. De célèbres analystes d'enfants J. Mc Dougall, J. Simon, M. Luquet, J. Gammill, César et Sara Botella ont assumé l'enseignement clinique et la supervision de collègues en formation.

Le Docteur H. Sauguet inspiré par les travaux de D.W. Winnicott pratiquait la "consultation thérapeutique" destinée à conduire les parents consultant pour leur enfant à dépasser la description factuelle des symptômes de celui-ci pour envisager le rôle des liens interpersonnels de la famille. Une activité très originale et très efficace fut celle menée par le Docteur Sauguet et le Docteur Soulas autour des difficultés psychiques particulières des enfants épileptiques.

Après 1970 - les événements de 1968 ayant nécessité un nouveau départ et apporté de nouveaux besoins - les thérapeutiques de groupe ont été instaurées et développées. Le psychodrame est apparu sous diverses formes : psychodrame individuel pour les adolescents présentant des structures menacées de décompensation et une incapacité de verbalisation, psychodrames de groupe, soit d'enfants jeunes, soit de pré-adolescents, soit d'adolescents. Mais aussi furent mis en place des groupes de couples de parents, des groupes de mères, des groupes de parents d'enfants trisomiques.

Un séminaire hebdomadaire spécialement consacré aux thérapeutiques de groupe a fait tout particulièrement avancer les Thérapies Familiales Psychanalytiques, après initiation par le Professeur A. Ruffiot, de Grenoble. Parallèlement, une équipe de Claparède s'est particulièrement intéressée - et formée en Angleterre auprès de F. Tustin et D. Meltzer - aux problèmes graves des enfants très jeunes, aux cures mère-bébé, aux actions psychologiques à domicile dans les cas d'autisme et des psychoses infantiles. L'importance de cette consultation en nombre, en gravité des diagnostics et en valeur de sur-spécialisation des prises en charge et des traitements est considérable.

On notera dans toutes les conditions décrites ci-dessus l'importance de la fonction du Service Social, pivot des articulations entre les différents membres de l'équipe, les services extérieurs, les familles et les enseignants. La pluridisciplinarité des équipes est assurée, non seulement par les séances de synthèses de chacune d'elles, mais aussi grâce aux rencontres interdisciplinaires recoupant les réunions hebdomadaires ou bi-hebdomadaires pour chaque spécialité.

Ainsi, poser la question quelles psychothérapies pour l'an 2000 ? ne correspond pas du tout à une crainte d'épuisement des possibilités de traitement psychologique : c'est un thème qui se plaît à évoquer au contraire l'ouverture vers des possibilités et des domaines nouveaux en réponse à des demandes de plus en plus variées.

L'évolution de la demande d'aide qui est passée de l'échec scolaire à la névrose de l'enfant puis aux dysharmonies ou aux risques de psychose, a progressivement inclus des domaines jusque là inaccessibles tels que les pathologies précoces du nourrisson ou les pathologies familiales, voire celles de la transmission transgénérationnelle. Elle ne cesse de croître malgré le handicap financier du coût économique et malgré les propositions ambiantes de cures relevant d'autres théorisations et pratiques (prévalence médicamenteuse, cognitisme, comportementalisme, etc...). L'Institut Claparède s'efforce d'adapter et d'approfondir les innovations décrites plus haut : les psychodrames, les cures de groupe ou de familles, les consultations thérapeutiques familiales, le holding de l'enfant autiste etc... Toutes ces anomalies du développement et de l'adaptation sont souvent redoutées dans leurs risques d'accentuation en l'an 2000, tant par les familles que par les spécialistes.

Avec ses diverses sur-spécialisations - toujours contrôlées par des séminaires de recherche - l'Institut Claparède peut vraisemblablement espérer donner la réponse la plus satisfaisante possible aux dysfonctionnements prévisibles de la vie de l'individu et de la vie des groupes dans la culture du troisième millénaire naissant, réponse qui s'appuiera sur la qualité des interactions complémentaires en équipe, sur le fonctionnement en réseau auprès des correspondants tout en maintenant le caractère fondamentalement humaniste de la prise en charge de la souffrance psychique.