La Revue

Le nourrisson, la mère et... le PMSI
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°46 - Page 18-19 Auteur(s) : Martine Caron-Lefèvre
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Après son application en Médecine, Chirurgie et Obstétrique, les autorités sanitaires politiques du pays ont décidé de mettre en place le Programme de Médicalisation des Systèmes d'Information pour l'ensemble de la psychiatrie. Le projet de généraliser l' application de cette classification "médico-économique" à l'ensemble de la santé mentale est actuellement en cours d'expérimentation et les conclusions concernant sa faisabilité, encore incertaines.

La phase actuelle de traitement des données recueillies fait suite à deux périodes d'expérimentation de ce programme sous la responsabilité de la Direction des Hôpitaux. Pour ce faire, celle-ci a sollicité un certain nombre de services de psychiatrie générale, d'une part, et de psychiatrie infanto-juvénile, d'autre part.

Dès la première expérimentation, de multiples questions sont apparues. C'est dans ce contexte, qu'un groupe de réflexion est né, à l'initiative de certains cliniciens sensibilisés aux impasses que semblait produire le PMSI dans son application à la psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, et tout particulièrement chez le très jeune enfant. Il s'est constitué de manière assez artisanale, et rassemble maintenant une quinzaine d'équipes cliniques (intersecteurs et centres hospitaliers universitaires, etc...; psychanalystes, cognitivistes, etc ...), ainsi que des équipes de recherche, notamment épidémiologique.

Si, en France, la nécessité d'une évaluation psychopathologique ne fait plus aucun doute dans les intersecteurs et services de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, comme en témoigne la généralisation nationale de l'utilisation de la classification élaborée par R. Mises et coll. (CFTMEA), la nécessité de rendre compte de nos activités thérapeutiques aux pouvoirs publics est également devenue une préoccupation légitime. Cependant, l'évaluation économique est ici complexe et ne peut se limiter à une quantification des coûts financiers des actes thérapeutiques. Le domaine de la santé mentale ne peut être réduit à une spécialité médicale comme une autre, se référant à la pathologie d'organe. Si les traitements que nous proposons aux enfants et à leurs familles ont des visées curatrices, ils comportent également une part essentielle de prévention pour ces sujets eux-mêmes mais également pour les générations suivantes.

De la réflexion qui se poursuit dans notre groupe, émerge un souci commun : celui que l'application d'un outil d'évaluation en partie clinique mais à destination budgétaire n'aboutisse pas à moyen terme à la dévitalisation de ce qui fait l'essence des perspectives thérapeutiques en santé mentale. L'approche transversale et les données statistiques instantannées ne doivent pas faire oublier que les traitements s'inscrivent ici dans une dynamique longitudinale et que l'évaluation ne peut le plus souvent se faire que dans un lointain après-coup du traitement lui-même.

C'est une certaine idée de la santé mentale et, au-delà, des perspectives pour la société de demain, qui est en jeu.