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Le trésor des phobies
Agrandir le texte Réduire le texte Carnet/Psy N°49 - Page 16-17 Auteur(s) : Sylvie Séguret
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Le trésor des phobies

La transmission théorico-clinique de la psychanalyse peut être vivante, claire et percutante. Gérard Bayle nous en offre un bel exemple avec son "trésor des phobies".

Un cas clinique relate la traversée analytique d'un patient phobique, au travers des réactions transféro-contre-transférentielles. Une pathologie somatique complexifie l'indication et la prise en charge de la cure. Les interrogations de l'analyste à cet égard permettent au lecteur une approche très fine, et, qualité rare dans la littérature analytique, très spontanée, des difficultés rencontrées par le thérapeute.

Une seconde partie théorique permet à Gérard Bayle d'exposer sa réflexion sur les phobies, qui apparaissent comme "un trésor de signifiants". Ce sont des "formations d'attente pour un travail de subjectivation à venir". Véritable réserve les phobies fonctionnent comme "des ressources économiques disponibles en urgence". Si l'angoisse est toujours l'affect moteur de la phobie, l'auteur sépare les phobies en deux groupes : les phobies graves, invalidantes, en-deça du principe (économique) de constance psychique, qui ont une fonction de "soutien prothétique du sujet" et les phobies névrotiques simples, qui sont au-delà du principe de constance psychique, et représentent un trop-plein d'excitation.

Les premières, phobies d'urgence, correspondent à une pathologie narcissique. Elles sont chargées de donner du sens à un débordement affolant. Gérard Bayle les nomme "phobies de temps de guerre". Les secondes, phobies de substitution à un objet permettent une réorganisation de la vie psychique en "laissant à la consigne" des objets psychiques en souffrance, qui n'ont pas immédiatement été élaborés dans leur aspect agressif et sexuel. Elles sont en "latence de croissance", et sont les "phobies de croissance" ou "phobies de temps de paix".

En pointant la fonction de "trésorerie" des phobies, Gérard Bayle nous éclaire sur leur importance dans l'économie psychique, et dans le développement de l'individu, passant de l'enfance à l'adolescence. Les phobies, qu'elles soient d'urgence, de survie, ou "de richesses personnelles", sont "possédées mais non encore acquises", c'est la raison pour laquelle elles représentent un trésor : toujours à rechercher. La fable du laboureur de La Fontaine, citée en exergue vient élégamment illustrer la thèse de l'ouvrage.

Pour psychanalystes en formation ou confirmés, le livre de Gérard Bayle apportera à chacun un éclairage original et captivant sur la phobie, dans une écriture remarquablement précise et limpide.